Contes rce? b- > > A Mosties nee ms ee mt LA CIE. DE PUB. DE L'IMPARTIAL, PROPRIETAIRE. G. BUOTE, RÉDACTEUR. VOL. 2. NO. 4 TIGNISH, ILE JEUDI LE 27 FEV 1902. F J. BUOTE, GÉRANT em 9 ANNEE. UNE TERRIBLE NUIT 11 y a de cela viogt ans, je venais de finir mon congé, et au lieu de retourner au pays, où je n'avais pas de famille, j'avais demandé à entrer dans la gen- darmerie. On m'incorpora dans la gen- darmerie coloniale et je fus envoyé à la Martinique, ce qui ue me déplaisait pas, ru qu'on m'avait assuré que c'était un magnifique pays et que la vie y était agréable. Quand je débarquai à Fort de France, le premier mot que me dirent les camarades fat: “Prends garde aa serpent.” Et ils n'avaient pas tort. Figurez-vous qu'il y en a partout jasque dans les cham- bres ; à la campagne, on ne peut pas réparer un parquet sansen tronver une demi douzaine, qui sont entrés là quand ils étaient tout petits, et qui s’y sont tel- lement engraissés à se novrrir de rats et de souris qu'ils ne savent plus sottir. On ne peut pas s'étendre sur l'herbe saus craindre de s’as- seoir sur : un d'eux. on ne peut paa grimper à un arbre pour avoir un coco Où un mango sans s'exposer à rencontrer un de ces oiseaux dans les branches 1ls vagent dans l'eau, s'ésan- cent en l'air comme des flèches et vous menacent à tous mo- ments, en tout lieu, si bien qu'il meurt dans cette petite île plue de 100 personnes par an de la piquüre du serpent, sur une pPo- pulation de 100,000 âmes en viron. La morsure Vous tne aussi bien et aussi raide qu'une balle de pistolet, de sorte que, si cela vous arrive, vous pouvez éeo- nomiser la visite, Cu médecin, vous en aurez tout au pivus pour quelques heures, quand vous n'êtes pas mort de peur avant. Les premiers jours, je faisais l'incrédule, croyant que jies camarades voulaient se moquer de moi, et Je riais fort bien quand ils me racoutsient qu'un mettaut sa botte _ = rendarme, ‘ordonnance, avait été piqué par un serpent qui s‘y était ré- fugié pendant la nuit, et qu'un autre jour, un habitant, en ou- vrant un tiroir de sa commode pour y prendre une cravate, avait trouvé un serpent mère avec plus de cents petits qui s’y étaient installés ; je vis trop tôt que ce n'étaient pas là des contes fait à plaisir pour épou- vanter les nouveaux ven&s. 11y avait quinze jours en viron que j'étais arrivé, lorsque je regus l’ordre de partir avec un brigadier pour faire une tournée dans l'intérieur de l’île. On avait commis quelques vols en ville, et nous devions aller fouilker un peu les cases des nègres qui vivent dans les mor nes Nous partimes de Fort de rance le matin à cinq henres, our éviter la trop grande cha- lenr. Nous devions suivre une route qu'on appelle le chemin de la “Trace”, coucher au poste ! des ‘Deux €houx'’’ainsi nom- mé à cause de deux grande palmistes qu’on aperçoit au loin dans la montagne,et re venir le lendemain. Au moment du départ, l'on m'avait fait encore quelques plaisanteries sur les serpents, et j'en avais ri comme d'habi- tude. Nous avions de bons chevaux, le temps était superbe: s'était une véritable partie de plaisir de voyager ainsi, d'abord au milieu des champs de can- nes qui Commençaient à mürir, puis bientôt au milieu des bois qui faisaisnt comme un berceau sur uotre tête. Vers dix heures, la chaleur devenant trop forte et nos che: vaux commençant à sa fatiguer, ie brigadier se dirigea vers une habitation qu'on apercevait à uu petit kiiomètre de la route. C'était le moment de la récol- te ; On Coupait les cannes, on les portait au moulin qui les les éCrasait, on faisait boatilir l'ean qu'elles avaient ainsi don née,et, après trois on quatre ébullitions on avait du sucre. Toute la waison était et fét, car la récolte s'annonçait bien, et nous füme:s reçus à merveil- le. Mais il n'y a pas si bonne compaguie que l’on ne quitte comme dit le brigadier. Vers quatra heures, nous avions en- core deux heures de route et uous voulions être rendus au poste avant la nuit, qui arrive tous les jours à six heures dans ce pays là. Avant notre départ, le pro- priétaire voulut absolument nous faire gcùter du ‘‘vessout”, comme qui dirait da doux de Ia canne ; c'est le jus qui n’a en oore bouilli qu’une fois, et les naturels du pays trouvent que c'est un vrai régal ; libre à eux. Des goûts et des couleurs... Toujours est ii que nous sui- vimes le planteur à la sucrerie ; le sol était jonché de cannes écrasées sur lesquelles on glis- sait en marchant. —Range donc un peu c:tte “bagasse,” dit le maître à un uègre, qui s'empressa d'aller prendre un râteau accroché au mur. Je ne sais comment ilfit son compte, mais l'instrument Jui échappa de la mainet tomba eumtre la muraille etune rangée de tutailles vides destinées à être remp'ies du sucre que l’on préparait. Le malheureux passa le bras entre deux tonneaux pour re- prendre son râtean, mais aussi- tôt un ori rauque et effrayant sortit de sa poitrine. —Serpent, s'écria-t-il. Et tombant assis sur un mor ceau' de canñes 1l nons montra son bras où deux piqûres, un peu au-dessous de la saignée, laissaient échapper deux min- ces filots de sang. Oa s'empresea autour de lui, on courut à la pharmacie, on essaya de cautériser la plaie : tout fat inutile; la morsure | 30 cents per ROD,. | FOR SALE BY THE ONT. WIRE FENCING Ce. Limited. PICTON, ONT. le venin s'était répandu dr: tous le corps en un rien di temps. Lorsqu'ane heure après nous moutâmes à cheval, le jauvr diable était déjà mort. Nous primes le galop poni rattraper le temps perdu ; heun- reusement que la lune était dans son plein, et, comme dans ces pays là les clairs de lune valent le jour, novs arrivâmes sans en combre au poste des Choux. On appelle ça un po:t:,c'es 1 une façon de parier: tout simplement un:esyèce d: Deux- c'étai: haugar ouvert à tous les vents, aussi bien pour les hommes qu pour ies chevaux. Uue ptit: case en bois +er- vait au maréchal des commandait. La cni-ine se fai sait sur des briques, à ia bel: étoile. laits qui Mais je n'avais pas le cœur à souper, la mort du pauvre nè gre m'avait boul. versé, et toui le long de ja route le moindr. bruit dans l'herbe, le plus leg: frémissement dans les feuiiis me faisaient tressaillir. J'eus de la peine à m'endor mir, et quoique }° nm” fusse to : ché le premier, j'étais envoie a me tourner et à me relovrner sur le lit de camp, que les cama. rades ronflaieut depuis long- temps ; je crois Lieu que javais un peu de fièvre, chaque instant, je me révsillais e.: eur | saut: je voyais des ser; nt- partout. Enfin vers minuit, je sentis le! sommeil qui venait pour de bon ; mais mieux eût valn res- ter éveillé. Un cauchemar é- pouvantable m'oppressait ; je rêvais qu'un énorme serpent s'était introduit dans Je poste, qu'il avait rampé jusque près de moi,et qu'attiré par ia chaleur, il s'était b'otti sur Je ie sentais sur m& poitrine, enroulé sur lui-même, ‘‘lové,' comme on dit dans les colonies, c'est-à- dire prêt à s’élancer, - Je n'osais bouger et cependant ce poids m'étouffait. 1l y eut même un moment.où ce sentiment de suffocation fut si fort que je m’éveiilai. Que le bon Diea vons pré serve d’un semblable réveil. | Ce n'était pas un rêve ; le serpent était là, sur ma coarer- ture ; un mouvement que ja vais fait en ouvrant les yeux ‘avait sans doute réveillé ]ui- même, Car sa tête s'était soule- vée uu peu au-dessus de la spi rale formée par le corps, et elle! se balançait de droite à gauche, | comme si elle cherchait l’enne- wi qui l'avait dérangé. La lune l'éc'airait en plein, et je distin guais les yenx uoirs du reptile. [suite à la 8me page] et, à moi, du PRINCE EDO FIrsT-CLASS | M. 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