ER PT NE ee es annees ae ue +. * …. RTE a + ET me TE TTL «7, PR EN . un: nn" f { RP Le LS n EL Unio we ne Éait la lee + | nn IE) # Moscier LA CIE. DE PUB. DE L'IMPARTIAL, PROPRIÉTAIRE. G. BUOTE, RÉDACTEUR. | FÆ J. BUOTE, GÉRANT TIGNISH, ILE du PRINCE EDOUARD, JEUDI LE 7 AVRIL 1904. LXSÈ SX PREMIERE PARTIE I —Maman ! maman! arrêtons- nous !.... L'enfant qui lassait échapper ce cri de lassitude était une mignonne fillette «le cinq à six ans, pâle, ché- tive et couverte de misérables hail- lons. Elle tournait vers sa compa- gne d’admirables yeux d’un bleu gris, à reflets verdâtres, comme la mer dont on apercevait au loin la ligne : moutonneuse. De longues boucles châtain clair, sur lesquelles la poussière ne parvenait pas à ter- nir le rayon ‘d'or qui y jouait, en- cadraient son visage à, l’ovale a- minci. Le cercle bleuâtre qui en- tourait les yeux expressifs et pro- fonds trahissait non seulement la fatigue mais les privations, la mi- sère sans doute, la faim peut-être... —Maman ! maman ! arrêtons- D se —Oui ; c'était bien la faim qui mettait son empreinte sur la femme hâve, sourde, en apparence, aux gémisse ments de l'enfant ; à chaque nouvelle plainte, une contraction passait Sur ses traits raidis et comme figés en une morne expres sion de désespérance. Malgré sa maigreur extrême, cette femme était encore très belle. Des cheveux très noirs entouraient le front pâle ; noirs aussi étaient les yeux, et les ligne: du type ca- talan, dans lequel quelques-uns croient retrouver l'empreinte orien- tale mêlée à l'énergie sarrasine, dessinaient le visage de la mère et celui de l'enfant. La femme surtout portait fière- ment la tête ; malgré la misère et la lassitude, toute sa personne avait ce je ne sais quoi de particulier à cette d'indépendance fière, de farouche et par- dessus tout de grandeur. Elle d'une de l’autre elle serrait quelque chose race faite volonté marchait toujours, tenant ain la fillette, pendant que d'inforine sur sa poitrine ataigrie — Maman, arrêtons-nous !.. Il y pieds ivait bien longtemps que les meurtris trotitaieut sur ja poussi re des routes, sur le sable doré des plages, longtemps que ]. ligue bleue de la Méditerranée leur servait de Elle était d'a- tie en jouant, 12 mignonne guide. bord p fillette : elle quillages nacrés, avait ramassé des co cueilli des ajoncs fleuris ; puis, courant comme un jeune fain, elle rattrapait sa mère et lui portait son butiu. La mère souriait, s'arrêtait pour fabriquer quelque jouet facile qui provoquait chez l'enfant des éclats de rire frais comme des chants d'oiseau, puis elle marchait encore. Quelle interminable route elles avaieut suivie sur le sable brûlant ! 00000000 Parfois, elle baignaient leurs pieds dans la blanche écume portée par la vague mourante ; parfois, elles éprouvaient une: délicieuse ivresse à sentir le vent jouer dans leurs cheveux pendant que l'air imprégné de brises marines caressait douce- ment leurs visages. Mistral on tramontane ? L'enfant ne savait plus vraiment. Combien de fois avait-elle vu le soleil s'élever insen- siblement au-dessur des flots, pour disparaître plus tard derrière les montagnes ?..Elle ne savait plus. Quelquefois, en pérétrant dans les terres, on frappait à ne cabane de marin, ou, s’avançant davantage, à une métairie isolée, Le iwarin donnait un poisson salé, le paysan uu verre de vin et du pain. Quel- que brune fillette s’approchait par- fois de l'enfant et lui mettait une grappe de raisin dans la main. Si elle en avait une, maintenant, pour rafraichir sa bouche dessé- FEUILLETON DE L'IMPARTIAL LA MAISON GRISE. RSRIRIRSRERIRIRIARIRE leurs pointes entre les troncs des müriers et des platanes ; quelque- fois, ils accrochaient les haillons, comme pour les retenir; peut-être était-ce un salut, un geste de bien- venue ou une prise de possession ; peut-être le souffle léger qui cou- tait dans les branches n'’était-il qu’un appel à un fantôme reconnu, à une vision d’autrefois... — Maman, arrêtors-nous !…. Les yeux de la fillette se faisaient plus suppliants ; le cercle bleuâtre qui entourait ceux de la mère s'é- largissait encore et la main crispée serrait plus fort celle de l’enfant pendant que les jambes avançaient plus vite, d’un pas automatique. Elles passent sans rien voir. A gauche, une immense plaine où le vert grisâtre des champs d’arti- chauts fait ressortir le vert ronillé des vignes ; puis, tout au fond, les montagnes, tellement lointaines, tellement bleues qu’on se demande chée !.….. Puis on marchait encore. | On dormait dehors, l’une près de l’autre, à l'abri d’une barzue, quand elles en trouvaient échouées | sur la grève, contre un tas de sable, quelquefois ; à la garde de Dieu, : toujours. On repartait. La mère parlait souvent d’un but vers lequel elles allaient. Il s’agis- sait d’une grande demeure, de. belles vigues, d’un parent riche, d'un vieux domestique, peut-être | mort... De tout cela, la fillette ne comprenait pas grand'chose et r2-| tenait encore moins. Elle savait, seulement, qu'une fois arrivées, ce serait fini de leurs peines. Graci- | ette serait heurense ; elle pourrait | avoir de beaux jouets, de belles ro- bes, et passerait de longues leures | sur les genoux de sa mère, perdue celle ju'elle vénérait à l'égal d'un ma- dans la contemplation de aone. El: savait aussi que sa mère de vait faire un grand voyage, sitôt à- près celui-là, mais elle ne savait où. l'ous les soirs, elle priait pour son père ; dans les brouillards de sa petite cervelle, elle se rappelait à peine une blonde figure penchée | Elle savait que. s'était lui qui attendait sa mère; | sur son berceau. mais c'était tout. demandait de l’eminener pour ce voyage merveilleux, une étreinte folle lui répondait. Un jour, a yant senti une larme couler sur :on front, l’enfant n'avait plus rien de- | mandé... Êt l’on marchait encore... —-Maman, maman, arrêtons- tous. On ne voyait plus la mer: une interminable route grise surchauffée ar l'implacable soleil de juin. A . droite quelques aloès montraient, Quand eile lui! si ce ne sont pas des nuages immo- ! bilisés à l'horizon. A droite, une tour ronde qui do- mine la plaine et la'mer, l'antique tour de Castel-Rossello, perchée sur un ressaut de terrain, comme une sentinelle qui garderait des souvenirs défunts, à l'emplacement ae l’antique Ruscino: L'âme des villes mortes habite peut-être dans les ruines qu’elles laissent ; leurs débris démantelés semblent pleurer sur eiles et jettent une note mélancolique-sur la cam- pagne d’alestour. voyageuse. Oh! cette route uniformément grise !...grise de noussière, gris les troncs d’arbres, grises! les feuilles ternies ; grise aussi cette masse que l'on apercevait, ceinture de rem- anteed OK MONEY Guar clair, or your money is re what BENTLEY’S Mais ce n'était | pas cette mélancolie qui assombris- | ‘sait de plus en’plus le front de Ja parts protégeant une ville ; gris med flocons qui couraient dans l’éther ; et gris aussi le nuage qui s’épaissis- sait devant les yeux de la malheu- reuse femime. —Maman !... Enfin, quelques jarcins entourés de roseaux commencent à verdoyer. Des figues, ces belles figues de col de Senora, tant renommées dans le pays, semblent s'offrir aux voya- geuses ; sur une porte, des branches de muscat passent entre les lattes mal jointes ; l’on aperçoit, par une fente, les taches rouges et jaunes des dahlias et un vague parfum de la petite fleur cacic flotte dans l’air. —Maman !.… La pauvre femme se retourne, hagarde, elle élève ses bras amai- gris comn.e un suprême appel à ce- lui qui la voit d’En-haut ; une ex- pression d'angoisse et d'épouvante passe dans ses yeux démesurément agraudis, et elle s’affaisse au bord de ja route, entraînant dans sa chute l’entant, dont la tête heurte violemment une poite a demi-ver- moulue. Le nuage gris qui, depuis un mo- ment plane au-dessus d'elles, passe devant le soleil qu’il obscurcit et semble endeuiller toute la vie d’a- leutour. II | —]Je vous assure, Jacques, que vous avez tort ; vous n'aurez pas un seul melon. Mon ami Tixador, que j'ai encore vu hier au cercle, les arrose deux fois par jour et il obtient des résultats merveilleux. —Si je le: arro:e deux fois, ce sera trop ; le voisinage du puits leur donne bien assez de fraîcheur. — N'importe ; Tixador deux fois, et vous savez aussi bien que moi qu'il a les plus beaux fruits du pays et qu’il est le plus riche propriétaire de Saint-Jean. Cette conversation avait lieu en plein air, dans un de ces petits jar- dinets qui, dans le qaartier Saint- Jacques, bordent la route dîte route de: Canet, parce qu'elle mène de Perpignan au ptit village de Ca- net, près de la mer. Ce jardin po- Bentley's Liniment THE MODERN PAIN CURE. 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