mm eo to - = LA CIE. DE PUB. DE L'IMPARTIAL, PROPRIETAIRE. DE, > G. BUOTE, RÉDACTEUR. F. J. BUOTE, GÉRANT VOL. 3 NO. 12 ee ——_—_——— amet EE Le e— # à \ À € £ Es # co (suite) Malevieux se montrait bien diffé- | rent de ce que nous l'avons vu au début de cette histoire : ce n’était 1 plus que lofnbre de Iui-même. Jes ressorts de son âme, déjà usés de- puis longtemps par les émotions vi- olentes du jeu, s'étaient brisés lors de la catastrophe que nous connais- sous. Il était devenu sombre, mor- ne, taciturne ; prétentions, sa galanterie d'ancien ; Ne pou- * son assurance, ses régime avaient disparu. vant plus jouer, ruiné lui-même et dépouillé de l'administration des dans Jl biens de son neveu, il vivait un désœuvrement complet. ne _ TIGNISH, ILE du PRINCE EDOUARD, JEUDI LE te FH So ST SR SIA SÈVRES ÈUSE FEUILLETON DE L'IMPARTIAL LE CRI DU SANG 000.000 X.—L'AVEU. ? * | de premier ordre ; dans les défis | portés de village en village, ils a- | vaient assuré en ce genre la supéri- orité de Balaruc-les-Bains sur tou- tes les bourgades du canton. Aus- si la population se rendait-elle cha- que soir sur le rivage du lac ; il é- tait de mode même, parmi les bai- gueurs, de ne pas manquer une de ces réunions, où l’oisiveté trouvait l'occasion d'employer le temps en excès. On applaudissait aux beaux coups, on huaït les maladroits, on pariait où l’on faisait des vœux pour tel ou tel joueur, et le diver- tissement durait jusqu’à ce que la nuit vint y mettre un terme. , 2 S 4 s'exprimait qué par monosyllibles, | ou s’il parlait, ses paroles étaient | Néan- | Î ! incohérentes et sans suite. noins, comme il avait parfois des moments lucides, c'était un objet de doute pour les habitants de Fhô- tel si sa folie était feinte on sérieu- se. Les uns, comme Mornas, n'a- vaient vu daus Îles propos insensés de Malevieux qu'une comédie des- tinée à cacher l'embarras de sa si- tuation. D'autres, parmi lesquels se trouvait le docteur Moirot, con- sidéraient ie dérangement de son intelligence très positif ; mais la maladie ayant un caractère calme et concentré, on n'avait cru devoir prendre aucune précaution contre l’insensé, et on le laissait al- ler seul partout où il voulait. Le malhenr fort réel de Male- vieux excitait très-peu de sympa- thieparmi ceux qui l’entouraient. ouvait une vive répulsion Æüteur infidèle qui avait si Mt abusé de la fortune de Il ne reucontrait que et semblait a- comme mx raillerie, voir conscience de la haine générale à son égard. Une seule personne Jui montrait de l'intêret, de la pitié ; Mlle. de Norville, triste et délais- sée elle-même, n'avait jamais pour Jui ni parole dure, ni silence mépri- sant. Aussi, Malevieux la recher- chait-il avec une sorte d’instinct qui survivait même à la raison ; il passait près d’elle tous les instants qu'elle pouvait lui accorder ; il l'é- coutait avec re pect, et Amélie a- vait pris sur lui un tel pouvoir que, d’un mot, elle le calmait au milieu de ses accès les plus violents. Souvent l’insensé restait de longues heures à la contempler en silence ; alors il y avait dans ses yeux tant d'admiration, tant de tendresse et De. « de douleur, qu’on se prendit à dou- Le soir dont nous parlons, l’as- semblée était particulièrement bril- lante et la partie auimée. Malgré la brise qui soufflait de la mer, on ne se sentait pas encore, dans ce Iclimat fortuné, des fraicheurs de Le soleil se couchait une lumière douce et blanche éclairait le ciel. Les spec- tateurs étaient disposés en deux longues files sur le chemin de la Au point de départ, devant la maison de Poncet, Simone, la reine de ces yeux, trônait sur un escabeau de bois, à côté de sa futu- re belle-mère et de sa mère ; c'était une fille fraîche, rieuse, rondelette, qui témoignait d'une grande dispo- sition à l’embonpoint. Ornée de ses beaux atours, un poing sur la hanche, elle applaudissait à tout propos, particulièrement quand son promis avait donné une preuve de force ou d’habileté ; elle décidait des coups en dernier ressort et ré- compensait les vainqueurs par un baiser” Les deux mères, assises par terre, travaillaient à leurs joncs marins, pour utiliser le temps ; le bruit de leurs maillets se mêlait aux éclats de rire et aux propos jo- veux des assistants, joueurs et spec- tateurs. Quelques promeneurs al- laient et venaient au bord du lac et ne donnaient qu’une attention se- condaire À la partie, tandis que deux ou trois vieux pêcheurs, retirés à l'écart, causaient politique en mâ- chant leur tabac. Adrien et la marquise étaient au aombre de ces spectateurs distraits pour lesquels la ‘‘quille” et le ‘‘re- quillon”’ n'avaient pas un attrait suffisant. Ils causaient à voix bas- se. Le bras de Mme. de Norville était passé sous celui du jeune avo- cat : elle avait Ôté son chapeau, et la brise de mer jetait parfois les boucles blondes de sa chevelure par- l'automne. sans nuages ; boule. ter si l’altérati n de l'intelligence n'avait pas ramené, dans cette âme sèche et blasée de vieux libertin, les émotions nobles et généreuses de la jeunesse. Un soir de septembre, les pen siounaires de la maison t'iermale €- taient descendus sur la grève pour assister à une partie de quilles, en- gagée devant la maison du patron Poncet. On célébrait les prélimi- naires du mariage d'Etienne avec ja Simone, sa fiancée, par ce diver-| d'ordinaire aux tissement, réserve dimanches et aux Jours Ge Une partie de quilles, pour certal- ues régions du midi de la France, à | toute l'importance d'une course de chevaux ou d’une joute sur l'eau pour les environs de Paris. L'é- cartement des quilles, la petitesse de la houle, la grande distance où se placent les joueur coup d'habitude et une adresse re- marquable pour y réussir. Les ha- biles joueurs de quilles sont donc fort estimés et les amateurs vien ment souvent de très-loin pour les rädœuvre. Or, Etienne Poncet. autres jeunes gens de fète. ! s, exigent beau- | fumée jusque sur les lèvres d’Adri- en, À mesure que le jour baissait et que l'attention autour des jou- eurs devenait plus vive, ils s’éloi- ynaient davantage et prolongeaient | leurs ‘‘bordées’”, comme eût dit un marin, vers la campagne solitaire. De la sorte, ils gagnèrent insensi- |blement une pointe de terre où des ruines et des buissons les cachaient tout à fait aux yeux des gens du | village. Cette circonstance, demeurée in- |aperçue pour les joueurs et por les loisifs, n'avait pas échappé au re- gard d'Amélie de Norville, qui, de isa fenêtre, suivait avec attention |tous les mouvements de sa mère. Longtemps elle avait regardé | pensive et calme le même point du rivage. Mais quand Adrien et la | marquise eurent disparu derrière |les ruines, elle commença à donner |les signes d’une extrême agitation ; |ses yeux éteints s'animèrent ; Îles pommettes de ses joues se colorè- | rent d’un rouge pourpre. Elle se mit à parcourir sa chambre d’un pas inégal, revenant fréquemment re 10 ANNEE. Lol FRERERIRINIREIRERSRIRIRIRERERIRE RIRE dans la direction qu'avaient prise les promeneurs. Enfin, ne les vo- yant pas reparaître, elle se jeta sur une chaise et fondit en larmes. Son pied frappait convulsivement le plancher et elle avait peine à étouf- fer dans son mouchoir de bruyants sanglots. Elle était depuis un moment dé- jà dans cet état violent, quand on frappa à la porte. Amélie tressaillit et s’essuya les |yeux. Lorsqu'elle crut avoir ef- facé toute trace d'émotion, elle alla ouvrir et Malevieux entra. avec son élégauce et sa recherche ordinaires, sa canne à la main. Il salua d’un air lugubre et cérémo nieux, puis il resia immobile devant Amélie, qu’il examinait en silence. ‘Le temps est beau,’’ dit-il enfin laconiqueinent. Et comme Mlle de Norville ne se hâtait pas de répondre, il ajouta du même ton. ‘Voulez-vous venir faire un tour de promenade ?”’ Amélie, convaincue de l’état d’imbécilité de l'ancien joueur, se contenait moins devant lui que de- vant toute autre personne. Elle courut à la fenêtre, regarda de nou- veau les ruines, puis revenant pré- cipitamment, elle répondit : { ““Volontiers, mon ami : merci de vos attentions....Je suis à vous.’’ Ella entra dans la chambre voi- l sine et reparut bientôt avec sa man- te et son chapeau. Pendant qu’elle faisait ses dispositions dernières, Malevieux la suivait des yeux ; une expression singulière se pei- gnait sur ses traitsflétris. Au mo- ment où elle essuyait furtivement une larme, l’insensé eut comme un mouvement de rage : ‘“Je prendrai mon tonnerre, s’é- cria-t-il en tendant le poing vers la campagne, et je les foudroierai tous !”” Amélie lui toucha l’épaule et dit de l’air dont on parle à un enfant : ‘‘Encore, mon ami ! ah ! vous m'’aviez promis d'être sage !”* Malevieux baissa la tête avec confusion en balbutiant des paroles inintelligibles et ils sortirent. En quelques minutes, ils furent sur la grève. Leur présence ne produisit aucun effet sur les joueurs et les parieurs passionnés ; mais certains pensionnaires ne l'hôtel, parmi lesquels se trouvait Mme. Desforges, la vieille dévote aux observations charitables, se pous- sèreut du coude en chuchotant. Amélie s’inquiéta peu de cette cu- riosité hostile. Le teint animé, l'haleine oppressée, elle allait et venait d’un pas régulier sur la la plage. Malevieux obéissait avec docilité à son impulsion ; depuis la réprimande amicale qu'il avait reçue de la jeune fille, son attitude roide, automatique, faisait contraste avec l'activité fiévreuse de Mile de Norville. Ils se promeuaient, ou plutôt ils erraient ainsi depuis un moment, quand le patron Poncet, qui était en train de fumer sa pipe un peu à l'écart avec les politiques du vil- lage, s'approcha d'eux avec em- pressement. ‘“Pécaïiré ! demoiselle, est-ce bien vous ? dit-il en dissimulant sa pipe toute brûlante daus la paume de sa main calleuse ; j'étais là à me dire : “C'est elle, ce n'est pas elle l' Faut avouer que vous de- venez rare...Mais a7/ançons un peu ; vous pourrez vous asseoir et vous vous amuserez à regarder le L'oncle d’Adrien était habillé | ho jolie drôlesse, ma foi ! qui va deve- nir ma bru...... —Excusez-moi, patron Poncet, répliqua Mlle de Norville distraite- ment, je cherche ma mère et je pen- sais la retrouver ici. —Votre mère ? répéta le marin dont la figure se rembrunit ; elle était là tout à l'heure. Elle se rromène sans doute avec....qurel- qu'un, celui-ci ou celui-là. Faut pas vous chagriner pour ça ; faut vous dire . ‘ N'y a pas de mal à se promener !...’’Mais pécairé ! de- moiselle, continua-t-il en exami- nant Amélie avec plus de soin, vous avez done été bien malade ? Vous êtes si pâle, si défaite...... —Ce n’est rien, patron, un peu ! de faiblesse... Cette soirée est ma- gnifique et le grand air me fera du bien.”’ : Elle ajouta, en désignant un ba- teau amarré au rocher à quelques pas d'eux: ‘‘Patron, n'est-ce pas votre bar- Le que j'aperçois encore à flot ? —Bête que tu es ! s’écria Poncet en se perlant à lui-même et en se frappant le front, tu ne songeais pas à lui proposer...Venez, venez, venez sieur l'‘‘oncle”’, parbleu ! je vais vous promener sur l’étang’”. Malevieux se tourna vers Amélie, qui s’empressa d'accepter l’invita- tion. Ils prirent place dans la bar- que, encore munie des avirons. Poncet parut d’abord avoir l’in- tention de gagner le large ; mais Melle de Norville, dont l'agitation ne se calmait pas, lui dit en éten- dant la main vers les ruines : ‘Par ici, par ici! Ne vous écar- tez pas du bord ; nous trouverons peut-être ma mère de ce côté.’ Le patron prit la direction indi- quée, mais avec une répugnance visible, et se mit à ramer lentement. ‘“Eh bien ! mademoiselle, dit-il bientôt, notre Etienne se marie dans quelques jours ; les tambours et les hautbois sont loué; pour jeudi prochain...Vous serez de la noce, j'espère ? —Merci, Poncet, répliqua Mile de Norville en secouant tristement la tête ; une pauvre malade trou- blerait votre joie....Ainsi donc, ajouta-t-elle, ce mariage est con- venu, et les fiancés s'aiment tou- jours ? —Toujours, demoiselle ! Et pourquoi diable ne s’aimeraient-ils plus ? Tenez, ma femme, la Pon- cette, qui est bien une bonne créa- ture, mais qui, il faut l’avouer, aime un peu trop l'argent, disait l’autre jour à notre Etienne : ‘‘E- tienne, lui disait-elle, maintenant que tu as de quoi, ne pourrais-tu pas trouver mieux que cette Simo- ne, quin’a nisou ni maille? La fille à Nicot est gentille aussi ; elle portera pour dot à son mari cent écus d’argent blanc et une belle garniture de chambre ; tu ferais mieux de choisir la fille à Nicot !” Ah ! demoiselle, je voudrais pour beaucoup que vous eussiez vu E- tienne pendant que sa mère lui di- sait ça ; ilétait rouge et pâle et il ne se tenait plus sur ses jambes ! ‘Mère, lui dit-il, je n’épouserais pas la fille à Nicot quand elle m’ap- porterait son pesant d’argent ! J'aime la Simone, et, riche ou pau- vre, la Simone sera ma femme, ou nulle autre !”” —C'est un honnête garçon, # dit Melle de Norvilie en soupirant, et sa fiancée sera bien heureuse !”” mademoiselle : aussi, mon- tion, la barque avait doublé la pointe de terre dont nous avons parlé. Les ruines de l’aqueduc ro- main apparurent tout à coup, des- sinant sur le ciel leurs arcades à demi-brisées. Dans l’écartement de deux touffes de feuillage, la jeune fille attentive aperçut un pan de robe aux nuances éclatantes. ‘‘Arrêtez un instant, patron, dit-elle d’une voix altérée ; ma mère est là, je vais essayer de la ré- joindre à pied. —Quoi ! demoiselle, vous vou- Mu... e (suite à la 8me page) 3 Pendant cette courte conversa- | _ s Backaches of Women. Not one woman in twenty has a strong back. Backache ls the cry of Weak Kidneys for help. Backachelsthe warning note of much more serious trouble to come, If not at- tendod te immediately. 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