æ prie Se pq” À pat né ont p ai 5e F4 “\mnilieu, qui menait droit à une ha- #4 D ee ] ef IMPARTIAL, PROPRIETAIRE. G. BUOTE, RÉDACTEUR. > mére F. J. BUOTE, GÉRANT TIGNISH, ILE du PRINCE EDOUARD, JEUDI LE 28 AVRIL 1904. LA 11] ANNEE* CIASR SAISIR SASRS ASUS LITSASRS ESA SH FEUILLETON DE L’IMPARTIAL S MAISON GRISE. û PREMIERE PARTIE Des pas sur la terrasse, un aboie- ment joyeux de Léda, qui se lève brusquement, et Pierre entre en coup de vent, suivi de Dolorès. Des caresses, des questions aux fil- lettes, puis Madame Tixador sort pour revenir, quelques instants a- près, débarrassée de sa toilette de ville et revêtue d'uu simple cos- tume d'intérieur. Six heures son- nèrent au coucou de chêne. On entendit dans la pièce au-dessus un bruit de chaises remuées ; puis des pas d'hommes retentirent dans l’es- calier, et Louis Tixador entra dans la salle à manger. C'était un homme de quarante- cinq ans environ. Grand, robuste, le teint bruni avec une physiono- mie régulière qu'encadraient heu- reusement en l’adoucissant une barbe et une chevelure déjà grises ; son premier regard fut pour la pâle fillette, qu'il embrassa à plusieurs reprises, et donitl avança, avec des précautions inouies, la chaise longue vers la table. Mais le pli qui barrait le front d'une ride pré- coce ne s’effaça pas snus les ca- resses de la fille ni sous la brusque accolade de Pierre, qui recommen- çait le compte-rendu de sa journée, déjà fait à sa mère, ni devant l’af- fectueux et timide sourire dont Do- lorès accueillit son entrée. Il était suivi d’un homme grand aussi, mais maigre, la figure entiè- rement rasée, coiffé d’une baratina, chaussé de sandaies, et dont le re- gard fuyant était, en ce moment, posé sur la’ blonde tête de Josée. —Josée ! appela-t-il. L'enfant se leva. Mais Guidette protesta : Oh! non: pas ce soir, Ger- main. Josée dise avec moi ; n’est- ce pas, mon petit papa? ajouta-t- elle câiinement en se tournant vers son père, _Si tu le veux, mignonne, ré- pondit celui-ci. Et se tournant Germain : —Laisse-la-nous ; nous te la ren- vers verrons après-diner. Un éclair passa dans J'œil gris de Germain ; mais on n’eût pu dire si c'était de joie ou de regret ; et pen- dant que Ja famille Tixador prenait son repos du soir, peudant que quelques monosyllabes ou de couftes phrases du père répon- daient aux questions de Dolorès et à l'exhubérance des enfants, il rentra dans le vestibule et se diri- gea vers la porte du fond. Il pé- nétra dans un grand terrain, à peine éclairé par Ja lumière venue de la cuisine, dont les fenêtres s'ouvraient de ce côté. Ce terrain, long d’une trentaine de mètres en- viron, large de vingt, avait dû ja- dis être un jardin ; on reconnaissait à un renflement du terrain, à quel- ques buis formant bordure ou fai- sant saillie au milieu, l'emplace- t des anciennes corbeilles et des Mais les allées étaient; men massifs ‘ couvertes d'herbes, sauf celle du bitation dont les murs décrépits semblaient pleurer leur iuine, der- rière un rideau d’acacias plantés tellement serrés que leurs branches | enchevêtrées laissaient à peine a- nêtres de la façade et protégeaient ‘porte, sur un vieux banc. Il la d2 leur ombre les volets gris qui ne regardait, l'admirait, la couvait, s’ouvraient jamais. Pierre l'avait ;soit qu’elle fût seule, soit qu’elle baptisée la Maison Grise, en oppo- |eñt traîné la voiture de la petite in- sition avec celle du devant, qu'il {firme et que le turbulent Pierre appelait la Maison Blanche ; et peu vint y mêler sa joie et sa gaieté. à peu, tous avaient fait comme jui. Quels projets germaient derrière C'est dans la Maison Grise qu'ha- | se front ? Pendant ces heures d’im- bitait Germain. mobilité, quels rêves faisaient bril- Do:orès l’avait trouvé installé là | ler ces yeux ? aux premiers jours de son mariage‘| Ce soir de jnillet, Germain prit alors qu’elle entrait, avec sa jeu- son repas presque gaiement et, son uesse et ses illusions, dans la | ménage rangé dans sa cuisine pro- graude maison neuve du devant. |prette, il traversa sa chambre, à Il habitait seul ce grand bâti- | peine garnie de vieux meubles dé- ment où deux familles eussent cer- |modés et pénétra à côté, dans la tainement tenu à l’aise. plus mignonne chambre d'enfant Une dizaine d’années aupara- ou plutôt de jeune fille que l’on vant, après un voyage de quelques | pût voir: ameublement bambou, semaines, Germain était arrivé, en petit lit tout enveloppé de cre- présentant uxe robuste jeune femme | tonne blanche et rose, rideaux pa- de la Salenque, sa femme. Après |reils, sièges recouverts et toilette quelques mois, elle languit et s'é- | drapée de même. Aux murs, tiola. Fille des plages et du soleil, | deux grandes gravures : le Sacré- regrettait-elle sa mer bleue et trou-| Cœur et une Vierge ; sur la com- vait-elle trop d'ombre dans cette mode, un saint Joseph avec un triste maison ? Une déception que bouquet frais ; à côté, deux cadres nul ne connut jamais empoisonna- entourant deux photographies : la t-elle sa vie? Deux anset demi mère de Josée elle-même, alors s’ètaient écoulés ; elle mourut en | qu'elle n'était qu’un gros poupard recommandant à Dolorès une pe-} joufflu. tite créature qui ouvrait à peine les! Jit dans l’écartement des rideaux yeux à la lumière : Josée. du lit, un bénitier surmonté d’un Germain laissa l'enfant en nour- |arge gardien semblait protéger le rice jusqu’à quatre aus. Puis il la | sommeil de la filette qui devait re- prit avec lui et seul, sans autre} ser ]à. aide que Marie, la cuisinière des! Rien n’y manquait: ninn prie- Tixador, qui venait faire son petit | Dieu de velours, ni une armoire à ménage ; il s’occupa de la fillette, glace devant laquelle Josée essayait se faisant pour elle doux et cares-|$es chapeaux et ses robes. Ger- sant, la soignant comme une mère, | main regarda tout cela avec amour, jouent avec elle comme un enfant, | puis, s’accoudant à la fenêtre ou- ne la quittani que pour la laisser à | verte, sttendit. Dolorès et à la pâle mignoune dont Une heure après, Pierre, ses de- la naissance avait suivi de quelques | voirs finis, rêvait qu’il était pre- mois celle de Josée. ier en calcul et eu français, Mar- Comme la maison du devant, la | suerite reposait doucement dans la Maison Grise, avait un large cou |chambre de s4 mère, Louis T'ixa- loir séparant l'habitation en deux (or tournait et retournait sur sa corps. À droite, deux ou trois couche en cherchant un sommeil vastes pièces dont la dernière ou- | qui le fuyait, ou peut-être en chas- vrait par une porte sur un sentier | sant quelque souvenir importun, et conduisant aux jardins de rapport. | {ans la Maison Grise, on eût pu On entassait dans ces salles le: | soir, à travers des rideaux roses, mannequins à expédier, les cuves, | xne silhouette noire penchée avec les tonneaux vides, etc... Une ladoration sur le lit d’une blonde d'elles avait des rayons lelong de | enfant endormie. ses murs, et c'était merveiile d’y y voir des raisins, des poires, des to mates, des melons qui mâûrissaient| La cure était une grande maison lentement et que Germain envo-|carrée, bâti: sur la hauteur de yait, l'hiver, sur les marchés. Saint-Jacques, comme une so:te de Une autre servait de cabinet à|petit phare, que les malheureux en l’homme de confiance qui y rece- détresse pouvaient voir de loin. vait les journaliers et y traitait les | File dominait la rue en pente, qui affaires. dévalait jusqu’à la rue de la Parte- A gauche, le logement de Ger-| Canet. Devant la porte, sur toute main, une cuisine, une petite salle la largeur du rez-de chaussée, un à manger et déux chambres. petit carré entouré d'une grille ab- Un large escalier de pierre ter-|ritait quelques lauriers-roses. Une minait le couloir et menait à l'étage| dizaine de mètres la séparaient du supérieur, absolument vide, disait-| péristyle de l'église, grande galerie mais. Ja porte qui y donnait accès | 5 amuser, en at‘endant l’heure du était condamnée ; Germain l'affir-|catéchisme, et oùle Commandant mait. Les fenêtres, avec leurs!faisait retentir sa jambe de bois coutrevents hermétiquement clos, | quand des pluies prolongées l’em- faisaient pnser à des yeux tou- / pêshaient de sortir- jours fermés, et, sans la lumière) Graiciette s'était qui brillait souvent au rez-de : dans cette maison chaussée, on se serait cru devant Pouce et intelligente, elle se fai une de ces ruines dont l'aspect fait !sait aiuier de plus en plus res deux frissonner comme, celui d’une chose | frères et de Chiquette. Elle était |pour cette dernière une aide pré- bien installée hospitalière. m"tte. percevoir, au premier étage, les fe- ‘venant de visiter un malade, à mi- on, et où personne ne pénétrait ja-| couverte où les gamins venaient | Qua:d Josée jouait, son père | c'e se, surveillait ses ca seraoles, 6 | radis récoltés au fameux jardin ; aussi, la brave fille lui avait consti- tué un petit trousseau fort présen- table avec ce que l'armoire conte- nait de meïleur ; je ne parierais pas que certaine robe grise n'eût été taillée dans un jupon qu’elle avait dernièrement reçu pour compléter ce qui manquait, et était très fier le dimanche de promener sa pugil- le, comme il l’appeiait. C'était entre le vieux soldat et l'enfant une æffection réciproque, qui allait toujours grandissant ; elle aimait bien aussi M. le Curé, qui se plaisait à développer les bons sentiments en germe dans son âme d'enfant ; mais, soit qu’elle fût in- timidée par la robe noire du prêtre, soit que les occupations de celui-ci, qui l'éloignaient souvent de la cure, eusseut diminué leurs rapports, elle avait une préférence marçuée pour Gaudérique. Après les repas, quelquefois l’abbé lisait son brévi- aire ; alors Gracia moutait sur l’u- nique jambe du Commandant, l’em- brassait, 'tirait sa moustache, le ta- quinait de milie manières qui ravis- saient l'infirme ; elle finissait par par lui passer ur bras autour du cou et, doucement : —Oncle Gaudérique, racontez- uous une histoire, voulez-vous?... Le Commandant racontait un é- Lisode de sa jeunesse : comment il avait été nommé lieutenant ; com- ment il avait été blessé, fait prison- nier, les faits d’armes qui lui a- vaient valu la croix. Jamais l’en- fant ne sc lassait d'écouter. Il yavait déjà trois mois que Graciette faisait partie de la mai- son. On étuit en octobre ; un jour, il avait plu toute l’après-mij- di, elle avait aligné d'intermina- bles pages sur un beau cahier d'’é- criture ; le Commaudant avait re- mis en état bon nombre de vieux jouets, Chiquette avait bougonné à faire trembler tout le matériel de sa cuisine parce que M. le Curé é- tait entré crotté jusqu'aux chevil- les, et trempé jusqu'aux os,'en re- chemin de Cabestany. —Comme si, avec un ternps pa- reil, il ne le faisait pas exprès, pour prendre uue fluxion de poi- trine! C'était miracle que le bon Dieu ne l’eñût pas encore puni de ses imprudences répétées. Mais le bon Dieu trouvait, sans doute, que sou serviteur faisait e trop bonne besogne sur la terre. Aussi, laissait-il Chiquette tonner dans sa cuisine et la pluie arroser les pavés du dehors, pendaut que M. le Curé, indemne à toute flu- xion, se réchauffait tranquillement devant le feu. —Donc, ce soir 1à, disait leCom mandant, il pleuvait, tout comme aujourd’hui. C'était le 21 octobre 1870; nous étions au Bau-Saint- Martin. Depuis huit jours, offis ciers et soldats, nous ne mangions plus que de la scupe de cheval, sans pain ni sel ; la faim, les fièvres nous décimaient ; ies chevaux cre- Nous étions (suite à la 8ème. page) vaient par milliers. THE WHOLE FAMILY BE BENEFITED BY B | ' Li I { It will readil ps and cure all the com- 1 be mo Ta ER tnt F7 Lens : extra strong, and the %50. size is the largest bottle of white lini- ment on the market. Perfectly clean to use as swift and reliable in action, it is guaran- satisfaction or money re- have endorsed it and s0 will y le trial. dealers sell it, but none but Bentley’s, THE BEST Liniment size, 10c. | 6 oz. size over s es much), 25e. 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