10 bénédiction; c'étaient là des peines difficiles à suppor— ter sans une foi vive et profonde. Un amour filial envers Dieu le Père, une confiance sans bornes en Sa bonté pour ses enfants affligés faisaient croire parfois aux Acadiens qu'aucun de ceux qui s'efforçaient de vivre habituellement en paix avec leur Créateur ne serait privé de la grâce des derniers sacrements; que, si un prêtre lui manquait à sa dernière heure, un ange du ciel serait envoyé pour lui imposer spirituellement l'onction sainte“. (I) Mais la peine occasionnée par l'impossibilité de faire dire des messes pour les âmes de leurs défunts était très profonde. Ces chrétiens éprouvés essayaient d'y suppléer par leurs prières fréquentes et surtout par leur ferveur pendant l'office divin, le dimanche, quand ils avaient le bonheur d'y assister. Dans le compte rendu de ses visites pastorales de 1811 et de 1812, Monseigneur Plessis, évêque de Québec, écrit ses impressions au sujet des voix mystérieuses qui se faisaient entendre dans quelques—unes des églises acadiennes: "Depuis environ six ans, on entend parler dans toutes les chapelles acadiennes de l'Ile Saint—Jean———celle de la baie de Fortune exceptée———des voix, ou plutôt une voix, tantôt chantante, tantôt Soupirante, dont plusieurs personnes se trouvent singu- lièrement-affectées. La voix soupirante est "celle d'une personne qui serait dans une affliction sourde et profonde; la voix chantante est celle d'une femme ou d'un enfant qui se fait entendre au—dessus de celle des chantres, car c'est pendant 'l'office que l'on entend cette voix glapir, surtout pendant les litanies du Saint Nom de Jésus qu'il est d'usage de chanter le dimanche pendant la messe. Tous les assis— tants n'entendent pas cette voix en même temps; ceux qui l'ont entendue un dimanche dans une église ne l'entendent pas toujours le dimanche suivant dans une autre, ou le dimanche suivant, dans la même église. Il en est qui ne l'ont jamais entendue. Quel- quefois, elle est entendue d'une personne et ne l'est pas d'une autre placée dans le même banc. Cependant, plusieurs sont frappés (l) Parole d'un vieux prêtre acadien.