FE ee Une aventure de Robert Surcourt de Sousou, où deux forts vaisseaux marchands anglais, bien armés, embarquaient une cargaison de poi- vre du pays. L'un de ces vaisseaux avait vingt canons, et les sabords du se- cond étaient également bien garnis. A cette artillerie, Surcouf ne pou- vait opposer que les quatorze pièces de la ‘Clarisse’. Néanmoins, il n'hésite pas un seul moment à at- taquer ces deux adversaires à la fois, et, laissant porter sur le plus gros, qui semble devoir offrir plus de résistance, il prend toutes ses disp sitions de combat, Préparé à tout, il vient audaci- cusement se placer sous le feu des vaisseaux ennemis, prend son moullage dans la hanche de tribord de l'un et par le travers de l’autre. Justement alarmés de cette manc- vre hardie, les navires anglais, vo- yant le drapeau tricolore flotter à la vergne du corsaire, font feu de toutes leurs pièces. Surcouf, si- lsncieux, avance toujours et ne commence à répondre que lorsqu'il est arrivé au point juste où il veut engager le combat. Quand il y est, il ouvre le feu des pièces de sa batterie et des canons de ses gail- lards. Son artillerie est bien ser- vie et tient tête aux canons supé- 1ieurs en nombre de l'ennemi. Cette canonnade échangée dans les eaux malaises, à la vue de toute la ville, surprend les habitants en- gourdis dans le calme d’une chaude journée d'Orient. 1lse portent en masse sur le sommet des hauteurs qui entourent la rade. De là ils suivent, avec un sentiment de vive curiosité et d'admiration pour J'aw dace des Français, les péripéties de Ja lutte. Mais, avec un homme comme Surcourf, une affaire au canon ne psut se prolonger. Sa bouillante ardeur le pousse à t«rminer cet en- gagement par une attaque à l’arme blanche, et il a sous la main l’hom- me le plus propre à accomplir cette difficile et périlleuse mission. (Cet Homme, c’est son frère Nicolas, le second de la ‘‘Clarisse'’. Il Jui or- donne de prendre quarantes mate- lots et d'aller escalader le plus grand des deux vaisseaux anglais par le bord opposé à celui où l'on se bat. Aussitôt, les embarcations de la ‘‘Clarisse’’ sont mises à la mer : Nicolas Surcouf serre la main de son frère et descend avec L'IMPARTIAL JEUDI, LE #8 lviennent mouiller auprès de jeur ‘ait fondu comme un nuage. vainqueur. Cette affaire si glorieuse, dont le | dit Surcouf on riant. mérite doit être partagé entre les Longeant la côte de Sumatra, | deux frères Robert et Nicolas Sur- Surcouf, À bord de son vaisseau la |couf, qui l'avaient conçue et exé- “Clarisse”, arriva devant le port |cutée, allait encore ajouter un fleu- ron à la renommée du capitaine malouin, qui avait eu À combattre des forces plus que doubes des siennes en artillerie, Aussi, dans cette rencontre, où la ‘‘Clarisse’’ n'avait pu, à cause des difficultés du mouillage, tenter l'abordage, elle avait beeucoup souffert du tir habilement dirigé de l'ennemi. Elle avait reçu de nombreux projectiles dans sa coque, ses oeu- vres vives avaient été attein.es et son gréement avait subi de séri- euses avaries. Surcouf résolut de terminer là une croisière signalée par une action brillante et de re- tourner à l’île de France. des capitaines à bord des deux na- vires capturés et, escorté de ses prises, avec lesquelles il aurait pu, à la rigueur, livrer un nouveau combat aux croiseurs anglais, il se dirigia vers la colonie, où il arriva heureusement dans le courant du mois de juin. La ‘‘Clarisse’”” avait perdu quel- ques marins dans ses différents en- gagements ; il fallait remplacer ces hommes d'élite par d’autres égale- ment bons. Il s'en occupa de suite, et nul mieux que lui ne ju- geait, À première vue, la valeur des gens. Ici, ilimporte de citer l'amiral Page, qui a conté un trait de la vie de Surcouf. Surcouf savait en- chaîner à sa destinée les meilleurs matelots en flattant la prodigalité et toutes les passions de ces hommes eqeessifs. Quand il était sur le point de partir, ilse rendait dans les caba- rets, dans les tavernes où se trou- vaient ley hommes qu’il voulait enrôler. —Eh ! quoi, leur disait-il, un matelot de Surcouf boit du vin bleu ? —Nous n'avons plus d’argent, capitaine ! — Plus d'argent, coquins ! Vous ne savez plus comment on en ga- gne? Allons, de l'or! du vin ! des festins ! des equipages ! Un matelot de Surcouf doit mener le train d’un prince. Et il faisait pleuvoir, au milieu d'eux, des poignées d’or, et l’orgie renaissait bruyante et furibonde, et les marins de Surcouf brflaient le pavé de la ville dans des voitures à huit ressorts : et, quand l'or avait disparu, le matelot payait son capi- taine en courant avec lui de nou- veaux hasards et l’aidait à cueillir le: quarante brazes désignés pour cet abordage, puis, profitant de la fumée qui dérobe les combattants les uns aux autres, il fait force de rames, contourne le navire anglais de nouveaux lauriers. Beaucoup plus tard, vers 1816, Surcouf avait pris sa retraite. Il entra dans le bureau de son beau- par son avant et l’accoste, comme il a été convenu avec Robert. Aussitôt, les Français escaladent les bastingages de l'ennemi et tom- bent sur les Anglais, surpris et dé- contenancés par cette brusque at- taque. Nicolas Surcouf bondit sur le capitaine, essuie, sans être at- t:int, le feu de ses pistolets, le sai- sit à la gorge avec une force irrésis- tibles et iui crève le ventre d’un coup de poignsrd. Quelques au- tres Anglais tombent, le reste se reni à merci. La prisse du pasil- lon est coupée, le drapeau ennemi tmbe à la mer et ses remplacé par les couleurs françaises. Une fusée, signal convenu, apprend à Surcouf que son frère a réussi. Aussitôt, 1] dirige le feu de tous les canons sur l’autre navire, qui, voyant, quand la fumée se dissipe, les Fran- çais maîtres de son compagnon de toute, coupe ses câbles, oriente ses voiles et, sans répondre au tir serré du corsaire, essaie de se jeter À la côte pour échappper à une défaite inévitable, Mais Robert Snrcouf a deviné ses intentions. Les em- barcations de la ‘Clarisse’ se jet- frère, M. Blaize, qui avait une des principales maisons d'armement de Saint-Malo. Ce-lui-ci, qui était occupé avec un persontiage tour- uant le dos à la porle, salua le cari- taine d’un bonjour amidal en l’ap- pelant par son nom. L’étranger, en enteudant prononcer le nom de Surcouf, bondit et, se retournant brusquement, se trouva face à face avec le corsaire, qui, le sourire sur les lèvers, s'avançait pour serrer la main de M. Blaïze. Cet étranger était un homme de haute taille, au type anglo-sa- xon, blond roux, avec une peau cuivrée par le soleil des tropiques Ses yeux, largement ouverts, ne cessaient de dévisager curieusement le Malouin qui, impatienté de cet examen, finit par lui dire : —Eh bien ! qu’ai-je donc de se étonnnant pour que vous me regar- diez ainsi ? Le monsieur interpellé répondit, avec un fort accent britannique : —C'est vous qui êtes le capitaine Robert Surcouf, qui a ommandé des corsairer dans l'Inde ? —Qui, d'est moi. tent à sa poursuite, le rejoignent a- vaut qu’il ait pu prendre sou aire, l’abordent, l'escaladent, et, après un Court combat, s'en e mparent. La barre est changée, les voiles sont établies par nos agilk:s gahiers our s'éloigner de la côte : le nau- frage imminent est évité et les — Ah ! reprit l’ Anglais avec ad- miration, jesuis officier de la ma- rine de Sa Gracieuse Majesté le roi d’ Augleterre, et j'ai longtemps cou- 11 mit | Asters _— —QOui, oui, je m'en souviens, — J'ai tant entendu parler Ge vous, capitaine, reprit encore l'officier a n- glais, que j'avais une folle envie ‘de voir cet homme terrible, qui effrs y- ait tant nos armateurs de l'Ince. Maintenant, je suis très satisf uit de cette recontre que le hasard g1ix ménagée. Votre Honneur veu t-il me faire le plaisir Le me donner la, main ? | —Très volontiers, dit Suronnf. Et les deux ennemis échangé reut une cordiale étreinte. S'ils s'étaient trouvés en présen- ce quelques annécs plus tôt, ils se seraient efforcés de se couper la! gorge. 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