les matières françaises et le catéchisme. Pour ce qui est de celui-ci, il y avait des questions et des réponses. Les élèves devaient mémoriser les réponses, sinon je les gardais à la récréation pour les mémoriser. C’était très important de savoir les réponses par cœur. Ayant parfois des élèves dans plusieurs grades, je manquais de temps pour prendre toutes les Classes, donc je demandais de l’aide d’un élève qui avait fini ses devoirs. L’élève faisait l’orthographe et la dictée tandis que je travaillais avec une autre classe. Au courant de mes premières années d’enseignement, les élèves n’avaient pas de livres de mathématiques. Je devais écrire les problèmes au tableau, les << sommes » comme on appelait ça, même s‘il s’agissait aussi de soustractions. Avant de les effacer. il fallait en faire la correction. Tous les tests des élèves étaient écrits au tableau. Plus tard, j’ai eu une patente avec laquelleje pouvais faire des copies une à une. Ça prenait une bonne partie de ma soirée à faire les copies requises. Je me rappelle que, lors d’une de mes années d’enseignement, un de mes élèves n’est pas revenu en classe après la récréation du midi. Personne ne semblait savoir où il était. Un de mes élèves, le plus brave, m’a dit qu’il était dans la << shed à bois >>. Je me suis rendue là pour voir ou il était. Je l’ai trouve’ enterré dans le « pilot >> de bois. Ça n’a pas été long que ceux et celles qui l’avaient caché l’ont vite fait sortir de son cachot! D’autres qui m’ont joué des tours étaient le père Éloi ct son frère jumeau Emest. Quand ils étaient jeunes, ils étaient identiques comme deux gouttes d’eau. Ils changeaient de places pour toute une journée et je ne m’en rendais même pas compte. Aussi, ils pouvaient partager leurs punitions et leurs récompenses. Quand je suis retournée dans la salle de classe après mon mariage, c’était dans les années 60. En ce temps-là, c’était mal vu de se trouver enceinte à l’école, même si j’étais mariée. Un des trois commissaires qui devaient m’embaucher n’aimait pas voir une enseignante enceinte. Un autre commissaire qui était en ma faveur s’est rendu à Charlottetown au ministère de l’Éducation prendre de l’information à ce sujet. Il est revenu chez lui bien content car, à cette question, on lui a répondu << Si les élèves n’ont jamais vu une femme enceinte, il est temps qu’ils en voient une. >> Je crois être parmi les premières femmes enceintes à PAGE 12 LA PETITE SOUVENANCE enseigner jusqu’à l’accouchement à l’Île. J’ai eu huit enfants etj’ai enseigné tous les huit. À l’école, mes enfants devaient m’appeler « Madame » comme tous les autres élèves et ils ont pris cette directive vraiment au sérieux. Ma fille Darlene, elle aussi enseignante, a enseigné son fils en première année. Une bonne journée, il lui dit : << Madame, pourrais-tu dire à ma mère de mettre du jus au lieu du lait dans ma boîte à dîner pour demain? ». J’enseignais avec beaucoup moins de stress qu’on le fait aujourd’hui. Je vais vous raconter ce qui s’est passé avec un de mes élèves. Il n’était pas trop intéressé à l’école et ne voulait pas faire son travail. Je lui ai dit « Si tu n’es pas content, tu peux partir ». Le lendemain. il n’est pas revenu et le reste de l’année non plus. Jc crois qu’il cherchait une excuse pour lâcher l’école. Aujourd’hui. on verrait vite les parents et la commission scolaire rendus à notre porte si on leur donnait de pareils conseils. On menait l’école un peu comme on lc pensait mieux. Les punitions étaient bien différentes. La plupart du temps. je les gardais‘à la récréation ou les faisais mettre à genoux en avant de la classe. S’il fallait une punition plus sévère. je donnais la canne ou la « strap » mais jamais avec trop de force, trois tapes dans une main et trois dans l‘autre. Dans les écoles où il y avait deux salles de classe. la personne qui enseignait les hautes grades était le principal et était aussi responsable pour la discipline de la classe primaire si on lui demandait. Un jour après la classe. un professeur m’a amené un petit de la deuxième année qui lui causait des problèmes de discipline. Quand j‘ai vu le petit. je n’ai pas eu le coeur de le marmotter. J’ai commencé à pleurer et je l’ai renvoyé. C’était la première et la dernière fois que j‘avais été demandée de discipliner un élève dans une autre classe. Je n‘avais pas fait mon devoir de principale cette journée-là. Chaque vendredi après-midi, on avait l’assemblée de la Croix-Rouge. On avait un programme de récitations. des sketchs et des chansons, un comité nommé pour faire de petits travaux tels qu’aller chercher l’eau, passer pour les mains et ongles. voir si les pupitres étaient bien rangés. ÊÎC. Comme moyen de faire de l’argent, on jouait au bingo a un cent la carte. À la fin de l’année scolaire, on envoyait cct argent à la Croix—Rouge. Cet après-midi-là, les eleves 2007