Ce qui est très vif pour Jeanne—Mance c’est que Roméo LeBlanc passait devant sa maison le dimanche matin quand il marchait à pied de Cormier Cove à Saint—Joseph où se trouvait l’église Saint—Thomas. Et dès qu’il commença à fréquenter le Collège Saint-Joseph, Jeanne- Mance nous dit qu’il était comme un cadran; à 7 h 30 du matin, on le voyait passer pour l’école, et à 18 h30 le soir, on le voyait de nouveau sur le chemin du retour pour « Le Cove ». On parlait beaucoup de Roméo LeBlanc dans le village de Jeanne— Mance parce qu’on le connaissait comme étant « studieux et très intelligent >>. Plus tard, Jeanne-Mance se rappelle qu’elle voyait souvent Roméo à la patinoire extérieure du Collège St-Joseph pas loin du Monument Lefebvre mais aussi au carnaval d’hiver, lors de la neuvaine à Saint Joseph en mars, et le 24 mai pour la fête de la reine, alors qu’il courait sur la piste pour les courses d’athlétisme. Elle se remémore particulièrement les beaux souvenirs de ces occasions de loisirs soit à la « Butte à Pétard >> où on patinait en plein air ou au Monument Lefebvre. Ici, c’était pour les séances des débats bilingues que le père Lefebvre avait entamés longtemps avant. Un dénommé Euclide Arsenault de l’Île-du—Prince-Édouard était alors en pension au Collège Saint-Joseph et dans la même équipe que Roméo Leblanc pour les débats. Le moment le plus crucial était lors du grand débat qui avait lieu la veille de la remise des diplômes. Jeanne— Mance se rappelle bien que le futur Gouverneur général du Canada était très bon dans les débats mais aussi très nerveux. Elle raconte que parce que les discours étaient très longs, souvent une vingtaine de LA PETITE SOUVENANCE pages, il fallait obligatoirement avoir recours à des souffleurs (prompters) au cas où les orateurs aient la malchance de se tromper ou de tergiverser. Il est arrivé que notre Roméo, brillant orateur, était en train de « perdre son balant » quand il aperçut que son soufileur manquait à un moment critique de son discours. On attrapa notre orateur et on l’emmena derrière les rideaux pour qu’il reprenne ses forces, ce qu’il fit merveilleusement, une fois le souffleur revenu, le débit de son exposé se poursuivant avec impunité sans trop de difficulté. Jeanne-Mance ne se rappelle pas pour sûr qui était vainqueur du débat, ce jour—là. Euclide, le futur époux de Jeanne- Mance, et Roméo LeBlanc. eurent leurs diplômes la même année au Collège Saint- Joseph. C’était en 1948 et Jeanne—Mance et Euclide allaient se marier le jour de la fête de Sainte Anne. Euclide Arsenault entama des cours d’administration au Collège Saint—Joseph l’année de son mariage mais dut se retirer au sanatorium de Charlottetown puisqu’il avait contracté la tuberculose après quoi il revint chez les parents de Jeanne—Mance pour du repos et ensuite vint s’établir à l’Île—du—Pn'nce- Édouard pour prendre le commerce de son père. Les années passèrent. Ils eurent cinq enfants. Jeanne—Mance Arsenault a pu revoir Roméo LeBlanc à quelques reprises surtout lors des réunions d’anciens étudiants au Collège Saint-Joseph. Elle l’avait revu alors qu’il était en visite à l’Île comme Ministre des Pêches. À l’époque de son assennentation2 comme le représentant de Sa Majesté canadienne à Ottawa, Jeanne—Mance se rappelait que Roméo LeBlanc était fils de fermier et qu’il