DR SO on dev serre page … a". “— E"4 1 Bee 00 mnt men MPARTIAL JEUDI LE 30 OCTOBRE, 1902 RE nee dl EEE — LE SUPPLICE D'UNE REINE. a I Roger Graft, gouverneur du Châ- teau-Gaillard d’Andely, monta sur la plateforme d’une tour. À une grande hauteur voulait-il contempler un coucher du soleil ? Non. L'offcier attendait, depuis trois jours, un courrier du roi. Ce courrier avait dû partir de Paris le 15 Mai, et le capitaine craignait que la nuit ne tombât encbre avant l’arrivée du messager. Le gouverneur regarda vers le chemin de Gaillon. La route mili- taire était déserte. Déjà le vent ffraichissait. Les bruits de la vallée montaient jus- qu'au château, prison d'Etat bâtie au point culminant d’une éminence. Des appels de cors, des hallalis retentissaient au fond des bois loir- tains. Les oiseaux poussaient des élites sognes. Le drôle nasilla, en sentant que les yeux de Graft pesaient sur lui : —Où est le chemin de la prison ? On lui fit signe de suivre un so!- dat chargé de grosses clefs. III Ce chariot entré dans la forteresse portait une cage de fer. Dix soldats à cheval escorté, Dom Luc tira les verrous de la porte. Deux femmes masquées fu- rent descendues par les valets. Elles avaient gardé des vêtements de cour d’une grande l'avaient onhacce richesse, comme sion les avait, par ordre | royal, arrêtées au milieu d'une! fête. Leurs veux brillaient à tra-! vers les trous d'un large masque | de velours. Des chaînes trop ser- ! rées avaient meurtri leurs poignets, Hautainues, elles Luc. L’escalier quidescendait aux pri- suivirent dom cris. Les lueurs du crépuscule ne devaient pas tarder à rempiacer cel- les d’un jour clair. Des collines, fermant la vallée, enserrant de très |5 près, souvent, la Seine aux eaux grises, semblaient s’abaisser, de- vaient s’'effacer peu à peu. La cloche qui sonnait à la parois- se voisine invitait à dire la prière du soir. Graîft fit un mouvement de sur- prise et son visage parut s'éclairer. Un chariot dépassait les premi- ères maisons d’Aubevoye, sous l’es- corte d'un piquet de cavaliers. Il marchait vite, il devait arriver au Château-Gaillard avant que les por- tes ne fussent fermées. Le gouverneur murmurait en des- cendant de son observatoire : sons commençait dans la pièce basse. du rez de chaussée d’une tour. Le portait ,S | Les femmes comptèrent soixante-| guichetier une lanterne. | six degrés. Au bas de l'escalier, | un cotloir s'enfonçait dans le roc. Il semblait, au bout de quelques pas, que les murailles se rappro-| chaient. Le passage devenait bo- yau. Et la torche post tée, derrière Graft, par un vaiet, semblait noir la voûte de sa fumée, "Une plainte s'éleva. L'une des prisonnière dit —Quel lieu ! C’est l'enfer... Dom Luc s'arrêta pour comman- der } | | madame ! Elle haussa les épaules. On logea celle-ci dans une étroite —Silence, { | —Un nouveau prisonnier qu’on m'amène. On allumait les lampes dans le château. Des sous les voûtes des longs corridors. Et, au corps de garde, quels cris! d'hommes joyeux ! Pendant que, dans le logis seigneurial,—grande bâtisse ponrvue de formidables dé- fenses,—la voix d'une jeune fem- me disait, derrière une fenêtre, le rondeau composé en l'honneur d'un vaillant capitaine. | cellule. { L'air lourd, ombres glissaient | | Une chaîne lui | empesté, la gêna.. On brisa le verre d'un soupirail. | | | La prisonnière tomba, en poussant lun cri de malédiétion, sur un siège | de pierre et mit son front entre ses |inains. | | fut rivée à la jambe. | JE Se ri —S1 vous observez le silence, dit | Graft, on vous épargnera le sup- | phice du bâillon. .La moindre tentative d'évasion sera punie. IT Vous êtes prévenue. | « 1 } Y 1 On frappa à la porte. | | Les gardes s'empressèrent, abais- | sèrent le pont-levis devant un cha-| riot mené par des chevaux harassés. Un officier entra. C'était un fat, orgueilleux secré- | taire transmettant des ordres. | En mettant pied à terre, dans la| première cour, il demanda Graft. | Le capitaine s'avança. L’envoyé | le toisa dédaigneusement. Il ini ten- dit un pli. — Voici les ordres du roi, Graft lut la lettre aux lueurs d'une torche. | ‘“‘Ordre du roi de France. ‘Nous avons décidé en notre lisez : sire Louis dixième cori- seil privé, que le commandant de notre forteresse du Ch lard recevrait deux âteau-Gail- prisonnières. ‘‘Elles seront mises, chac le, enchaînées, meurtrières. On leur appliquera lé: régime ordinaire des grands crimi- nels. On préviendra leur évasion. ‘Un seul homme doit leur de geôlier, confesseur et servir çu, avant le départ, tions particulières. ‘Si notre bon plaisir nous por- tait à visiter les prisonnières, elles seraient prévenues de notre arrivée à Andely. ‘Le capitaine Graft, féal servi- teur, assurera l'entière exécution de ces instruétions. ‘ Donné en notre palais de Paris.‘ Cet ordre d'écrou n'était pas da- té ni signé. Un secrétaire l'avait chargé d’un lourd cachet de cire portant les armes royales. Graft restait étonné. plusieurs fois : —Des prisonnières ? Se tournant vers le messager : nos Il répéta | Jlne une sett- | en des cellu'es sans | instruc- | Elle regarda cet homme en face. —Inutiles recommandations. Je sais qu’on veut se débarrasser de 1 | Moi- — Vous serez surveillée, 1na- dame. + I . : | | 3ien. Laissez-moi ! Cela fut dit sur le ton d’un or: Une lourde porte se referma. | Des pas s'éloignèrent. On enchaîna | | . . , | plus loin la captive restée muette et fière. Dom Luc choisissait un apparte- ment isolé pour lui. voulait voir que le pourvo- yeur de la forteresse. Passait-il son à méditer ? Deux fois par jour, il descendait aux prisonnières du pain noir et de | l’eau. Comme il les Sp au début de leur surtout à prier, javec dédain. Ilne parut point s’en | fâcher. Le | que le temps médecin : | | le révérend Dom Luc, lequel a re-| singulier personnage savait | fières personnes. | En effet, au bout de six mois, la plus hautaine tombait aux genoux a moine. I! feignit d'éprouver la plus vive surprise elle supplia, mains jointes : — Pitié ! mon père. 1.1e religieux ; area m'implorer, madame. Je ne suis qu’un faible homme, Kt vous savez, les crimes que vous avez commis ne seront pas effacés encore après vingt ans de détention !.... Elle se rejeta en arrièr douleur éclata, navrante. Ses. —Rapportez au roi que ses or- dres seront fidèlement exécutés. : L'offcier présenta Dom Luc au gouverneur. Quel étrange personnage ! Im- possible que cela fût un moine. Sa| figure et sa tenue trahissaient l'a- venturier, payé sans doute, pour accomplir loin de Paris, de viles be | | ai gd Man a gui -oi pi Ad : æ —Vingt ans ici! Non. Dans Et un | SON cœur. conne doivent sourire les démons. ‘ter à religieux. cendit, avant lait l’une des prisonnières, temns à dormi temps à dorimir ou traitèrent | aurait raison de ces ! ans sans voir 11 lumière du ciel L sans que je puisse embrasser ma fille, cet ange qui m'appelle. C'est horrib'e ! Non ; je ne vivrai pas tant de jours. Mon martyre est trop affreux. ... Une toinbe, creusée | tout de suite, est préférable aux. inexprimables augoisses et douleurs | qui m'accablent, me torturent. —Ne parlez pas ainsi devant moi. | Si le roi faisait grâce...... La prisonnière se redressa : —[La roi ! Ilne m'aime plus. —Qu'en savez-vous ? Vous êtes sibelle.,.... La captive crut à une révélation rayon d'espérance gliss: dans Et le moine sourit— V pe... Elle resta Ltée inerte, effrayante. L'exécuteur redressa sa hate miorte, taille et prononça d’une voix solen- } nelle —Marguerite de Bourgogne, é- pouse de Louis X, imprudente qui osa trausformer l’abbaye de Mau- buisson en lieu d’orgie, avec les fa- voris Philippe et Gaultier d’Aul- nay, a expié son crime ; allons visi- ter l’autre prisonnière, Blanche de la Marche : le roi notre sire lui fait grâce de la vie. Deux minutes après, le bourreatt s’avançait dans le corridor des pri- sons, sans émotion, satisfait de son crime. On montre encore dans les ruines Vingt-deux mois s’écoulèrent. Le gouverneur du Château-Gail-; lard ignorait ercore, au bout de cel temps, prisonnières. les noms et la qualité des Un dimanche, le courrier ordi- naire du roi apporta deux lettres pour Graîft et dom Luce Le moine devint sombre en lisant. l'ordre d'exécu- instructions du des- la cha- ee du château, un cercueil et un tianda minuit, Doim Luc dei qu'on dans r suaire noir. moine éveil- celle À onze heures, le | qui avait imploré sa pitié. Une longue captivité avait épui- sé ses forces. Son visage était flétri, ses yeux rougis. Des rides lui marquaient | e front ; elle n'avait plus pour vé-: tements que da lambeaux d’étoffe, et ses cheveux blanchissaient ; une! toux sèche lui déchirait la poitrine. | Dom Luc prit l'air d'un homme. | joyeux. —Madame, je vous apporte une ‘bonne nouvelle. Elle tressaillit, leva les yeux sur MüUrmMUra : ‘ son geûlier —Parlez..., —J,e roi vient d'arriver au châ- teau. Elle ne put réprimer un mouve- ment ( — Le roi | que veut-ii ? de surprise ou de crainte. , madame. Elle parut ressentir une vive é- —]11 veut vous gracier notion ; en s’avançant un peu : — Puis-je croire, mon Dieu ?.... Si vous me trompiez ?.... Ji affrma. — Je ne vous trontpe pas, ma- daine Ce tut aussitôt, chez elle, des trausp oTts de Joie. — J'irai embrasser mon en- ‘fant....Ma liberté... On me rend enfin justice....Dicu soit loué ! Merci, 1 Ar on père...]Je vais. respirer enf | Elle fut interrompne par un ges- te autoritaire du mine. —Nous n'av iustant à rit-il. Ie roi ex ù LL ende h: ons pas un } } 1 | perdre “ige que en MIT | vous tés lez aim ororable en des officiers de sa suite... ce soir, vous ent | présence nadame ? | Un nuage passa sur le front de endez, — M uillez m'inst in Luc lui traça ses devoirs. . chaîne tomba. Elle ise laissa lier les se confessa, : mains. Comme vers la porte, le | | | | } | | elle se dirigeait | moine l’arrêta. : — Vos | Veuiilez, cheveux sont épars. madame, vous agenouil- ici, je vais les natter. Elle parut s'étonner. Il répéta l'invitation, sur les ton d’un ordre. Elle obéit non sans une certaine répugnance, Avec ses cheveux très longs, le moine fit deux tresses et les enrou- la promptement autour du cou, pressé d’en finir avec la mission qu’on lui imposait. La malheureuse or Des mains étaient liées toute ré- sistance devenait ns cette fois L'homme sinistre, un sbire dé- guisé en moine, mit tn genou sur vingt ans je serai morte.. |morte. Le moine se montra attristé : il | jouait la comedie. Tes spérez. … Elle le regarda ..je serai — Non, je ne peux pas. Vingt l Éd VUS er rm nn D RE ane op + GE AR ge, à SM 0 | dents. |aïticuler encore : + . DRE DE ce RTS RER la poitrine de la femme renversée et serra des deux mains la corde- lière de cheveux, en grinçant des Avant que les suprèmes angois-, ses ne vinssent, la malheureuse put ding ‘The Public Road Act, 1901”? Benj. Rogers, Provincial Treasurer . W. TD. | du Château-Gailiard, la cellule où la reine périt d’un horrible suppli- ce. EÉpouaArp GACHOT. Flake Weak Hearts Strong. Hake Shaky Nerves Firm. They ro à Eurs Gers for Nervous: RS Loss cf Energy, L'ain Feg, Afier Ef f-cts of La Grippe, Palpitation of | , the Heart, Anæmia, General De- Hility and all troubles arising Tom a run down sy stem. 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