temps en temps. Mais’il était tellement occupé avec sa parte- naire qu’il n’y porta pas beaucoup d’attention. Mais main- tenant qué I’heure de remonter en canot était arrivée, il vit clairement que Baptiste avait pris un coup de trop, et il fut — - obligé d’aller le tirer par le bras pour le faire sortir avec lui, en faisant signe aux autres de se préparer 4 les suivre sans attirer l’attention des danseurs. Ils sortirent les uns aprés les autres, sans faire sem- . - sheer, et dans le temps d’y penser, le canot s’enfon¢ga dans un blant,. et cinq minutes plus tard, ils étaient rembarqués en canot, aprés avoir quitté le bal comme des sauvages, sans dire bonjour a personne. Mais pour revenir 4 leur-canot, ils étaient: rudement embétés de voir que Baptiste Durand avait:bu car c’était lui qui les gouvernait, et ils n’avaient que juste le temps de revenir au chantier pour six heures du matin, avant le réveil des hommes, qui ne travaillaient pas le jour du jour de.l’an. La lune était disparue, il-ne faisait plus aussi clair qu’auparavant, et ce n’est pas sans crainte que Joe prit sa position.a l’avant du canot, bien décidé a avoir I’oeil sur la route qu’ils allaient suiv- re. Avant de s’élever dans les airs, Joe se retourna et dit a _Baptiste: — Attention, 14 mon vieux! Pique tout droit sur la montagne de Montréal, aussit6t que tu pourras.l’apercevoir. — Je connais mon affaire, répondit Baptiste, et méle-toi des tiennes! Et avant que Joe eu le temps de répliquer: — Acabris! Acabras! Acabram!...Fais-nous voyager par-dessus les montagnes! Et les voila repartis 4 toute vitesse. Mais il devint aus- sit6t évident que leur pilote n’avait plus la main aussi sire, car le canot décrivait des zigzags inquiétants. Ils passérent guére a plus de cent pieds du clocher de Contrecoeur, et au lieu de les diriger vers l’ouest, vers Montréal, Baptiste leur firent prendre des bordées vers la riviére Richelieu. Ils filérent comme une balle par dessus la montagne de Beloeil, et il ne s’en manqua pas de dix pieds que |’avant du canot n’allat se briser sur la grande croix de tempérance que |’évéque de Nancy avait plan- tée 1a. — A droite, Baptiste! 4 droite mon vieux! car tu vas nous envoyer chez le diable, si tu ne gouvernes pas mieux que ¢a! Et Baptist fit instinctivement tourner le canot vers la : droit en mettant ja! cap sur’ la montagne ‘de silat au ‘ils. oo deja cans le icone: cS 2 EE ac Joe avoua que la peur commengait a le tourtillen, car si Baptiste continuait 2 les conduire de travers, ils étaient flam- bés comme des gorets qu’on ‘grille aprés la boucherie. Or la dégringolade ne se fit pas attendre, car au moment ot ils passérent au-dessus de Montréal, Baptiste leur fit prendre une bane de neige au flanc dela montagne. Heureusement que c’é- tait de la neige molle, — n om de mal, et le canot ne - fut pas brisé. Mais a peine étaient-ils sortis dé la neige, que voila Baptiste qui commenga a sacrer comme un possédé, et qui déclare qu’avant de repartir pour la Gatineau, il. voulait — descendre en ville prendre un verre. Joe essaya de raisonner avec lui, mais allez donc faire entendre raison a un ivrogne qui veut se mouiller la luette! Alors, rendus 4 bout de patience, et plutét que de laisser leurs ames au diable qui se léchait déja les babines en nous voyant dans |’embarras, il dit un mot a tous ses autres compagnons, qui avaient aussi peur que lui, et ils se jettérent tous sur Baptiste, qu’ils terrassérent, sans lui faire mal, et qu’ils placérent ensuite au fond du canot, aprés l’avoir ligoté comme un bout de saucisse, et lui_avoir mis un baillon pour l’empécher de prononcer des paroles dangereuses lors du vol. Et Acabris! Acabras! Acabram! les voila repartis sur un train de tous les diables, car ils n’avaient plus qu’une heure pour se rendre au chantier de la Gatineau. C’est Joe qui gou- verna, cette fois-la, et il avait l’oeil et le bras solide. Ils remon- térent la rivi¢ére Outaouais comme une poussiére jusqu’a la Pointe-a-Gatineau, et de la ils piquérent au nord vers le chantier. Ils étaient plus rien qu’a quelques lieues, quand voila- t-il pas cet animal Baptiste qui se détortilla de la corde avec laquelle il avait été ficelé, qui s’arracha son baillon, et qu’il se leva tout droit dans le canot, en lachant un sacre qui les fis frémir jusque dans la pointe des cheveux! Impossible de lutter contre lui dans le canot sans courir le rique de tomber d’une hauteur de trois cent pieds, et |’ani- mal gesticula comme un pendue, en les menagant tous de son aviron qu’il avait siasi et qu’il fit tournoyer sur leurs tétes en faisant le moulinet comme un Irlandais avec son shilelagh. La position était terrible, comme vous le comprenez bien. Heureusement qu’ils arrivaient. Mais ils n’étaient pas telle- ment excité, que par une fausse manoeuvre de Joe pour éviter l’aviron de Baptiste, le canot heurta la téte d’un gros pin, et ils