Ms E ÆËIÆEE SQQME Les r Le lieutenant-colonel John Winslow restera, pour l’histoire de la postérité, l'un des principaux exécuteurs de la cruelle déportation des Acadiens. Pourtant, selon certains historiens, cet homme très cultivé, musicien et amoureux des arts, élevé selon les principes du puritanisme, gardera jusqu'à sa mort, en 1774, de profonds remords pour les gestes qu’il a com- mis à l’endroit des Acadiens. Le seul nom de John Winslow dut avoir une sinistre résonance pour les Acadiens de la déportation, en 1755. C’est lui qui, avec Scott, Hatfield et comparses, fut chargé par le lieute- nant—gouverneur Lawrence de réal- iser l'expulsion des Français neutres de la Nouvelle-Écosse. Il accomplit sa mission avec un cynisme et un sang- froid qui ne laissent planer aucun doute quant à sa cruauté. Pourtant, selon l’historien américain Peter Delanoix, d'origine française, profes- seur à l’Université du Massachusetts, Winslow regretta ses gestes jusqu’à son lit de mort. Il confia à plusieurs de ses contemporains que cette expul- sion massive des Acadiens jetterait pour toujours un voile de honte sur l’Angleterre. Qu'en est—il au juste? John Winslow descendait d’une fa- mille puritaine du groupe des Pilgrim Fathers. Ses ancêtres étaient arrivés en Angleterre sur le vaisseau May- flower. Winslow était, selon Delanoix, profondément religieux, au point de consulter la Bible avant de prendre des décisions importantes. Né en 1702, à Plymouth (Massachusetts), il étudia le droit, puis la musique, en particu— lier le violon, et s’intéressa très tôt aux arts. Il dessinait fort bien et écri- vait des poèmes. Rien ne semblait le destiner à une carrière militaire. Pourtant, en 1740, il est fait lieute— nant, puis capitaine. En 1754, il con- duit un corps de troupe chargé d’ériger un fort à l’embouchure du Kénébec. L'année suivante, élevé au grade de lieutenant—colonel, il devient l’un des principaux artisans de la dé— portation des Acadiens. La Société istorique du Massachusetts conser- ve son journal personnel où il ex- Η_ J755 I763 ——; pose les détails de la Déportation. C'est le 5 septembre que Winslow avait lu aux habitants de Grand-Pré la proclamation de Charles Lawrence les faisant tous prisonniers et leur annonçant qu’ils seraient non seu- lement déportés, mais également que leurs biens seraient confisqués par la Couronne anglaise. Winslow écrira plus tard à son compagnon, Murray, qu’il en avait « lourd sur le coeur et sur les mains » et qu’il espérait de tout coeur « le pardon de Dieu pour ce qu’il avait fait » : << May Thy Lord forgive me for what I did ». Il écrira aussi au major Handfield « qu’il dé- sirait cordialement en finir avec cette mission désagréable et ennuyeuse car les pleurs, les gémissements et les grincements de dents lui faisaient mal ». Aux habitants réunis dans l’église de Grand-Pré, quelques jours avant la Déportation, il avait dit re— gretter la mission qu’il avait à ac— complir puisque ces mesures étaient « contraires à sa nature sensible et délicate ». Winslow a-t-il exécuté les ordres du lieutenant-gouverneur Lawrence contre sa volonté? C’est possible, quoique certaines de ses actions, par la suite, permettent de douter sé- rieusement de ses remords. Selon Lejeune, le S septembre, par exemple, après avoir annoncé aux habitants de Grand—Pré qu’ils allaient être ex— pulsés du pays, il partagea par la suite le butin des exilés avec quel- ques—uns de ses compagnons d’ar- mes, dont le capitaine Scott... Pour- tant Winslow écrit, le 10 septembre, qu’il a dû « embarquer à regret 230 de ses amis les Français; qu'il va en ajouter 20 autres, et qu’il souhaite qu'on leur apporte au plus tôt des vivres car il est triste de voir ces malheureux souffrir de la faim ». John Winslow ne reste pas très longtemps en poste en Acadie après la Déportation. Selon le professeur Delanoix, il demanda à retourner au Massachusetts « car ce pays, arraché aux Français de façon si pénible, ne me convient pas ». En 1761, Winslow était investi des fonctions de juge en PAGE 39v «maris.le de Jette a.» »W chef à Plymouth, sa ville natale, où il fut ensuite député et conseiller. Il est mort le 17 avril 1774... Son neveu, Edward Winslow... passa ensuite au Nouveau-Brunswick pour y acquérir des terres destinées aux Loyalistes. Celui—ci y est mort en mai 1815. (Tiré de Héritage Acndicn, revue d’histoire et de généalogie dirigée par Florian Bernard, no 11, octobre 1995) The part ofduty I am now upon is what though necessary is very disagreable t0 my natural make and temper as I know it must be grevious to you who are ofthe same specia. But it is not my business t0 animadvert, but to obey such orders as I receive and therefore without hesitation shall deliver you His Majesty’s orders and instructions vizt. - Journal ofJohn Winslow. Septem ber 5th, 1 755 (Massachusetts Historien! Society. Boston) The line between good and evil is not between peoples. The line runs through every human heurt, and it shifts back and forth. - Alexandcr Solzhenilsyn