ES Le) Le Cri du Sang (suite de la rre page) p ‘tiques ; M. de Mornas est un 1... liste pur, un ‘‘ultra’’, comme ©O:.it aujourd'hui, et ses agres- S- 113 étaient, à ce qu’on croit, des € libéraux, des conspirateurs, ce. ‘‘carbonari’’ peut-être. —-Cela importe peu, interrompit le : comte avec empressement ; il sufira à ces dames de savoir que M. de Laroyère me rendit alors un se: ice que je n’oublierai de la vie. P:: de temps après cet événement, je ‘us quitter Paris, car mes fonc- ti.s m'appellent constamment en ve ige,et jusqu'ici je n’ai pu té- io ner suffisamment ma recon- na. sance à mou libérateur. Aussi, en apprenant qu'ilse trouvait à Baliruc, ai-je ressenti une grande joie, et je suis impatient de voir ce brave garçon, qui m'a inspiré une si vive amitié. —Je pense que cette satisfaction ne vous sera pas longtemps refusée, dit Malevieux, et demain matin, sans doute....?’? Mme de Norville ne jugéa pas à “9008 d’en entendre davantage, »} : salua les interlocuteurs, et sor- 5 avec sa fille. uand elles arrivèrent à leur c'ambre, l1 marquise était un peu r “euse ; n‘anmoins, elle ne sem- b,.it plus irritée ; parfois même cie laissait voir quelques symptô- 1::.:5 de gaieté. ‘Amélie, dit elle en se mirant avec complaisance, j'ai réfiéchi ; ce d.part subit pourrait paraître sin- «: lier, et il est convenable de le re- ta-der de quelques jours encore. L'ailleurs, j'ai acquis la certitude «e tues une petite folie, tu te es des chimères auxquelies per- soine ne songe....il n’y a pas C :nconvénient pour nous à rester euvore à Balaruc, et nous reste- mn ro 1s. Comment! ma mère, balbutia /.mélie, vous voulez...... —C'est une affaire arrangée ; j'ai changé d’avis, voilà tout ; n’en .rlons plus..Que penses-tu de ce x comte de Mornas qui nous est ts nbé des nes aujourd’hui ? On ‘t qu'il est dece pays et qu'il girle patois comme s’il n'avait fait # tre chose de toute sa vie. Ce- j-ndant, ce nom m'est complète- isent inconnu. —Mais, répliqua la jeune file, «ni savait à peine ce qu'elle disait, ce voyageur ina paru......très- bien. : —C'est le plus insupportable ba- vard que j'aie jamais vu. Et puis wa ton, des manières ! Allons ! C ‘cidément, nous ne pouvons nous ec itendre sur rien....Je te laisse à ts caprices.” Et elle entra en fredonnant dans £a chambre. Demeurée seule, Amélie réfléchit ]:ngtemps. ‘Plus de doute, fondant en larmes ; j£ connais enfin jh cause de ces bizarreries, de ces colères, dont j'ai eu tant à souffrir a2puis pett.. ..Eh bien, je serai furte et courageuse. Mon Mieu ! s-courez-moi.”” \I—L'ONCLE ET LE NEVEU Adrien se rétablit promptement ; ‘a jeunesse et la vigueur de sa cons- titution aidant, au bout de quelques disait-elle en a si en mer om nr a midi Ben ‘ TETE à L’'IMPARTIAL, JEUDI LE 12 MARS 1903 jours il était guéri. Pendant cette courte maladie, sa chambre avait été le rendez-vous comman des pensionnaires de l'établissement ; mais le vicomte de Mornas s'était montré l’un des p'us assidus et sem- blait être avec lui sur le pied d’une parfaite intimié. Mornas avait consacré au malade tous les instants dont il! pouvait disposer, car il fai- sait de fréquentes excursions dans le voisinage, bien qu'on ignorât la cause réelle de ses absences. Mme de Norville -llemême était venue rendre visite au blessé dès que les convenances l'avaient p-rmis, ft plusieurs fois par jour elle envoyait demander de ses nouvelles. Enfin, il n’était pas jusqu’à lord Corbett qui n’eùt voulu donner une preuve de sympathie à l'enfant gâté de la maison ; une fois ou deux, le noble goutteux s'était fait porter chez Aûrien et lui avait secoué la main en grondant : ‘‘ Ho! jeune homme, ho !’’ excès d’éloquence et de cor- dialité auquel le malade avait dû certainement être fort sensible. Le soir du cinquième jour après l'accident, Adrien s'était donc trouvé assez bien pour sortir, et, appuyé sur le bras de son oncle, qui lui témoignait, depuis peu, une grande tendresse, il se prome- nait à pas lents sur la grève de l’é- tang de Thau. Quoiqu’'on fût déjà au mois de septembre, la soirée était tiède et parfumée, comme il arrive encore dans ces heureuses contrées au commencement de l’au- tomne, quand le mistral ne souffle pas. Une molle vapeur, rougie par les derniers reflets du couchant, enveloppait l'atmosphère ; l'étang, uni comme une glace, ne semblait avoir été jamais bouleversé par les tempêtes. Des barques aux voiles blanches le sillonnaient dans tous les sens, et des chants lointains, glissant sur les eaux, venaient mourir sur le rivage. Par inter- valles des coups de feu isvlés reten- tissaient du côté des palus et té. moignaient que les chass-urs é- taient déjà à l'affût des oiseaux aquatiques. L'oncle et le avec cette familiarité qui règne entre deux égaux et deux cama- rades. Adrien, en effet, avait déjà seize ans quand il avait perdu sa mère, veuve d’un ancien receveur des finances sous l’Empire, et à cet âge il n’avait pu être traité tout à D'ailleurs, neveu causaient fait comme un enfant. Malevieux, avec ses éternelles pré- tentions à la jeunesse, n’était pas homme à se poser en mentor sévè- re. Une similitude de goûts fri- voles, une même propension pour le monde, peut-être aussi le calcul secret d’une des parties avaient achevé d'effacer la ligne de dé- marcation qui eût dû subsister entre l’oncle et le neveu. Aussi. dès le commencement de sa tutelle, Male- vieux ne s'était-1l jamais prévalu de l'autorité légale dont il était ar- mé ; il n’avait contrarié en quoi que ce fût les désirs de son pupille. Adrien, encore sur les bancs du collège, n'avait jamais vu une de- mande d'argent repoussée, si peu justifiée qu’elle parût. Devenu étudiant en droit et livré à toutes les habitudes de dissipation que comporte cet état, il n’avait jamais reçu un reproche, entendu la répri- mande la plus légère de la part de son tuteur. L'oncle et le neveu étaient depuis - longtemps déjà des amis intimes, n’ayant qu’une bourse où chacun puisait sans compter, vivant de la même vieetse faisant mutuelle- ment confidence de leurs fredaines. L'insouciance d’'Adrien pour toute autre chose que ses plaisirs l’a- vait même empêché jusque-là de” demander à Malevieux un compte de tutelle, bien qu'il fût majeur depuis longtemps et que son titre d'avocat le mit à même de diriger lui-même ses af- faires. Une procuration en blanc avait permis au tuteur de continuer sa gection ; et tandis que l’étourdi eût eu tant de raisons de se défier de ce parent auquel il confiait ainsi sa fortune, il s’abandonnait sans soup- çon à ses goûts turbu:ents et dis- sipés. On s’expliquera donc aisément qu'entre ces deux hommes il n'y eût pas cette tenue, cette réserve que la différence d'âge et de posi- tion semblait exiger. Cependant, ce soir-là, Malevieux avait un air recueilli et solennel ; il parlait par sentences emphatiques, à voix basse, quoique sur cette grève soli- taire il ne pût être entendu que des musaraignes qui cherchaient legr proie dans les algues et la glaieuls. Il avait entamé, sans motif appa- rent, une tirade sur l'honneur et sur la nécessité pour un homme de cœur de ne pas survivre à une honte méritée, quand Adrien l’in- terrompit rusquement : ‘Ah ça ! à qui diable en as-tu ce soir ? dit-il avec raillerie ; tu es jo- vial comme un catafalque ! Vo- yons, mon pauvre oncle, qui a dé- rangé le cours ordinairement si j0- yeux de tes pensées ? Tiens, tu as joué aujourd’hui avec cette noble momie de lord Corbett, et tu te se- ras evcore fait battre, je le gage. —Ne saurais-je donc avoir d’au- tres motifs d’être sérieux, Adrien ? ....La vérité est, continua Male- vieux d'un ton plus ouvert, que nous avons joué aujourd’hui plus d'une heure, et que lord Corbett n’a pu m'entamer. —Et tu te réjouis de cela, oncle ? tW es fier d'avoir passé une journée sans rien perdre ?....Il faut que ce coquin d'Anglais tait rudement frotté depuis peu ! — Adrien, reprit le joueur de son ton sentencieux, crois-tu à cette di- vinité puissante, impitoyabl., que les anciens appelaient ‘‘fatum’’, et qui se plaît à rendre inutiles tous les efforts, toutes les combinaisons, tous les calculs de la prudence hu- maine ? Quant à moi, j'ai la cer- titude que cette implacable divinité existe, et que de plus elle a fait un pacte avec ce vieux paralytique de de Corbett..Tu n’as pas idée de son bonheur ! Les choses en sont venues à ce point que s’il n’était pas si lourd, si profondément stri- pide, je croirais que Sa Seigneurie réussit parfois à ‘‘corriger la for- tune’ ; tu sais ce que cela veut dire dans notre langage. (Croirais- tu qu’il m'avait complètement ra- flé, il y a quelques jours, le contenu de mon portefeuille ? Si notre notaire de Paris ne m'avait envoyé de nou- veaux fonds qui me sont parvenus hier au soir.... —Ah ! voilà donc pourquoi tu mon n'as pas joué ces derniers temps ? dit Adrien en riant ; et moi qui a- vais la bonté d’attribuer cet événe- ment à ma maladie ! je n'aurais pas dû oublier que tu ne cessera de jouer qu’en cessant de vivre. Mais si ce M. Corbett est si dur à ga- gner, ne pouvais-tu te rejeter sur le vicomte de Mornas, mon nouvel a- mi? Ilétait aussi, je crois, de votre partie, et il se pique d’être beau joueur ! —Lui ! un gentilhomme, lui un beau joueur ? s’écria Malevieux a- vec une sorte sorte d’indignation ; c’est un bourgeoïs poltron qui n’a jamais fait que la partie d’une vieille femme. Alors que mylord et moi nous jouions de l’or et des billets de bauque, ton ladre de Mornas se contentait de parier cinq francs, tan- tôt pour l’un, tantôt pour l’autre, de sorte qu’en fin de compte, il n’a eu ni perte ni bénéfice. Encore, en risçuant son misérable écu, a- vait-il l’air si ému, si attentif, il suivait nos mouvements avec un intérêt si soutenu, qu’on eût dit qu'il y allait de sa fortune. Son regard avait un caractère singulier, fascinateur, comme s’il eût voulu ‘‘charmer’”’ les cartes. Corbett lui-même en a paru troublé, et il a perdu coup sur coup deux ou trois parties, qui ont rétabli les chances entre nous. —Cela prouve, reprit Adrien, que ce cher vicomte est économe et rangé. —Cela prouve aussi que ton M. de Mornas n’est peut-être pas ce que tu penses, Adrien. Ecoute : je ne vois pas sans inquiétude ta liaison étroite avec cet étranger, que personne ge connaît et qui con- naît tout le monde, qui va et vient, sort et rentre sans qu’on sache pourquoi ; dont la position n’est pas nette dans le monde, et qui, pourtant, affecte un aplomb, une suffisance....Qui est-il ? que fait- il? de quoi s’occupe-t-il dans ce pays, où rien en apparence ne l’ap- pelle ? Voïlà des questions que tu ne t’es jamais posées, mon garçon, et qui pourtant devraient te donner à penser. —J'avoue que Mornas est un peu mystérieux, répondit Adrien avec légèreté, mais il est si dévoué, si cordial... Il m'a laissé entendre que la politique était pour quelque chose dans ses allées et ses venues, et je n’ai pas jugé à propos de le juger à cet égard. Que nous im- porte ? ilne peut y av-ir rien que d’honorable dans un pareil homme. Mais laissons cela ; aussi bien j'ai des choses à t’apprendre pour les- quelles je réclame toute ton atten- tion. ”? Les promeneurs étaient arrivés à quelques débris de constructions romaines qui s’élevaient dans une situation pittoresque, sur le bord du lac, au milieu des mûriers et des figuiers sauvages. Un tapis de mousse et de gazon s’étendait au pied des ruines. Cet endroit soli- taire invitait à la causerie. Adrien vint s’asseoir sous l’arche sombre d’un ancien aqueduc et in- vita son oncle à prendre place à son côté. Malevieux y consentit avec une complaisance où perçait une certaine inquiétude ; on eût dit qu'il craignait l'explication an- noncée. Cependant, Adrien ne se pressait pas de parler. Il resta un moment pensif et comme embarrassé pour aborder un sujet épineux. Enfin il dit brusquement : ‘Tiens, mon oncle, je n’irai pas par quatre chemins... moque-toi de moi, si tu veux ; mais je t’avou- à ï + PE RÉ erai que je suis amoureux, et a moureux teut de bon.’ Le visage ridé et plâtré de Male- vieux prit une expression de ma- lice : ‘N'est-ce que cela ? dit-il ; nous avons été blessé par une flèche du | carquois de Cupidon ? A merveille, mon garçon, à merveille ! j'en suis d'autant moins surpris que je ne l'ignorais pas, | —Toi ? s’écria Adrien avec éton- nement. —Tu oublies que je suis depuis longtemps initié aux mystères de Vénus cythérée, et que je sais in- 4 terpréter le langage des soupirs et : des regards. Aussi, non-seulement je suis sûr que tu aimes, maïs enco- re qu’on te paye d’un tendre retour. —<$erait-il possible ? J'espérais.… | j'avais cru deviner... mais je n’a- vais pas de certitude... —Ne doute plus, mon garçon ; à | la vérité ‘‘elle’””’ ne m’a rien avoué … elle est trop coquette et trop fin pour cela ; mais elle s’est trahie sans le savoir. L'intérêt extraor- dinaire qu’elle a témoigné pour toi lors de ton aventure sur l'étang, mille autres signes trop clairs pour un preux chevalier des dames tel que moi, m'ont révélé son secret. : Ma foi, c’est une belle conquête ! Seulement, Adrien, j’ai à te repro- cher d’être allé sur les brisées de ton pauvre oncle, de ton premier maître dès-sciences amoureuses x@ar tu as dû remarquer que moi aussi je papillonnais autour de cette char- mante fleur. Enfin, je me suis sa- crifié pour toi, et je t’ai cédé sans arrière-pensée la séduisante mar- quise. d —La marquise ! reprit Adrien en tressaillant, que me dis-tu là ? mais ce n’est pas de la marquise qu'ils'a- 4 git.”? Un étonnement réel se peignit sur les traits de Maievieux. 4 ‘‘Me serais-je trompé à ce point ? s’écria-t-il ; Ô amour ! voilà de tes coups ! Cependant, voyons ; que signifiait donc ce ruban bleu, rayé de rose, que je trouvai l’autre jour sur ton cœur, et que je reconnus pour avoir appartenu à la marquise ? —Tu oublies que la mère et la fille portent des parures absolument semblables. —Mais enfin, cette femme adorée que tu appelais continuellement dans le délire de la fièvre, à qui tu adressais les plus chaleureuses pr testations..…. — Je n’ai pas pu nommer la mar- quise. —En effet, mais tu la nommais, lorsque, l’accès fini, tu t’informais avec tant de soin si l’on n’était pas venu de sa part ? — Eh ! j'espérais, en m’'informant de ia mère, que l’on me parlerait de sa fille.”’ Malevieux réfléchit quelques se“ condes. ‘‘Ainsi donc, reprit-il, tut’es pris d’une belle passion pour’ une petite provinciale qui ne prononce pas quatre paroles en vingt-quatre he res, et... x —Malevieux, interrompit Adrien avec force, ne parle pas ainsi de Mlle. de Norville. Ce n’est pas là un de ces caprices passagers comme j'en ai éprouvé jusqu'ici, inais un sentiment durable, basé sur l'estime, sur la reconnaissance, et je prétends le faire 1especter de tous. a hs … ds. oct Éd at soatobl ami «& (à suivre)