15 pour l'ensemble de l'Acadie. Des enquêtes systématiques promettent de nous faire découvrir un répertoire dont nous sous—estimons peut—être la richesse. Quoi qu'il en soit, nous avons déjà ä notre disposition un nombre suffisamment grand de compositions du genre pour nous permettre d'ores et déjä d'en tirer les grands thèmes. Les chansons que nous appelons "satiriques" sont celles qui jouent un rôle de sanction populaire. Il s'agit de compositions dont l'objet principal est d'exercer, le plus souvent par le ridicule, une pression sociale sur des indivi— dus ou des groupes d'individus coupables d'avoir outrepassé, dans leurs agissements, la limite de ce qui est jugé acceptable par l'ensemble de la communauté. Ces chansons sont générale- ment fortement imprégnéescÿhumour au point qu'il est parfois difficile de savoir si l'objet véritable des vers est de sanctionner, ou si la chanson a été composée sans méchanceté afin de taquiner tout bonnement ses amis. La valeur fondamentale qui se dégage de cette catégorie de chansons se situe au niveau du respect des moeurs et des traditions locales. Cette préoccupation s'avère d'ailleurs très grande dans la société traditionnelle acadienne, comme dans toute société historique. Au début du siècle dernier, John McGregor, un Anglais qui avait vécu un certain temps ä l'Ile—du—Prince—Edouard, et quelque peu familier avec les Acadiens des Maritimes, observait que le contrôle social était tellement fort dans leurs villages que personne n‘osait transgresser les moeurs du groupe au risque de se faire tourner en ridicule: The dread.of being exposed t0 the derision of the rest, for attempting to imitate the English inhabitants, and the want of an education that would conquer préjudices, are the principal causes that prevent individuels among them, who would willingly alter their dress and habits, from doing so. e Les filles de Jean â Hubert Arsenault, de Baie-Egmont, étaient de celles qui avaient un peu plus de culot que les autres. Moins craintives de l'opinion publique que la plu- part de leurs convillageoises, ce sont elles, raconte—on, qui menaient la mode dans la paroisse. Le jour qu'elles décident de faire couper courts leurs cheveux, rompant ainsi la mode des cheveux longs, plusieurs fois séculaires, elles provo« quent un "grand parlement" et s'attirent les moqueries de plus d'une personne. Même que quelques bardes locaux se sont donnés la main afin d'immortaliser en vers l'événement historique. Les trois premiers couplets de la chanson, pour le moins moqueurs, nous donnent un bon indice de la réaction de la le communauté suite a l'aventure de ces jeunes beautés: