ll (...) Laissez—vous fléchir Par votre mère chérie Qui vous présentera Mon âme entre vos bras. Tout pécheur que je sois, Je prie toute ma vie. Marie, daigne m'assister Au moment du danger, Jugez—moi dans vos bontés, Non comme j'ai mérité. Il arrive souvent aussi que l'auteur prenne l'initiative de demander aux gens des prières pour le repos de l'âme de l'infortuné. Dans la complainte composée sur le décès tra— gique de François Richard, victime non d'une noyade mais d'une explosion dans une carrière â Rumford Falls, l'auteur demande explicitement des prières pour que l'âme du jeune accidenté soit pardonnée et sauvée: Celle qui fit cette chanson Engage tous pour ce jeune garçon De dire un Pater et un Avé Pour lui aider à se sauver. La Sainte Vierge faut tous prier 4 (Pour) que son âme soit pardonnée. Le fatalisme est un autre aspect de la mentalité reli— gieuse qui se manifeste de façon frappante dans les chansons tragiques acadiennes. Les Acadiens semblent croire fermement en cette doctrine. Ordinairement, ils se résignent devant les épreuves car c'était, disaient—ils, la destinée fixée par Dieu. Ce qui impressionne encore davantage c'est que devant de rudes épreuves, ils pensent quant même, parfois, ä remercier Dieu d'avoir été bon pour eux au milieu de leur tribulation. Cherchent—ils ainsi â apaiser un dieu imprévi- sible qui risque ä tout moment de frapper sans merci? Voici deux bons exemples qui illustrent éloquemment cet aspect de l'attitude religieuse acadienne. Le premier consti— tue un des premiers couplets d'une complainte, composée par Emilie Bernard, sur la noyade de Pierre Arsenault, vers 1890. Ici, la croyance dans le fatalisme est explicite: De ses années le nombre était fini Quoique bien jeune il doit perdre la vie, Car le Seigneur avait marqué sa fin, Il s'est noyé c'était lä son destin. L'autre exemple est tiré de la complainte Joachim Arsenault. Dans ce texte, oü il est encore question de destinée, l'auteur donne la parole ä la mère du noyé qui remercie Dieu