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Il avait l'air préoccupé. il me serra distraitement la main, rou!a un fauteuil près du feu, s’assit, ct se plongea dans une rêverie d’où je ne jageai pas à propos de le tirer—je suis habi- tué à ses bizarreries —Enfin, :1 murmura entre ses dents : —Oui, c'est étrange......é- trange ! —Quoi ?...…. qu'est ce qui est étrange ? 1l ne daigna pas répondre à ma question, mais se tournant brusquemeut vers moi : —J'ai lu quelque part ceci qi m'est resté gravé daus la memoire : ‘Pendant le sommeil, l’âme quitte le corps et s'en va à il lui plaît ; ce que nous ap- pelons rêve, n’est que le souve- ir vague et incompiet de cette autre vie ; c’est ainsi que nous riques vides laissées là à prour- rir depuis des années et mas- quant, de l’intérieur, le soupi- rail ; il allume une lanterne sourde, et se dirige vers un ca- veau en pierres de taille, dont la porte, bardée de ferrures énor- mes, défie les morsures des pin- ces les plus solides. 1] darde sur ce careau ses yeux avides, mais, conscient de son Impuissance, il recule. éteint sa ianterne, se tapit dans un an- gle et attend. Depuis combien de nuits monte {-il sa sinistre faction ? Les minutes s’écoulent, :on- gues, interminables, dans la cave où le silence mo:ne n'est troublé que par le tic tae sec de quelque ver perforant le bois à coup de tarière, par ies bonds lourds des rats, et, à intervalies, par un écho affaiblie des rafales qui hurlent au dehors et, par- ; ' | fois, semblent pleurer lamenta- entrevoyons dans le sommeil} blement. des pays que nous n'avons point visités ” Et, sans transition : J'arrive de X...…. où, bien é- veillé, j'ai pu contrôler, avec mes sens, la réalité d'un drime auquel j'avais assisté au milieu d'un épouvantable cauchemar Lt Oh !ajouta-t-il avec un fris-! sn, ce contrôle n'a pas été la partie ia moins terrible de mon aventure |... Je te copterai ce: la après. Mais d'abord, je veux te photographier ma vision, quelque effacé que doive t'en paraitre le cliché, Et, tandis que la pluie fouet-| | tait les vitres au dehors, que, dan: l'obscurité croissante, les vacillements du feu prome- naient des lueurs livides sur ses traits contractes, faronches, lui, le buste raide, les yeux démésu- rément ouverts, semblant pour- suivre dans les yeux de la flam- me je ne sais qu'elle pénible é-: vocation, il commença de sa voix grare, que l'émotion faisait trembler par moments. éd Une ruelle, une sorte de boyau étroit, humide, qui se fau ‘ile dans un encaissement de hautes maisons noires ; du fond, où croupissent des fliques d’eau, c’est à peine si l’on entre. voit une mince échappée de cie), sans lune, sans étoiles, où des nuages échevelés se pour- suivent et tourbillonnent com- me une bande de fantômes aux suaires déchiquetés ; le vent siffle lugubrement, avec des rages subites qui font craquer les toits ct grincer les girouet- tes... . L'homme”, courbé en deux, se glisse dans les dédales de la ruelle, jusqu'au cul-de-sac, où elle aboutit. Là, il s'arrête en face d’un soupirail fermé par une lourde trappe qu'il soulève avec eflo:t ; il s'assure une dernière fois qu'- il n’est point observé, et se lais- se glisser dans l'ouverture béante en atlirant à lui la trap- pe qui se rabat doucemsnt, sans brait..….:. Le voici qui pénètre dans une | vaste cave 7oùtée ; il s’insinue À mesure que le temps passe, l'homme’ s'impatiente. Il bâille, s’étire, jure et gron- de entre ses dents de sourdes menaces ; et les rats qui s'en |bardissaient à venir flairer dans ‘sa Cachetie, se terrent an fond de leurs trous. , En les écoutant grouiller et |trottines par la cave, l’homme sourit d'an épouvantable sou- rire qui retrousse ses lèvres en jun rictus de faure, tandis que dans ses prunelles verdâtres, chantaient des félines prospho- rescences. Enfin, uue porte s'ouvre. là- bas, et un petit vieillard ratati- né, enveloppé dans une houppe- lande de forme antique, coiffé d’une calotte de velours cras- seux, parait, s'avançant avec précaution. D'une main, il tient ‘un chandelier et un trousseau de clefs, de l’autre il protege la ‘flamme qui vaciile ct promène ‘sur la voûteet sur le sol des ‘ombre: fantastiques. | Deses yeux qui clignotent d'inquiétude, le vieux cherche là sonder les profondeurs téné- ‘breuses : ses pauvres mains des- sé:hées sont agitées d’un trem- iblement nerveux: l‘avarice, plus forte que la peur, l'attire | vers son {résor, que depuis cinq joure il n’est pas descendu con- itempler. Il passe, sans un soupçon, de- vant l‘encoignure où l'homme s’aplatit, retenant son souflle ; n’a rien vu, rien que la porte derrière laquelie il a enfermé son âme, sa vie..…...Bientot les serrules au triple pène, les res- sorts, les verrons aux complica’ tions savantes. se détendent 2- vez des claqnements, secs ; la porte du sanctuaire grince lécè- rement tourne sur ses gonds et démasque le coffre-fort. L'‘ homme” s’est levé douce- ment, avec des lentenrs et des souplesses de tigre ; pas à pas, il est arrivé jusqu'au vieiliard qu il brüle de son souffle. “à par un suprême instinct, celwi-ci se retourne avant de le- ver le dernier obstacle qui pro. tège son trésor....Alors deux | comme un reptile entre les bar- —— mains puissarites s'abattent sur son cou, et l’enserrent comme dans uu étan..…. 1lest jeté ru- lement à terre... … Sans plus se | préoccuper de ses gémissements l’“hom me” lui arrache ses clefs et se rue sur le coffre fort. . Mais en vain il s'escrime cor: tre la paroi de fer, en vain il es- saie une à une les clefs du trousseau, en vain ses mains fiè- vreuses se promènent sur les bontons et les saillies, tentent 1 coffre garde son secret L'avare fait entendre un rica- nement ironique ; l‘“‘homme” bondit. —Àh ! vermisseau, harle-t i! situ eux sauver ta vie, tn vas ouvrir cette caisse. — Non, répond l‘antre sèche- ment. —Non ?..tu.as dit non 2... Obéis-moi, vieux, ou par le dia- ble, avaut cinq minutes, tu au- res cessé de vivre ! — Non, “Jean le Rouge,“ non, je ne t’obéirai pas ; je ne t'obéi- ral pas, parce que, lors même que je te cèderais, je n‘en suis | pas moins irrévocablement con- damné par toi. Ainsi, fais vite. —Tu »: cèderas pas ? gronde ‘homme, Le vieux hausse les épaules. 11s sont là, éclairés par la lu- mière tremblotante de la chan- delle : celui ci, chétif, cassé ; celui-là, effrayant à voir avec sa carrure et ses poings de brute, avec sa crinière rouge qui sem— ble jeter des reflets de sang, a- vec sa mâchoire proéminente, hideuse ment contrastée par l‘a— vant gcut du meurtre et des bestiales jeuissances que lui pro- curera l'or volé. — Je secret ? » —Non! Une courte lutte s'engage : l'homme pousse an cri de dou- leur : sa victime lui a mordu le pouce cruellemens. —-Tu as encore des denis, vieux renard, attends ! Il le terrasse, l'accote contre une barrique en face du coffre- fort, lui entoure le cou d’un mouchoir, fait un noeud et SOTTE nee ee sé L'avare fixant la porte derriè- re laquelle dort en süreté son or chéri, et puisant dans cette con- ter1plation le courage d'endurer le martyre, l’avare répond en- core une fois : — Non ! Le secret ?......ou cette nuit, les rats souperout de ton ca- davre...…..…. tu entends ?....les rats ! Et le bourreau serre d’un é- CAR: —Àssessin ! — Le secret ? — Àssass ..…..! —Le secret ? —Ah 7... Le vieux ne bouge plus! de ses yeux injectés de saug et sail- iants de leurs orbitres le rayon de la vie s’est envolé, les vrici qui se voilent d'uue buée lai- |teuse ; le vieux est mort. | Le vieux est mort sans lâcher |son secret ! Pour plus de süreté, l'‘‘homme” serre encore d’un cran ie mouchoir, et revient, \a sa besogne de voieur.….Mais il (à continuer sur la pige 4) toutes les combinaisons..……..le tt pe