. ne curieusement, te plaindre une telleexistence ! Mainu- terant comment achever notre soi- rée ; voulez-vous entrer dans ina chambe ? nous causerons du moiss librement. ” Cécile y cousentit. À force d’en- tendre la nouvelle amie plaindre sa situation, la jeune fille se d:man- dait si, en effet, il était des joies qu'elle ne dût jamais connaître, et un sentiment de pénible regret commençait à s'insinuer daus son coeur. Au moment où elle se disposait à entrer dans la chambre de Jeanne, Cécile aperçut Marthe, qui, selon son habitude, venait l’attendre au haut de l’eccalier à l'heure où Mme d'Orthès la congédiait chaque soir. ‘‘ Je ne me sens encore nul désir de dormir, rna bonne Marthe, dit Cécile avec um peu d'embarras, et je vais passer une neure avec Jeau- ne. — Madame n'aime pas que vous veilliez, repartit Marthe avec un peu d'humeur. — Et c'est dame Marthe qui est chargée de vous tenir à ia lisière, ”’ dit Jeanne avec ironis. Pour la première fois, Cécile se sentit un peu irritée contre sa vieil- le amie. “En vérité, je suis plus une en- fant, dit-elle, pour ne pas être ma maîtresse dans les occasions les plus ordinaires.’ Marthe détourna la tête sans ré- pliquer ; mais Cécile avait eu le temps de voir combien elle était péuiblement affectée; et elle reprit aussitôt : ‘* Quelques instants seulinent, ma bonne Marthe, et je reviens. ” Eu efiet” elle abrégea beaucoup sa visite, quoique Jeanne s’efforçât de la distraire en lui parlant des merveilles de ce Paris qu’elle regret- tait tant d'avoir quitté. Piquée du peu de résuitat qu'elle obteuait, Jeanne fnit par dite : ‘‘Allez, ma chère Cécile, je ne vous retiess plus, car je vois que vous craignez d'être groudée. —Je crains seulement d’avoir blessé cette bonne Marthe, dont le dévouement tout maternel mérite ma vive reconnaissance.” Les deux jeunes filles s’embras- sirent un peu froidement, se sou- haitèrent une bonne nuit. et Jeanne demeura seule. ‘Que faire ? se dit-elle ; il est à p*ine neuf heures et demie, c'est le moment à Paris où nous attendons des visites ! Je crois, en vérité, que 1: mieux serait de me coucher aussi et de dormir... Si jele puis. Ja- mais encore ma chambre ne m'a pa- ) ru si vaste et si triste ! Oh ! mon charmant petit nid de la rue de Pro- vence, quand te retrouverai-je ?’’ Les réflexions mélancoliques de la jeune fille furent interrompues par l'arrivée de l'une des femmes d: service qui venait faire tous les préparatifs du coucher. La solitu- de pesait tellement à Jeanne ce soir- là, qu'elle chercha à faire parler citte femme afin de la retenir ainsi uu peu plus losgtemps. L'espèce de ressentiment qu'elle nourrissait contre Marthe la porta à interreger la vieille Gertrude sur citte domestique privilégiée de Mme d’Orthès, qui excitait la ja- lousie générale. ‘‘Je soupçonne dame Marthe, dit- elle, de se prévaloir un peu trop de la bonté de ma tarte. — Tout le monde la ménage, re- pondit Gertrude, parce qu’on sait que Marthe a l'oreille de Madame ; mais on ne l'aime pas. (C’est une fine mouche qui sait, comme on dit, tirer son épingle du jeu, et d’une mauvaise position s’en faire une bonne. —Il y a lougtemps que Marthe fait partie de 1a maison ? —J'y suis eutré avant elle. J’é- tais a service de Madame tandis que Marthe était encore à courir les foires avec son mauvais sujet de mari, —Comment ! courir les foires ? reprit jeann: en souriant, —Qui, son mari était un petit marchand ambulant qui buvait le fonds et les bénéfices. Il y a eu beaucoup d'histoires ? ajouta Jean- — Un jour que Marthe était très malade à J'hospice de je ne sais quelle ville, gonu mari la plata jà, et “ rices. Summerside, P, E. I. Oct. leurs, emmenant leur enfant, une petite fille d'environ un an. Ily en a qui prétendant que le miséra- ble vendit la petite à des saltimban- ques ; les autres affiment qu'on la mit tout bonrement aux Enfants trouvés. Marthe elle-même n'en sait rien ou feint de ne rien savoir ; tout cela n’est ni très clair ni très honorable. —Et Marthe n'a jamais suce que sa fille était devenue ? — Elle dit que non. Moi j'ai eu quelquefois de singulières idées à ce sujet ; mais après tout ce ne sont pas mes affaires, et moius on parle de certians choses, mieux ce- la vaut.”’ Cette réserve ne faisait pas l’af- faire de la curieuse jeune fille qui brûlait du désir d'en savoir davan- dage ; mais ce fut vainement qu'’- elle pressa Gertrude de lui faire part de ses soupçons, celle ci re- doutait assez le mécontentement de la femme de charge pour ne pas s’y exposer par trop d’indiscrétion, et elie quitta Jeaume en disant que l'heure était venue d'aller s2 repo- ser, attendu que le matin elle de- vait être la première sur pied. Après ce départ, Jeanne resta longtemp: à réfléchir. Son esprit s'égarait dans le vaste champ des supposition<, et elle en viut bies- tôt à regarder comm= positive une opinion qu'elle avait d’abord jugée elle-même chimérique et ridicule. ‘Cela expliquerait bien des cho- ses, se dit-elle : l'affection jalouse de Marthe, la soumission de Cécile aux volontés d’une femme salariée par tua tante, sa crainte de lui dé- plaire, de l’affliger....Cependant Cécile, qui paraît la camdeur, l'in- génuité même... cette vertu de- vant laquelle je m'’humiliais serait donc feinte.... Qui me livrera le mot de l'énigme? Il faudra que je parle de tout cela à Mme Dar- genes. ”” Telle fut la conclusion. V Lorsque les deux jeuues persou- nes eurent quitté le salon, M. La- vencourt dit à sa vieille amie ; “Savez-vous, Madame, que vo- partit avec xne troupe de bate- | tre petite-nièce est charmante ? MEN's OVERCOATS MEN'S REEFERS MEN'S SUITS L'IMPARTIAT, OPENING DISPLAY 0F “PROGRESS BRAND a CLOTHING Boy's SUITS Amkherst Tweed Parts, made from pure wcol to stand the hardest wear. Also Boys Knicker all sizes, from four to fifteen years. ISt., 1905. —Oui, repartit Mme d'O thès, c'est un joli meuble de salon. —Je ne puis souscrire à une telle injustice. s'écria vivement M. Da- vencourt. Mile Desloges m'a paru aussi spirituelle que jelie ; votre comparaison est donc inadmissible. —]Jeanne, poursuivit la vieille Jqui séduisent au premier abord : elle fera à meiveille les honneurs d’un salon, en sera le plus bel or- nement, mais illui mamque ce qui rend une femme précieuse pour son mari et ses enfants. Ce n’est pas sa faute, c’est surtout celle de l’é- ducation superficielle qu’on donne aujourd’hui aux jeunes filles, Briller, plaire, tel est le but qu’elles ise proposent, comme si la jeunesse durait éternellement et que le plai- sir jdût toujours tenir la place du devoir. —Vous êtes sévère, Madame ; c'est le défaut de notre âge contre tous ceux qui possèdent les avan- tages que nous avons perdus. — Attribuez-vous mon jagetment à une basse jalousie ? —Non ; mais à mesure que nous avançons dans la vie, le caractère s’aigrit, le coeur s’endurcit. —Il serait plus juste de dire que l'esprit dégagé de toutes illusions voit pius clairement les choses, les juge plus sainement. Or je vous répète, Monsieur, que ma petite- nièce manque des qualités les plus essentielles à une femme, et son avenir m'effraie. Elle ne sait pas s'occuper, ni en conséqiience se se suffire à elle-même. Or avez-vous jamais calculé de combien de dé- sordres, de combien de fautes l'oi- sivitéa été la princaiple cause, que ide femmeselle a perdues et perdra encore ? — À cet égard, votre gentille Cé- cile vous donne du moins sécurité entière. —QOui, Cécile n’est pas destinée à briller ; mais j'espère qu'elle sera heureuse en faisant le bonheur des autres. —Je suis enchanté de vous en- tendre parler aimsi, car vous con- naissez mom affection pour cette charmante enfant. Cette même af- L | dame, possède toutes les qualités FOR FALL AND WINTER Boy's OVERCOATS Boy's REEFERS Our showing of ‘‘Progress'’ Brand Clothing for fall is larger and more complete than ever before. Our range vf Overcoats for Men and Boys includes the newest things in Mix Tweed effects. Fancy Stripes, Gray and Black Vicunas and Blue and Black Bea7ers, cut in the very latest styles and made to fit. 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HOLMAN. le retard que vous apportez à assu- rer sa position ; pourqnoi at endre plus longtemps à la reconnaître pour votre.... — Pas un mot de plus à ce sujet, Monsieur, je vous en prie ; il est des blessures si cruelles que la main même d’un amie ne peut y toucher sans réveiller une affreuse douleur. — Mais de même que le médecin dans le cas urgents, ne craint pas de porter le scalpel..., — Silence encore nne fois, Mon- sieur ; ne veyez-vous pas que je souffre ? ”’ Et en effet, la pâleur habituelle de Mme d'Orthès avait augmenté d'une manière effrayante, tandis qu'un tremblement nerveux agitait tont son corps. ‘‘ Je me tairai, mon amie. Par- donuez-moi une insistance que je croyais utile à vous come à l'in- nocente enfant que nous aimons ; mais songez qu'il viendra un mo- ment ou tout mystère deviendra impossible. ... — Voyons, monsieur Davencourt, vous me devez une revanche,” re- prit Mwe d’Orthés faisant un voi- lent effort pour paraître calme, Mais ce fut vainement qu'elle ces- essaya de ranger les pièces sur l'é chiquer ; son agitation était telle qu’elle les renversait les unes après les autres, La partie recommença néan- moins ; mais ni M. Davencourt ni sa vieille amie n’avaient l'esprit as- sez tranquille pour pouvoir se livrer aux savantes combinaisons que le noble jeu exige. Aussi, d'un re- vers de main, Mme d’Orthès ren- versait toutes les pièces, et se levant de son siège, qu'elle poussa brus- quement e2 arrière, ‘‘A demain, Mousieur, dit-ell: ; nous serons je l’espère, plus raison- nables tous les deux. Vous empor- terez. en partant, le remords de m'avoir condamnée à une nuit sans sommeil. — Mais on dit aussi, mon amie, que la nuit porte conseil ; si elle vous en donne de bons, je me repro- cherai moins votre insomnie. — Vous êtes incorrigible, dit Mme d’Orthès d’untou de vif ressenti- ment ; voulez-vous donc que nous deveuions ennemis ? — Je défie votre ressentiment d’al- ler aussi loin. fection m'a fait souvent regretter: (à suivre) RE nn POP APE PR PE NET RME . ——]MPRIMERIE DU JOURNAL——— TIGINISEL, I PF. E.- On execute, avec soin et dans le plus court delai, toutes sortes d’im- pressions tels que Pamphliets, En-Tête de Comptes, En-Tête de Lettres, Cartes de Visites, Cartes d'affaires, Enveloppes, etc. ttttt Ouvraces En CovLeur gr En OR titttt Le plus grand soin est donné aux ordre par la malle, + UNE£ McDonald's Condition. Pouders as they are the only Genuine Condition Powders on the market. 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