ET nd trans come maens messes LT E L ee Eten L'IMPARTIAI 1908 Les Deux Brevets —Le voici, enfin, ce brevet !.... Ecoute, marman : ‘‘Le vice recteur de l’Académie de Paris... atteste que Ml'e Beaumont (Marie Jeanne- Gabrielle) a été jugée apte à obte- nir un brevet supérieur pour l'en- seiguement primaire.” Oh ! laisse! un isstant ton ouvrage !... Regar- de le donc, ce diplôme... Il m'a coûté tant de peine |... —QOui, ma petite fille... je suis très heureuse et très fière... Mais, j'ai ma dernière douzaine de noeuds à finir pour livrer ce soir... Je me dépêche !... — Heureusement que tu vas quit- ter bientôt ce rôle de machine. Comme normalienme, j'ai droit à une place. Tu n'auras plus besoin de t'extéuuer à ce travail ingrat. —Oui....ma vue baisse et mes doigts vont moins vite qu’autre- fois... Mais, Gabrielle, je ne le juge pas si ‘‘ingrat,'° mou tra- vail !.. —Quel intérêt peut tu trouver... commençait la jeuue fille avec une surprise inconsciemment dédai- gneuse. —On finit par aimer les choses qu'on fait depuis longtemps. Mes noeuds pimpants, clairs, légers, me rappellent tant de souvenirs !.. Petite ouvrière, encore novice et tonte timide, j'ai été accueillie dans cette maison Fleuriot—moesuds et fautaisies pour dames !—pour la- quelle ‘je travaille éncere aujour- d'hui... Ton père est venu faire sa cour près de l’établi où s’empilait mon ouvrage... J'avais la mais lé- gère, à cette épeque, et je chantais du matin au soir... Puis, ça été le ménage, ses joies, ses peines... La perte de mon cher mari, suivant de bien près ta venue !... Qu'au- rais je fait alors, sams mon aiguil- le? Elle a couru plus vite, malgré les larmes qui me brouillaient par- fois les yeux... Il fallait t'éleser, ma Gaby !... Dans ton langage en- fantin, tu disais, en riant de toutes tes fossettcs : ‘‘Elles vont vite, les ‘‘’cocottes'’” !... Les ‘‘cocottes,’ c'étaient mes maims.... Tu étais si gentille, à trois ans !.... Tes che- veux blonds frisottaieut autour de ta petite tête, comme ceux d’un Jé- sus de cire... —Mère, interrompit Gabrielle, qui me sougeait qu'au présent, je vais faire encadrerimon diplôme... Tu le mettras, j'espère, à la place d'honneur ? —(Certainement, ma fille. C'est une si belle chose qu’un brevet !.. Dire que, bientôt, j'aurai le mien aussi !.. —Que veux tu dire ? —Oh ! pas le brevet supérieur ! rassure toi !... Tout simplement celui de mes trente ans de travail taller près de vous ? questionna le médecin qui achevait d'écrire, à grand traits, une ordonuance. — Non, docteur... Mais je suffis à soigner ma mère. —Vous êtes bien jeune, made- moiselle, pour rester seule ans un pareil moment. —Vous ne voulez pas dire que. qu'elle va plus mal ? —Son état est grave. —Dois je comprendre... qu'elle t... perdue ?...dit Gabrielle en tremblant. —$Sonu état est grave, mais non désespéré. On guérit d’une con- gestion pulmonaire... —Quand je songe que c’est pour | moi qu'elle s’est rendue malade !.. Je lui disais toujours de se repo- ser... Elle s'acharnait au travail, fort tard dans ia nuit... voulant ab- solument compléter mon trousseau, me pourvoir d’une robe neuve a- vaut que je prisse possession de ma place d'institutrice... cette place qui allait lui peimettre de ne pius se surmener !... Car... elle s’est surmenée, n'est-ce pas !... — Il est certain que madame vo- tre mère a dû abuser de ses fforces, re priver même pendant de trop nombreuses années... Son tempé- rameut affaibli rendra la guérison plus difhcile. —Oh |! mon Dieu ! fit Gabrielle eu cachant dans ses mains sou vi- sage empourpré. Elle s'est pri- vée !... Elle s'est épuisée !... Pour moi ! pour moi !.. Le médecin était déjà parti, a prés un dernier encouragement, que la jeune fille se répétait encore ces paroles. Lepuis six jours que le docteur vemait au chevet de Mariaune, ja- mais elle ne lui avait vu la physie- nomie aussi soucieuse. La voix entrecoupée de la mala- de appela : —Gabrielle !... il faut que je me lève... j'ai de l'ouvrags® à finir. —(Calme toi, mère... Reste au lit... Tout est prêt, je t'assure.. Mme Beaumont fiévreuse et déli- rante, reprenait : —Tu iras livrer chez Fleuriot.. Tu demanderas la receveuse... Tu ne diras pas que je suis ta mère... Tu auras l’air de rendre service à une pauvre femme alitée... une voisime... J'ai compris que c'était pénible pour toi... si instruite... que je ne sois qu’une ouvrière... Oui, j'ai bien cempris... le jour où je me suis piquée avec mon aïi- guille.., et c'est mon coeur qui a saigné. — Maman, suppliait Gabrielle, calme ioi senlement... cesse de parler... par pitié... La malade sourit doucement ; sa pensée errante se reportait sur le diplôme de ses trente ans de travail. dans la maison Fleuriot... —Alh !oui... j'ai eutendu par- ler de cela. C’est une invention aisez sotite. Je comprendrais que 1:35 patrons donnassent à leurs an- c'ennes ouvrières une gratification, um livret de caisse d'épargne... Mais ce diplôme !....Qu'est ce qu'il t’apporte ?.….. —Ume grande satisfaction mo- rale. — Moi, je le treuve plutôt humi. liant et vexatoire. — Humiliant ! vexatoire..… quoi ? Pour — Trente ans ! balbutia-elle. J'é- tais jeune... je suis vieille... Ce brevet ? Oh! rien... Toute ma jeunésse... toute ma vie seule- ment... j'aurais voulu... l’avoir.. Ji faut encore trois mois... Jamais } je ne peurrai !.... Puis, elle recommençait à récla- . . . . . : . .: . ? ou une amie qui puisse venir s’ins-|les plis des draps, un ouvrage ima- ginaire... à moins que... de ce qu'elle avait entendu dire des gestes mourants, de la jeune fille, à la porte. gante, se présenta en disant : son Fleuriot et je viens prendre des nouvelles de Mme Beaumont. est très mal. désirant lui donner une satisfaction son délire... | rend la vie et le sourire à son visage Une pensée terrible, un souvenir |! traversa l'esprit Elle éiouffa un sanglot. À ce mernent, quelqu'un frappait Gabrielle courut ouvrir. Une grande personne mince, élé-| —Je suis la receveuse de la mai- —Hé'as ! mademe... ma mère —Je l'ignorais... M. Fleuriot, bien méritée, m'avait chargée de lui apporter son brevet, dès main- tenant. — Fille le réclatmait, tantôt dans Qui sait si sa vue ne lui donnera pas un peu d'apaise- ment ?.. Voulez vous entrer hien doucement, madame... L'employée obéit et déplia, sans bruit, le brevet sur le lit de la ma- lade. Ceïle ci ne parut pas la voir. —Mon dinlôme... répétait elle d’une voix à peine distincte, je ne l’exhiberais pas... à cause de... Gabrielle... Mais... j'aurais été con- tente—de l'avoir... La receveuse ne cemprit pas le sens de ces paroles, qui amewèrent une ardent rougeuti sur les joues de Gabrielle. Hélas ! le brevet de l’ouvrière gi sait, inaperçu, avec un air navrant d'épitaphe... #ckk Marienue Beaumont, bien faible, bien pâle, se lève aujourd'hui pour la première fois, avec ia permission du méde.in. Elle a vu la mort de très près ; mais, grâce à Dieu, grâce aux soins dévoués de sa fille, elle vivra. aussi. Elle a passé des nuits à son tour, heureuse de payer à cette mère admirable une partie de sa dette d'enfance. Mais une expression de bouheur pâli, tandis qu'elle aide la convales cente à se vêtir. Elle passe tendrement son bras sous le sien. — Viens, maman...jet'ai préparé une surprise. Mariannz entrepend,à pas chan celants, le voyage de sa chambre à la salle à manger, Un gai soleil d'automne éclaire ia petite pièce, mettant son reflet, com ne un sourire de bienveue, sur tous les objets familiers. — Eh bien, chérie, cette surprise ? —Regarde... —Tou brevet supérieur...enca- draé ! ...Oui, cela me fait plaisir de le voir là. — Mais oui... garde encore. Et elle entraîna sa mère du côté de la fenêtre, ou un second diplôme ressortait en pleine clarté. Marianne, tremblante, lut, comme en extase- : ‘‘Diplôme mou brevet... Re- mer son ouvrage pour travailler sur sen iit et Gabrielle avait grand’- peine à la maintenir sous les cou- vertures. A d’autres moments, elle se croy- ait ramenée au temps de la petite -—Mais parce qu'il n’atteste au- cune supériorité intellectuelle et qu'il tieat trop du ‘‘hbon certif. cat”... lu tous cas, mère, je peu- se que tu auras le bon goût de ne pas l'exhiber. Marianne Beaumont baissa les yeux sur Son ouvrage. Ses doigts tremblaient légèrement. Elle com- prit, à la minute, que sa fille rou- gissait de son travail manuel ! Elle se rappela ‘que Gabrielle a- vait coutume de répondre à celles de ses compagnes qui l'intreroge- aient : — Manias, elle ne fait rien. Parce ‘que, expliquait elle à sa mère, il est inutile de raconter ses affaires de familles à tout le monde. Ses yeux se mouillèrent. «= Qu'as-tu, maman ? demanda Gabrielle étonnée. Rien;:. je me suis piquée avec mon aiguille, X + enfance de sa fille. Des mots pué- riis remontaient à ses lèvres, cent | choses oubliées. Gabrielle voyait alors clairement ce que la dévouée avait toujours tu: les muits épuisantes, partagées | entre la tâche à finir et le petit | lit où se Æplaint l'enfant en proie aux maladies du prox âge... les privations inaperçues | qui prenaient, jour par, jour, un peu de fraîcheur, de force, | de vitalité à la mère pour en doter! la fillette !.. | Gabrielle compremait pourquoi) sa mère paraissait si prématuré- | ment vieille, le teint fané, les pau-! pières rougies... Et elle sentait, à son tour, des mots enfantins, navrants, remont:r de son cœur. 1of your trouble and recover your d'honneur décerné à Mme Beau. mont (Marianne,) pour ses nb années consécutives de bons ser- vices dans la maison Fleuriot.”? —Oh ! Gabrielle !.. C'est tout ce qu’elie put articu- ler en étreignant tendrement sa fille. — Tu le vois, mère chérie, je suis fière de toi ! dit celle ci en se déga- geaut et en baisant les vaillantes mains qui avaient tant travaillé pour elle. Are You Sick 7? If so you can remove the cause heaith and happiness. By the use of Rival Herb Tablet A true family medicine They are pleasant to take, efec- Gabrielle est très chargée, elle | N NA \ ll (NM IN 111 ERA! IN PAC | AA EN d 0 $ ’ GE Æ. mr | À 1 V2 À 1) PA NN EURE Ÿ Hess # Het MS Li X mi Garascie à GC Z em de NI . 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Butmimereide SUMMERSIDE P. E. I 1 May 2781 1906 ressant qu'il soit possible de pré- ,senter au public canadien- -français, © |I1 est intitulé “Le St- Laurent | Historique, Légendaire et Topo | graphique” de Montréal à Chicow-" (1imi sur le Saguenay et à Cacouna * | sur la rive sude du fleuve. L'au.” teur donne succinctement l'histoire à Let les légendes qui se rattachent à toutes les villes et villages que : l'on passe lorsque l’on fait le voy age par eau ; une belle gravure de l’égiise de cheque place, ne per: « | met pas au voy ageur de se né dre sur l'endroit où il est, = Voilà un livre qui devrait être distribué par milliers dans x 1iges, couvents et écoles ; 4 | | possibles de trouver un meilleur 4 | moyen d’enseiguer l’histoire de n0-" tre cher Canada à nos enfants com- $ me À tout le monde. Présenté aïin-* si, sous la forme d’un voyag:, elle” devient attrayante au plus Last À degré. Combien de faits, d'anec: dotes et de légendes n’ avens-sot8 © 3 pas trouvés, que nous ne connais: 4 sions pas, même daus cette ras 4 re partie que nous donne la revue de ce mois, elle nous fait presentir ” bien des pres pour le reste de | l'ouvrage qu’on nous promet, peur . lle mois prochain. Ajoutons que l'illustration est exquise, et, nous dit-on, comprendra plus de deux L cents gravures. Elle aussi nous” 3 reserve plus d’ume rélélations, ainsi. dans cette première partie, nous À avons le fameux ‘‘château de Lon-" gueuil’’ dont nous avions bien en: ‘4 teudu parler, mais dont nous @a# |vions aucune idée. Que de beff égiises nous possédons aussi, sans, « le savoir. Ce volume qne l’on neus annon-" ce, sera de plus accompagné de dix + sept carates du fleuve, donnant des détails innus jusqu'’s ce jeur, à tout autre, qu'à des mains très expéri=« mentées. Quelles belles vacances, « qu'une excursion le long de notre "#® beau fleuve en connot ou eu cha loupe, accompagné de ce beau” guide, lorsque chaque île, en un mot tous les détails du fleuve, se: ront facilement reconnus. à On a souvent reproché au gou- vertement d'avoir distribué des ii- « vres inutiles, en voici un qu'il ne * pourra jamais trop répandre. Pu- 3: blié en anglais, en même temps qu’un Français, il est appelé à fai- re connaître partout notre beau et magnifique St-Laurent. “FA Nos plus sincères félicitations [eux éditeurs de la Revue Canadien: " ne, qui dans ce numéro neus do à ne aussi le texte du jugement ÿ k l'honorable juge Fortinfdans 18 cause de Jules Mary contre Bar: thélémi Hubert, qui établit la re: connaissance des Droits d’Auteur au Canada. Ne M. Albert Laterge, dans = court article accompagné de huit, “ portraits, nous donne l’histoire de - cette cause désormais célèbre dans nos annales littéraires. Nous avons hâte de recevoir le prochain numéro de la Revue Ca- nadienne, qui devrait être dans toutes les mains canadienmes-fran- caises. Vin des Carmes 4 Vin par excellence pour réparet (a T2 les forces perdues et FORTIFIER TOUS LES FAIBLES. Bon pour tous les âges et les | DEUX SEXES, LES MEILLEURS MEDECINÿ Recommandent fortement le Vin de Carmes \ d x # #- ae ” 5 RE ET QE RRSES: À A. Toussaint & Cie Æ QUEREE À RE ve mens net we -uitiène =: