L'IMPARTIAL JEUDI, LE 10 NOV. 1904, Suite de la 2ème page Comme dans la chambre du vieux donnjon, au milieu de la nuit peuplée d’eclairs, Kerdoc seu- tit ses cheveux se hérisser ; c'était elle !... il la reconnaissait. . .et tan- dis qu’il demeurait péirifié, inca- pable de réagir contre l'obsession qui le dominait, il lui seuibla qu’el- le se tournait de nouveau vers lui, que ses bras étendus l’imploraient. L'hallucination ne dure pas ; il la secoua par un violent effort de volonté, et il revint presque en cou- rant dans la nef de l'église ; à, il se laissa tomber sur un banc et y resta longtemps comme anéanti, cherchant en vaiti à se raisonner, fixant sans la voir la petite flamme Gui tremblotait, jetait des étincel- les, s’agitait comme pour l'inviter À la prière. Le bruit d'une porte qui s'ou- “vrait le fit tressaillir, Un vieux prêtre entrait dans le choeur, un plumeau et un torchon sous le bras. Ils’avança à pe.its pas ra- pides, s’agenouilla, se releva péni- blement et se dirigea en trottiuant vers les étalles qu'il se mit à épous- seter et a essuyer, En regardant ce vieillard affairé par la toilette de son église, Kerdec acheva de reprendre le sentirent de la réalité ; l'impression de ma- laise que la vision renouvelée de celle de la nuit lui avait laissée, <e dissipa dès qu'il ne se sentit plus seul, et tout en suivant des yeux la besogne du curé il r“fléchit po- sément à l’étrangeté de ette han- tise. —C'est un effet pu‘ement ner- veux, songeait-‘1. 1, récit de Lau- glois, cette chambre si conforme à Ja légende, ceite nuit d'orage ont rempli mon cerveru d'images qui ont enfanté mou rêve ; et lorsque je me suis trouvé das cette cha- pelle où traîne la mème légende, les mêmes image ont imp’essionn£ mon esprit. C'est ainsi que me poursuit la musique que parfois je crois entendre lorsque tout est si- lence autour de moi ; que remon- teà mes narines la seutation d’uu parfum dissipé, à mes nerfs l’an- goisse d’une souffrance depuis long- temps passée. Rien n’est plus ex- plicable ; n'y pensons donc plus. Il voulait n’y plus penser, et ce- pendant il restait là. Le prètre iravaillait toujours ; il balayait main‘enant le sanctuaire, et Ker- dec le trouvait touchant dans sa hâte et dans sa maladresse de vieux, poussant avec effort son ba- lai, faisant, haque courtes flexions sur ses genoux raidis, et s’arrêtant souvent pour regarder l'ouvrage accompli, en branlant sa tête blan- che, Kerdec se demandait : —Que dirait-il, celui-là, si je lui coniais mon rêve? 11 ne me l’ex- pliquerait pas natureilenent, sans doute. Il me dirait que la dame verte expie ses fautes, que ma pri- ère peut la sauver, que c'est moi, peut-êire, dont elle attend l'inter- cession. Est-ce raisonnable ?..Les vieux prêtres, les petits enfants | croient cela.... les esprits forts le nient.... Hélas ! que savent-ils, les esprius forts ? Qu'est-ce que l’hal- jucination ? Qu'est-ce que l'obses- sion? Uù commence la réalité à Où s'arrête le rêve ? Mystères que toutes ces cho+es. rai le coeur net ! Ii se leva et franchit la grille du choeur. Le curé était revenu près de l'autel : hissé sur un tabouret, il époussetait les chandeliers et les vases de fleurs artificielles. 11 fail- lit, d'étonnement perire l'équilibre lorsqu’en se retournant il se vit en présence d'nn officier, plumeau sous son bras €: la : _—S'il vous plait ? __ Monsieur le curé, je voudais vous parler. Voulez-vous que je vons aide ? __Yous êtes bien honuêre. On n'est point de ces plus souples, mais on y arrive encore tout sen. Et il de-cendit assez lestement da tabon et, sans s'appuyer sur le bras du lieuteuant. Lorsqu'ils furent dans la sacris- , ’ ù L 4 tie, le curé s'adossa au buffet de, chêne qui renfermait jes On*- ments : le jour, venant dernière lui, faisant reluire son crane coui- me un caillou jaune et flamber l': chaque côté de la fenêtre grim- paient, comme des bêtes étranges, deux antiques serpents en cuir bouilli. Kerdec commença : — Monsieur le curé, vous con- naissez l’histoire de la dame verte nu château de la Dolente ? Le curé fit un geste d’étunne- meut, puis répondit : -—Vous pouvez dire que oui. M'est avis que cette hoitoire-là, je me l'éiais laissé raconter bien des fois, quand vous ne pensiez point | à nai re encore. —Soit. Maisonne vovs a ja- mais raconté, j'en suis sûr, ce que je vais vous dire. —Je ne viens pas vous dire le cout airé, accorda le vieillard. —Creyez-vous aux revenants, Mossieur le cu'é ? —]Je ne peux point dire que j'y crois. Mais, dame ! vous dire que je n'y crois point... —$i vous c'oyiez en avoir vu un, qu'est-ce que vous feriez ? Le curé regarda Kerdec d'un air ahnri qui tout de suite, devint mé- fiant. Iliasinua, en essuyant ses lunettes : —(Ça serait plutôt à vous qu'il faudrait demander ça. — Pourquoi ? Parce que je n’en ai point vu, moi, de reveuants, alo”s je ne sais point ; tandis que vous, mon bon Monsieur, si vous en avez vu.... eh ! bien, ça ne me dén'airait prs plus que ça de savoir ce que vous avez fai. Kerdec ent un mouvemeut d’im- patience. Ce bonhomme, pensa-t- il, est normand comme quatre. Il croit que j2 veux me moquer de de lui. Aiïlons-y vite et car'é- ment. —-Monsieur le curé, reprit-il en élevant la voix, je parle sérieuse- ment, ayez la bonté de m'écouter de même. J'ai couché cette nuit au donjon de le Dolente, dans la chambre de la dame verte. J'ai cru la voir. et il m'a temblé qu’el- le m'implorait, qu’elle attendait de moi un service. Tout à l'heure, dans votre église, sur son vitrail, je l’ai reconnue ; et maintenant son image me poursuit, m'obsède... Tout cela n’est sans doute qu’ima- gination ; je veux le croire, mais j'ai beau me raisonner, je sens bien que mon esprit n’est pas en repos...Je suis Breton ; je n’ai pas perdu la foi, je crois aux prières, surtout à celles du prêtre... Vou- lez-vous demain dire votre messe pour cette femme et me garder le secret de tout ce que je viens de vous confier ? Le vieux curê était devenu pen- sif. 11 semblaiu discuter avec lui- même ; ses mains s’agitaient à droite et à gauche comme celles des orateurs qui pèsent le pour et le contre, En même temps un sou- rire ému passait sur ses lèvres et il fixait l'officier avec des yeux très doux. Il répondit, après un silen- ce : —Je veux bien dire la messe pour cette pauvre dame. Siça ne lui fait point de bien, ça ne lui fera, bien sûr, point de mal. Il n’y au- rait rien d’étonnement que le bon Dieu vous ait fait coucher là ex- près, à seule fin de vois mettre me Ma foi, j'eu au- | jourd’hui. ni Il mit son! bredouil- | pièce de cinq francs de sa poche, il | Mais Kerdec insista daus l'idée d2 venir me trouver au- Saæfigure, qui ressemblait à une vieille pomme ridée, s'éclairait de plus en plus. Enfin, sa satisfac- tion déborda : il frappa familière- ment sur l'épaule de Kerdec en di- sant : —C'est bien, ce que vo's faites Jà, jeune homme, c'est très bien ! Et comme le lieutenant tirait une la refusa. J1 lui sem- blait que s’ilne payait pas cette Ham les désirs de la dame verte ne sera‘ent pas remplis, le charme pe serait pas rempu...ÆEtsins qu'i 1 » leût b:soïu d'expliquer s1 pensée, le le curé la comprit : | Si j'étais à votre place, je vou- d as payer, c'est certain. Alors, | puisque vous voulez me donner un lécu, je prends votre écc. Je le re- | lounerai de votre part à une pau- \vre vieille qui en a besoin, et qui réoie de ses cheveux blancs : de) \ cured. I must say that I cannot recom- ne m'y veriez pas ; nous partons à quatre heures du matin. Mais nous penserons l'un à l’autre. Ils se serrèrent ia main avec ef- fusion ; et le lieutenant Ketdec sor- tit de l'église sans oser revoir, dans la chapelle des sires de Fier ville, la verrière de Saint-Laurent et de Sainte-Marguerite. JosePpx L/HoPpiTAL FIN MILBURN'S Heart and Nerve Pills. Are a specific for all heart and nerve | troubles. Here are some of the symp- toms. Any one of them should be a warning for you to attend to it im- mediately. Don't delay. Serious break- down of the system may follow, if you do‘ Nervousness, Sleeplessness, Dizzi- —Héias ! 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