CRT Re Ai à RER RS nr * 7 RAD po EN AE Re Res à me. f #{ L) ! Luxembourg, Se EEE DEUX VIEILLARDS 1ly a, dans le jardin du derrière l'an- cienne Orangerie, aujourd’hui arrangée en Musée des artistes vivants, une allée large, bien sablée, sans arbres, et douce” ment baignée de soleil, dans les heures, trop rares, où il daigne sourire aux Parisiens. Le long du bâtiment, règne une série de bancs de pierre’! encastrés dans la muraille, ex- posés en plein midi, abrités du vent froid et tout de suite tié- dis par le moindre rayon. On trouve des coins semblables dans la plupart des promena- des publiques, et tous ont reçu, comme celui-ci, le nom de Pe tite Provence. Les nourrices et les bonnes d'enfants s'y don- nent, naturellement, reudez- vous, ei l’on y rencontre aussi quelques vieilles gens qui viennent là distraire leur tris- tesse oisive et chaufler leurs rhumatismes. Or, l’autre jour, deux bonshom- mes, écroulés de vieillesse, cen- tenaires ou peu s'en faut, fai- saient les cent pas, très lente- ment, en s'appuyant pesam- ment sur leur canne, dans cet espace ensoleillé. 1ls mar- chaient en sens contraire, l’un de l’est à l’ouest, l’autre du couchant au levant, et, comme chacun deux, arrivé aux point. ou l'allée devient ombreuse, faisait aussitôt demi tour, les deux promeneurs se croisaient de cinq en cinq minutes C'étaient évidemment des vaincus de la vie. 1ls apparte- naient, l’un et l’autre, à la ca- tégorie des pauvres et mélan- co.iques vieillards, au linge douteux, aux vêtements râpés, qui fuient la solitude, qui sont toujours hors de chez eux. parce que leur taudis. est trop lagubre, et qu'on voit somuo- ler, l'été, dans les jardins, et, l'hiver, dans les bibliothèques. Ceux-ci connaissent bien—on pouvait le parier—les meil. leures places daus les églises, près de la bouche du calorifère et ils avaient certainement ta- che de plus d'une roupie les volumes de l’Arsenal et de la Mazarine. Pourtant, malgre l’accablement de la misère et des années qui pesait sur leurs épaules et courbait leur haute taille, ces deux vieux conser- valent on ne sait quel air de noblesse et de fierté. Ils avaient, d'ailieurs, l’un et l’autre, une physionomie particulière, et ieur pauvre cos- tume—presque des haïillons— offrait certains détails pittores ques. Le plus vieux, qui avait dû être ua bel adolescent dn temps de la Restauration, était coiffé d'une vieille chéchia de drap jadis rouge, d'où pendait un gros flocon de laine bleue, et sa forte moustache blanche, relevée en accroche-cœnr sur la joue, était jaunie près des lèvres par les cigarettes de ta- bac du Levant qu'il fumait sans discontinuer. Cette coif: fure siugnlière, cette terrible paire de moustaches, cette face boucanée, ces grands yeux en amande qui brillaient, malgré l'âge, comme deux diamants noirs, tout, dans ce singulier vieillard, faisait songer ruine d’un héros byronien, d'un personnage fustanelle et à espingole, brigand dans la montagne ou corsaire dans l'Archipel. L'autre promeneur, n'était pas moins remarquable. Un an- à Ja à ———— | cheveux argentés s'écnappaient de son vieux bonnet de four- rure, tout rongé par les mites, et il s'enveloppait frileusement d’un antique caban de drap vert montrant la eorde , mais encore orné de ganses et d’o- lives. Les denx vieux débris, qui, chaque fois qu'ils passaient l'un près de l’autre, avaient échan- gé des regards curieux d’abord puis sympathiques, s’arrétèrent enfin et se saluèrent avec cour- | toisie. - —Monsieur, dit l’homme au caban soutaché, bien que je n'aie jamais eu l'honneur de vous rencontrer, je vous recon- nais. —Et moi, monsieur, répondit l'homme à la chéchia, bien que je n'aie jamais eu le plaisir de vous voir, je sais qui vous êtes. —Je svis le dernier réfugié polonais. —Et moi, ls dernier Pali- kare. —Deux revenants, à peu près. — Presque deux spectres. —Ln 1830, à Varsovie—j'a- vais alors huit ans à peine et l'étais Ctndiant en lettres-j'ai assailii le Belvedère avec les icsurgés et j'al chassé de sa ré- silence le grand duc Constan- tin. .—Je n'avais que quinz:. ans en 1825, mais je portais déjà le long fusil aux cinq capucinces de cuivre et je me battais pour la Grèce. —J'ai servi sous Radziwill at sons Clopicki. — J'ai combattu avec Botza- ris. —J étais à Milosna ei à Gra- chow. —J'étais à Missoloughi. —Et vous vons êtes, réfugié en Erance, courageux Hellène ? —Et vous avez choisi Paris pour lieu d’exil, brave Polo- uais ?...Oh ! la France, comme nous l'aimiors ? C’est elle qui nous aida à conquérir nos pre- mières hbertés, à former notre noyau de patrie. Nous hono rons le nom de Fabrier comme ceux, de nos héros les plus purs, et nous gardons toujours dans nos cœurs l'écho du ca- uon de Navarin...Cela se pas- sait pourtant sous cet affreux despote de Charles X. —Nous ne l'aimions pas moins que vous la généreuse France. Sans doute, en 1830. elle n'a pu nous secourir par les armes, et vous convaissez notre mélancolique parole : “Dieu est trop haut, la France est trop loin”. Mais elie a souf- fert alors de son impuissance, et Louis-Philippe, ke pauvre {yraa pariementaire, ne pou- vait haranguer les Chambres sans nous donner quelques mots de co-solation Quant aux Français, ils ont été admirables pour nous, dans notre malhewi. {[l nous appelaient, ce temps-la les Français du Nord, nous ou- vraient des bras fraternels et uous faisalent place à leur fo yer...Tout cela a bien - changé, intrénile Heliène. Bien chingé, j'en conviens, héroïque Polonais. —Je crains que nous n'ayons eu grand tort de vieillir. —J'estime que nous ferions beaucoup mieux d'être morts depuis longtemps. —Celui qui aurait dit jadis’ devant moi, que la République française deviendrait la meil leure amie de j'autocrate de toutes.les Russies, je l'aurais souflleté. — Celui qui aurait o.6 pré- cien blond, celui-là, dont laltendre, en ma présence, que l'o maigreur Caduque gardait de/}pinion en France resterait in- l'élégance et de l'aristocratie, différente ei même plutôt satis- et dont les yeux couleur de/faite, en apprenant que les tourquoise, légèrement bridés| Grecs ont été écrasés par une et relevés vers les coins, com-|armée turque deux fois supé- me chez les S'aves, avaient |ricure en nombre et comman- sans doute fait plus d'une vic-|dée par des Allemands, aurait time sous le gonvernement de |eu ‘ffaire à moi. juillet. De belles boucles de -La France, qui a porté la Pme ue LAIMPARTIAL liberté à travers l'Europe dans les plis du drapeau tricolore ! —La France. qui, depuis 89, des peuples à disposer libre- | ment d'eux-mêmes ! —Hellène, j'ai entendu de vieux Jacobins crier : “Vive le Tsar |” — Polonais, j'ai vu les cui- rassés de la République mêlés aux escadres de l'Europe mo- narchique, bombarder, sur les côtes de Crète, des patriotes et des chrétiens qui combattent pour leur indépendance et pour leur foi. | —La France contre les plus faibles ! La France protégeant la barbarie ! —Elile a oublié que nous é- tions nombreux, nous autres Polonais, en 1890, derrière Ga- ribaldi, parmi les chemises rouges. —Elle he se souvient plus qu'il y avait un bataillon tout eutier de volontaires grecs, dans l’armée de l'Est. —Heliène, il ne faut vas être injuste. La pauvre France n’a que trop cru, naguère, au principe des nationalités, à l’aniou des peuples de même race ; elie n’a fait que trop de sacrifives à ce décevant idéal Comment at-elle été récom- pensée de son désintéressement, à l'heure du danger ? Par l'in- gratitude, par le reniement de tous. — Polonais, sois équitable, toi aussi. La grande na- tion était vaincue ; elle venait de subir. pendant plus de vingt ons, dans un isolement hautain, mais plein de périls, toutes les humiliations de la défaite. Le tsar Alexandie 111 fut magnanime en lui tendant la main, le premier. Ce ne sera pas elle qui rompra l'aliiance ; la France est loyale et fidèle. —N'importe ! La politique est une hideuse chose. —kRépugaante. — Et la Justice tarde bien à venir, dans ce misérable monde. — ile est boiteuse. —Faisons notre me culpà. Nous en avozs trop fait de po litique, nous autres Polonais. — Nous en avons abusé aussi nous autre Grecs. —En 1830, après chaque ba- taille perdue, nous changions de gouvernement, et, wnoi- même, je fus dictateur pendant vingt-quatre heures. — Et, dans ce moment-c1 à Athènes, noûs allons faire pro bablement notre petit Quatre Septembre, ce qui sera la pire des sottises. | — Ami, j'ai peine à renoncer à mes vieilles illusions. Où trouverons-nous des Français, aujourd'hui, qui protestent con- tre le droit -du plus fort ? —.…ÆEt qui souhaitent le tri. omphe de l'opprimé contre l'oppresseur ?Où les trouve- rons-1ous ? — À Strasbourg. peut.être. —Où à Metz. — Chez ceux qu'on abandon- ne, hélas ! — Hélas ! chez eeux qu'on oublie. — C'est là que nous dev*ions nous retirer, compagnon de Botzaria ! —Üui, soldat de Rodziwil, c’est là qu’il mous faut aller mourir ! Les vieillards maintenant côte à côte, reprirent si'encieu- sement leur promenade. L’a- près-midi d'avril était déli- cieuse. Le bon soleil inondeit l'illastre Jardin, faisait luire le satiu des rubans sur les bon- nets des nourrices, caressait les bébés accroupis et creusant le sable avec une petite peile. Les lilas embaumaient Et que d'’oi- seaux |! Quel harmonieux ta- page ! À quoi pensaient, dans ce! 3 splendide et joyeux décor, les: {veau misnistère, deux tristes vieillards, tirés de leurs anciens rêves ? Peut-êire à l’insensibilié de la charman- n’a cessé de proclamer le droit|te et féroce nature, quis Inquië- te peu que les hommes devien- nent plus heureux ct meilieurs ? Peut-être songeaient-i's que, malgré tout, le printemps fait son oeuvre, que, le long des ro .tes de Thessalie, où défilent los bataillons turcs et les iongs attelages de guerres, les prés et les champs sont criblés de fleurs nouvelles, et que, dans l'hor- reur nocturne du champ des cadavres abandonnés, le rossi- gnol chante. Francois Coppée. DEMISSION DU MINISTERE FLYNN Québec, 24—L'honorable M. Flynn a remis entre les mains de sir Adolphe Chapleau sa dé- mission et celle de ses collé- gues L'honorable M .Marchand sera appelé à Spencer Wood au- jourd'hui pour former un nou- ATTENTAT _— CONTRE LE PRESIDENT DE L'UruGuAY Buenos Ayres, 24 Une ten- tative d’assasinat contre le pré- sident Borda, d: l'Uruguay, a été déjonée par suite de la pré- voyance du secrétaire du prési- dent. Une boite contenant une bombe envoyée de La Plata, République Argentne, avait été reçue ce matin au bureau du président. Qacïlque chose de particulir ayant atliré l'attention dun secré- taire , celui-ci a fait mander la police, qui a ouvert Ja boite et découvert ia bombe. C'est 1a seconde tentative faite contre la vie du président Borda. Mrs. James Taylor, who resides at No. 82 Bailey avenue, Kingsbridge, New York, on the r4th of December, 18094, said : ‘My age is C5 years. 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