Hé} tatal n Faire l’inventaire de tous les coins du Québec où se trouvent aujourd’hui des Acadiens est pratiquement impossible. Ce qui a retenu notre attention c’est plutôt 1e phénomène des établissements acadiens compacts et homogènes au sein de la population québécoise. On a parlé abondamment des « Cadies >> ou « Petites Cadies » du Québec‘. Les Cadies ont certainement marqué, par leur ca- ractère particulier, nos moeurs et notre vie nationale. On affirme maintenant qu’il y a plus d’Acadiens au Québec que dans les Maritimes, c’est—à-dire près d’un demi-million. Mais beau- coup s’ignorent et 1a plupart se sont mariés à des Québécois ou à des Québécoises.2 En 1755, on compte 55 000 habitants au Canada et 110 paroisses, sans comp- ter celles de l’Acadie. C’est dans quel- ques-unes de ces paroisses que les Aca— diens, chassés de leur pays et déportés, vont venir trouver refuge. Ces parois— ses sont: Québec (Notre-Dame), Trois— Rivières, 11e d'Orléans (surtout Saint— François), Laprairie, Saint—Thomas (Montmagny), Cap Saint-lgnace, L’lslet, Champlain, Repentigny, Contrecoeur, Saint—Ours, Beaumont, Lotbinière, Saint—Michel de la Durantaye (comté Bellechasse), Chambly, Deschambault, Saint-Valier (comté Bellechasse), Bécan- cour, Nicolet, L’Assomption, Kamou- raska, Yamachiche, Saint-Denis (rivière Richelieu), Pointe-du—Lac, Saint-Charles (comté Bellechasse), Montréal (Notre— Dame). De 1755 à 1787, les Acadiens fondent eux-mêmes six paroisses dans le Que— bec: Carleton, Saint-Jacques—de-I’Achi— gan, Saint—Gervais, Bonaventure, Blair- findie, Saint-Roch—de-l’Achigan. Saint— Philippe (de Laprairie), fondée en :—— 1755 1763 ——: Pierre-Maurice Héberf 1757, sans être une paroisse acadienne, bénéficie d’un apport considérable de « déportés ». On n’a qu’à parcourir les registres du début pour y voir 1a men- tion de nombreux Acadiens. On distingue deux courants de mi- gration des Acadiens vers le Québec, après 1755: 1a migration des réfugiés, qui échappèrent à 1a poursuite des Anglais en Acadie, et 1a migration des déportés, qui revinrent de leur lieu de déportation. Cette dernière migration se situe surtout après 1763. Les réfugiés lors du régime français La migration des réfugiés vers 1e Québec est moins considérable que celle des déportés, surtout si l’on tient compte des ravages que la petite vérole fit dans leurs rangs à leur arrivée à Québec. J’ai parlé déjà de deux mille Acadiens, venant de Beaubassin, Mi- ramichi, Île St—Iean, Rivière—Saint—lean. Ce chiffre s’accorde avec les chiffres avancés par différents historiens, en ajoutant le groupe confiné à Ristigou- che qui devait bientôt s’étendre sur la côte de 1a Caspésie, entre Escuminac et le New-Carlisle actuel.3 Malheureusement, les Acadiens réfu- giés eurent ‘a souffrir, à leur arrivée au Québec, de misères presque aussi gran— des que celles qu’ils fuyaient en Acadie. Car, depuis 1755, l’Angleterre avait également décidé de s’emparer des ter- ritoires du Canada. Elle s’attira donc une déclaration de guerre de la part de la France après avoir fait feu sur deux vaisseaux français à Terre-Neuve, et en avoir saisi trois cents autres en mer. La France perdait ainsi plus de 8 000 matelots.4 De 1755 a 1760, PAGE 17 ce sera donc l’état de guerre continuel au Canada comme en Acadie. Les habitants des bords du Saint—Laurent sont réquisitionnés pour cette guerre, ce qui fait que les Acadiens qui trou— vent refuge dans les villages riverains du fleuve et à Québec sont en territoire désorganisé et constamment menacé.q On comprend que dans ces conditions il soit difficile, maintenant, de retrou- ver tous leurs noms. D'ailleurs, ils ne tenaient pas a être déclarés puisqu'ils étaient pourchassés avec insistance par les Anglais. Aussi, ils s’attendaient toujours à regagner leurs terres en Acadie. Évidemment plusieurs Acadiens ont pris part à l'engagement des plaines d'Abraham a Québec. Ils y étaient sollicités autant que les Canadiens et ils avaient encore plus de raisons qu’eux de se battre." Les paroisses du Québec où les réfu- giés furent accueillis en plus grand nombre sont: Notre—Dame de Québec, Trois—Rivières, Bécancour, Laprairie, Montréal, L’Assomption; les quatre pa- roisses de l'Île d'Orléans et les paroisses d’en face sur la rive sud: Beaumont, Saint-Valier, Saint-Michel, Saint— Charles; les paroisses le long du fleuve en amont de Québec: Saint—Augustin, Pointe—aux—Trembles (Neuville), Jacques- Cartier (Donacona), Cap—Santé, Des— chambault, Batiscan, Champlain; sur 1a rive sud: Lotbinière, Deschaillons, Les Becquets. Dans les registres pa— roissiaux de ces paroisses et dans 1a correspondance de Vaudreuil et de Lévis en 1760, on peut lire les péripéties de ces Acadiens réfugiés. 11s sont bien reçus dans les familles canadiennes de ces paroisses ou on les héberge et où on les nourrit, à 1a demande de ’audreuilÎ v 1. Qu’il nous suffise de mcnmmnur les cinq sources suivantes : L'abbé H.-R. Casgrain, Lln pelt‘rina‘çe au pays tf‘Eï'tUlXL’HNL', Québec, 1888, p. 27h: Émile Lauvriene. L11 trngt‘dit’d’un peuple, t, 11, Paris, 1922, p. 498; Antoine Bemard, Le drame acadien, Montréal, 1936, p. 366; Robert Rumilly, Histoire des Acadiens, t. 11, Montréal, 1955, p. 621 et Fidèle Theriault, n Relations Québec—Ade 1755—1811m in L'Actinn Nationale, juin 1978, p. 842 2. Gilles, Raymond, u L’avonir du l’Acadic,_, .. in [’crsjnfctiz'es, 27 janvier 1973, p. 2; Jacques de Roussan, u Le Grand Recensement n, in Perspectives. 21 octobre 1973, p. I4, Archives canadiennes pour 1905, vol. 2. OllflWü 19"19. JPP. A, P. XV‘ fini-‘9’ l’ierre-Maurice Hébert, u l’amisses acadiennes du Québec w, Les Cahiers de la sociétc historiqueacadienne, Moncton, janv.—fe\'r., 1‘171, p. 408. F.—X. (larneau, Histoire du Canada, tome 5, Montréal, Éditions de l'Arbre, 1944, p. 85 a 87. Voir 17.-X. Gameau, Histoirudu Canada, tome 5, op. cit, p. 224, 225 ainsi que An‘hiws t‘imadit'nnes jmur 1905, Vol. 1, op. cit., 4" partie, p. 12. 6. (j Des Acadiens vont participer à 1a défense de Québec, à l'automne de 1750, ainsi qu'a 1a bataille de Sainte-Foy, pres de Québec, au printemps de 1760... » 50ml Arwnilult, Histoirt'et gânüaloginles Acadiens, tome 1, Québec, 1965, p. 204. Voir ,Alrchivcs mnadit'nms, op.c1t. ib p. 5, 1,1. N canadienan pour 1905, vo1 l, p. 5. Correspondance de Montréal, le 10 mars 1960, M. de Vaudreuil a M. Dumas, commandant des troupes a Jacques-Cartier (pies de Québec) dans Archius