à Li w Moscler Er LE. A « x ’ L “ F4 ; Er : h s " ji À e : < TL " £à à p. . FT 4 "+ +. de C4 a + s# nine. LA CIE. DE PUB. DE L'IMPARTIAL, PROPRIETAIRE. G. BUOTE, RÉDACTEUR. F. J. BUOTE, GÉRANT -_ VOL. 2. NO. 47 nee Stinsne Pater Noster PR TA rm D RE ps «1 r+ £ CET Le vendredi soir, les sept barques de pêche étaient sorties du petit port breton de Kermaror. Le temps » était calme et la brise légère, une jolie journée de fin d’octobre, avec un ciel nacré, une mer somnolente … OÙ se laissaient paresseusement ber- wrger les mouettes blanches. Le Dauvre hameau semblait tout brave, au soleil couchant, avec sa vieille église dont le clocher se découpait en dentelles bizarres sur le clair azur, et sa ceinture d’étroits jardi- nets dont les chrysanthèmes d’or, les dahlias pourpres et les margue- rites d'automne d'un violet pâle souffle tiède de l'Océan. On devait pêcher dans les para- ges de l'île de Sein, en vue de l’é- peron terrible du Finistère. Tous les hommes étaient partis, et les garçons et les garçonnets. Il ne restait à terre que les femmes et les plus jeunes enfants, le curé et le sonneur, um vieux pêcheur, Yvon- neo, qui, ayant une jambe de bois, ne prenait plus la mer. Ils partirent gaiemeut. En vain la vieille Claudine, dont le mari et les quatre fils avaient été rejetés un soir par la tempête, les yeux fermés pour toujours, sur la grève des Trépassés, hochait sa figure r widée et morte, en disant d’un ton # de colère sourde que c'était tenter le bon Dieu que de mettre à la voile un vendredi. Personne ne l'avait éceutée. Le baromètre de M. le curé était d’ailleurs au beau fixe. Et puis, le voyage serait très court. On rentrerait le lendemain, avant la nuit avec une pêche abon- dante qui permettrait de fêter la Toussaint trois jours plus tard. C'est à peine si les femmes avaient dit adieu à leurs hommes. Seule, La cette vieille sibylle de Claudine ICE était allée tout au bout de da jetée de pilotis et, assise contre le grand crucifix de bois, 5es cheveux gris it” secoués par le vent, les épaules ser- rées daus son châle noir, immobile, : elle avait suivi du regard, jusqu’à la nuit, avec une tristesse morne, les sept voiles blanches qui s’abimaient dans la brume roussâtre de l’hori- zon. > La nuit fut bonne. Mais, le sa- —— medi, vers midi, le vent fraichit, le ciel se ternit, la mer moutonua, im- patiente, méchante et courut plus vite au rivage où elle jetait des bouquets d’écume ; puis de longs auages livides s’avancèrent du nord-ouest en cortèges de plus en plus pressés : un bruissement grave, continu, toujours plus fort, gron- dait au large ; le vent avait des accès de rage brusque qui irritait la fureur des vagues de plus en plus hautes. Les femmes se tinrent tout l'après-midi rangées, le long de la plage, muettes, tenant par la main leurs petits garçons et leurs fillet- tes ; pas une voile ne se montrait | au loin. La vieille Claudine, cour- bée et frissonnante, rampa jusqu’au milieu de la jetée ; au crépuscule, elle était eneore là, face à face avec la haute mer déchafnée, ramassée sur elle-même et toute noire, aux iueurs sépulcrales de la tempête. Cette nuit, les lampes veillèrent jusqu’à l’uarore dans les pauvres chaumières de Kermaror. Au matin du dimanche, l’oura- gan redoublait encore de violence. La mer bondissait jusqu'aux jardi- nets dont elle arrachait et broyait les dernières fleurs, le vent semblait tomber du ciel, tel qu’une masse é- A fleurissaient et se trémoussaient ’au- mac norme qui s'écroule tout d’un coup ; les lames, droites comme des murs, souffletaient le crucifix de la jetée ; des torrents de pluie dérobaient parfois la vue de l'Océ- an, et toujours là-bas, vers le Raz, là où les pêcheurs luttaient contre la mort, grandissait comme un rou- lement de tonnerre, et, plus près, des rochers de la côte fouettés par les flots, s'élevait une clameur ai- guë, désespérée, presque humaine, Alors les femmes n’eurent plus le courage de regarder la mer. Élles montèrent en lente procession à la petite église. Vvonnec sonna la cloche pour l’heure de la messe. La cloche était fendue et sa voix cassée ajoutait au tumulte de l’orage une lamentation d’agonie. L'église était douloureusement sombre et triste. Près de la porte latérale ouverte du côté de la mer, la chapelle de Sainte-Anne, isolée du reste de l'édifice, s’enfonçait comme en une grotte profonde. Les femmes allumèrent de minces cier- ges jaunes devant l’autel et s’age- nouillèrent avec les enfants aux pieds de la bonne Dame de Breta- gne. Elles essayèrent de prier, mais les paroles ne venaient plus à leurs lèvres. Les vieilles se tenaient inertes, presque farouches, son- geant aux naufrages du temps de leur jeunesse ; les plus jeunes pleu- raient silencieusement. Le vent et la pluie faisaient frémir les vitraux délabrées de l’église. A l'entrée du chœur un vaisseau de haut bord, ex-voto très-ancien et très naïf, suspendu à la voûte, aveo son capitaine tout doré debout au banc de quart, se balançait indo- lemment. Le chœur, le maître- autel et la nef du milieu recevaient de tous ces petits cierges, dont la lumière vacillait autour des piliers, un rayonnement mélancolique. Le petit Enogat, l'unique en- fant de chœur, agita la clochette, et le curé, incliné devant l'autel, récita le ‘‘Confiteor.’’ Depuis près d’un demi-siècle que le pauvre prêtre était recteur de Kermaror, jamais il n'avait vu temps plus horrible, De tous ces pêcheurs qu'il avait baptisés ou mariés, com- bien reparaîtraient au village ? Et les mères, et les veuves, et les or- phelins, par quelle merveille de cha- rité lui, si dénûé de toutes choses, pourrait-il soutenir leur misère ? C'était bien une messe des morts qu’il allait célébrer ; il avait revê- tu, en signe de deuil, la chasuble violette, et, dans son trouble, les peux pleins de larmes, il feuilleta lentement le missel à la gauche de l'autel, cherchant d’une main qui tremblait les oraisons, l’épitre et l'évangile du jour. Un coup de vent plus formida- ble fit tressaillir l’église ; la porte s'ouvrit sur la mer et le vieil Vvon- nec, tête nue, tout ruisselant parut au seuil ; d’un grand geste d’épou- vante, sans dire une parole, il si- gnalait à l'extrême horizon, à la rencontre du ciel ténébreux et de la mer blanchissante, trois ou qua- tre points noirs qui montaient, re- tombaient, s’engouffraient tour à tour. N'étaient-ce point les pères, les maris, les fils et les frères qui périssaient là-bas ? Les femmes, entraînant leurs petits, sortirent en toute hâte, comme pour montrer du rivage aux mourants, à lenr der- nière miuute les figures bien-ai- mées. Enogat, dont le père était parti avec les autres, s'enfuit éper- du par la sacristie. L'église de- meura vide, tandis que le vieux recteur, qui n'avait rien vu ni rien entendu, lisait d’une voix brouillée une épitre de Saint Paul aux chré- tiens de Rome. À ce moment, la porte s’ouvrit encore et une petite fille de dix ans, tout en noir, trempée de pluie, sa coiffe de mousseline flottant sur le cou. les cheveux dénouées, se glissa timidement dans l’église. Elle traînait un antique parapluie de laine rouge, aussi haut qu’elle, et marchait chaussée de sabots qu’- elle retira tout aussitôt, par respect pour la maison du Seigneur. A- près avoir appuyé contre la mu- raille son parapluie elle gravit jies deux marches de l’autel de Sainte- Anne, baisa la nappe et y déposa un bouquet de marguerites flétries par la tempête ; elle sortit de sa poche un reste de cierge, plus*petit et plus chétif que son petit doigt, l’alluma gravement et le rangea parmi les autres, puis, sans bruit, pénétra dans la nef obscure et s’a- genouilla sous la chaire, les mains jointes sur le giron, toute pâle, afin d'assister à la messe. Le curé, abandonné par son jeune clerc, avait porté lui-même le missel à la droite de l'autel. Il lisait l’évangile selon Saint-Jean, la guérison de l'enfant mourant de Capharlnaüm. Aux paroles de Jésus : ‘‘Nisi signa et prodigia vi- deritis, non creditis,’’ le vieux prê- tre, peu soucieux du rituel, avait ajouté, se tournant vers le crucifix: ‘‘Encore un miracle, mon Dieu, au nom de votre passion et de votre couronne d’épines, an nom de votre mère !”’ La petite fille entendit et soupira tout bas : ‘‘Ainsi soit-il l’’ Elle n'avait plus ni père ni mère, mais seulement son frère Patrice, un garçon de quinze ans, sa seule fa- mille au monde. Tout à l'heure, elle avait eu une peur si grande de l'Océan, où se débattait Patrice, qu’elle s'était réfugiée dans l'é- glise. Et elle trouvait très conve- nable que, ce jour-là, pour mieux se faire comprendre, le curé parlât de temps en temps français au bon Dieu. Quand il eut achevé de lire l’é- vangile, le curé se tourna vers la nef et dit : ‘Mes enfants, il faut prier pour ceux qui sout au péril de la mer. Récitons ensemble un ‘‘Pater,’’ a- fin que Jésus-Christ prenne en pi- tié les naufragés.’ Et il commença l’oraison : ter noster l’’ Pas une voix ne s’unissait À la sienne. Le vent et la pluie bat- taient toujours les vitraux de l’é- glise. La clameur des flots réson- nait dans l’ombre des voûtes. Il pensa que les femmes étaient tou- jours groupées à l’autel de Sainte- Anne, dans l’encoignure de l’é- glise, cachées par les pilliers, et répéta sur un ton plus fort : ‘‘Pater noster, qui es in coelis !’? Mais, de la chapelle où les petits cierges s’éteignaient l'un après l’antre, aucun écho ne répondit. Le prêtre se demanda si l'ange de la mort n’avait point emporté entre ses bras la paroisse entière. Pour la troisième fois il oria, avec une grande angoisse, dans le dé- sert de son église : ‘‘Pater noster, qui es in coelis, sanctificetur nomen tuum !”’ Alors, du fond de la nuit, la voix de la petite orpheline s’éleva, très pure. ‘‘Adveniat regnum tuum ; voluntas tua sicut in coelo et terra !”’ Et quand elle fut à la fin de la prière, la voix s'éteignit en un ‘(Pa- fiat in sanglot, or LE CATARRHE EST LA MOITIÉ DE NOS MAUX Lettres de Deux Hommes Proéminents. Le Membre du Congrès Irvine Dungan de Jackson, O., Membre Démocrate du Cin- quante-Deuxième Congrès, dans une lettre récente de Washington, D. C., dit: “Je désire me Joindre à tous mes noms breux amis en recommanca:ii votre prés cieux remède, ia Peruna, à cuiconque a besoin d'un tonique fortifiant au prine temps, ou dont le système est <nuisé par des affections catarrhales. La Peruna est une guérison permanente ct cfficace pour le catarrbe et je conseille à tous ceux qui sont affligés de cette maladie d'essayer ce remède remarquable. *’ — Irvine Dungan. Tout le monde est sujet au catarrhe. La Peruna guérit le catarrhe, aigu ou chroni- que, partout où il existe. L'Hon. Thomas Gahan de Chicago, mem- bre du Comité National du Parti Démo- crate, écrit ce qui suit : “J'étais affligé de catarrhe depuis quatorze ans, et quoique j’eusse essayé bien des remè- des et me fusse adressé à plusieurs docteurs, Je pris de la Pe- runa pendant vingt-deux semaines et suis à présent entièrement guéri.’ —Thos. Gahan. Si vous ne dérivez pas de résultats prompts et satisfaisants de l'emploi de la Peruna, écrivez de suite au Dr. Hartman, lui détail- lant votre condition, et ilse fera un plaisir de vous donner gratuitement le bénéfice de je ne pouvais être guéri. ses conseils. Adressez vos lettres : Dr. Hartman, Pre. sident of the Hartman Sanitarium, Colum bus, O, Mais la supplication de l'enfant monta, par délà la tempête, plus haute que le grondement rauque des flots, plus sonore que la plainte sifflante du vent, jusqu'au Père qui TIGNISH, ILE du PRINCE EDOUARD, JEUDI LE 25 DECEMBRE 1902. AE 7“ cit peu à peu et, le soir de ce di- manche, les sept barques, tirées à la corde, d’un bout à l’autre de la jetée, par le recteur, le sonneur et toutes les femmes et tous les en- fants mouillés jusqu'aux os, s’é- chouèrent l’une après l’autre sur la plage de Kermaror. Les mâts é- taient rompus, les voiles déchi- rées, les filets et les poissons per- dus, mais personne, ni vieux, ni jeune, ne manquai: à l'appel. Et le bon Dieu en prenant le large un vendredi. EMILE GEBHART. Save Trouble and Expenses Not necessary to go out of Tignish for your Spectacles and Eye Glasses. 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