” CHAR RTS RES $ Î = F4 LA "TT 22 nn mean Al, ‘ æ, Drak le Farfadet Au siècle dernier, vivait dans la petite ville de Gaillac, en Languedoc, un jeune marchand qui 8 appelait Michel et qui, se trouvant en âge de s'établir cherchait femme, Pourvu qu elle fût douce, spirituelle, riche, jolie et de bonne famille, pea lui importait le reste ; car Mi. chel savait qu’il faut mettre de la modération dans ses désirs. Malheureusement, il ne voyait personne à Gaillac qui lui pa- rût digne de son choix. Tontes les jeunes fiiles y avaient quel- que défaut connu, indépendam ment de ceux qu'on ne connais- sait pas. Enfin on lui parla d'une demoiselle de Lavaur, douée de qualités sans nombre et d’une dot de vingt mille é- cus. Cette dernière somme était précisément celle qu'il fallait à Michel pour s'établir: aussi tomba-t-il sur le champ très a. mourcux 1e la Jeune fille de La- vaur. 11 fut présenté à la famille, qui luitrouva bonne mine et l’accueillit favorablement. Mais la jeune héritière avait plusieurs prétendants entre les- quels elle hésitait : après quel- pourparlers, il fut donc décidé qu'ils se réuniraient tous à une soirée, et, qu'après les avoir comparés, les parents et la jeune fille choisiraient. Au jour convenu, Michél par- tit donc de Gaillac pour La- vaur. 1l avait mis lui-même dans son porte manteau ce qu'il avait de plus galant : un habit vert. pomme, une veste gorge de pi- geon, une culotte de velours noir, des bas de soie à fourchette d'argent, des souliers à boucles, un œil de poudre et un ruban de queue satiné., Son cheval é- tait enharnaché d’une résille à longues franges destinée à chas- ser les mouches, d’une brid: or- des cris de geai. Les lutins entourèrent le vo- Yageur avec mille témoignages d'amitié et mille souhaits de bienvenue. Michel qui avait trop bu pour ue pas être brave, les accueillit en vieilles connaissances, et, vo- yant que tous leurs petits yeux se fixaient sur son nougat, il se mit à le leur égrener comme à des passereaux. Malgré leur grand nombre, Chacun eut sa miette, sauf Drak, qui arriva quand tout é- tait fini. Tambourinet voulut ensuite savoir ce que c'était que l’eau d’Andaye, et le flacon passa de main en main jusqu’au bouffon qui le trouva vide et le jeta. Michel éclata de rire. — J'est justice, mon petit homme, dit-il au farfadet ; pour ceux qui arrivent trop tard, il ne doit rester que le regret. —J’te ferai souvenir de ce que tu viens de dire là! s’écria Drak en colère. —Et comment cela, demanda le voyageur ironiquement : taille à te venger ? Drak disparut sans répondre, et Michel remonta à cheval, a- près avoir pris coagé de Tam- | beurinet. | Iln'avait pas fait cent pas lorsque la celle tourna et l’envo- ya tomber rudement dans la poussière. Il se releva un peu étourdi, reboucla les sangles et enfour- cha de nouveau sa monture. Mais un peu plus loin, comme il passait un petit pont, l'étrier droit fléchit tout-à-coup, et il se trouva. assis au milieu du ruis- sean. : 1l en sortit de fort mauvaise humeur, et fit une troisière chute sur les cailloux du che- | min où il fallait y rester. | Craignant, s’il persistait, de ne pouvoir se préseuter entier à la famille de sa prétendue, il penses-tu, par hasard, être de! née d'un houppe de filoselle, ete 4écida à montér son cheval à d’une selle de cuir de porc. En ru et à prendre la selle sur son outre, le prudent voyageur, n'a- &baule. 11 fit ainsi sontrée à La- yant pas de pistolets à mettre ,aur aux grands éclats de rire dans ses fontes, y giissa Un Pe-|Jes gens qui soupaieut sur leurs tit flacon d’eau-de vie d'Andaye et quelques tranches de nougat aux pistaches, afin de pouvoir au besoin, comme Sosic, pren- dre courage pour les gens qui se battaient ailleurs. En réalité, Michel était si au- xieux de l'épreuve annoncée, qu'il sentait, à chaque instant, son coeur défaillir. Aussi, en apercevant de loin l’église de Lavaur, s’arrêta-l-il tout saisi. 11 ralentit d'abord ie pas de sa monture, puis init pied à terre, et, afin de réfléchir à ce qu'il devait dire pendant la soi- rée d’épreuve, il entra dans un petit bois et s’assit sur le gazon. 1lavait tiré de ses fontes, pour se tenir compagnie, le nou- gat aux pistaches et le flacon qu'il avait placé entre ses ge- noux, de sorte que, sans y pen- ser, il entrecoupait : es réflexions par des gorgées d'eau-de-vie d'Andaye et des bouchées de nougat. Ces distractious finirent par le ranimer et lui donuer confiance. 1len arriva à se reconnaiire une somme de grâces, d'esprit et de vertes qui assurait infail- liblement sa victoire; et, comme le soleil avait disparn de lhori- zob, il allait se lsver pour con tinuer sa route, lorsqu'un bruit se fit entendre derrière lui dans les feuilles... c'était comme une multitude de pitits pas qui frappaient l'herbe en cadence au son du galoubet et des cym-| balettes....… —Michel étonné se retourna, et, à la lueur des premières € toiles, il aperçut une troupe de Fossilières qui accouraient con- duits par leur roi Tambourinet. Le bouffon de ce peuple nain, le farfadet Drak, venait derrière U en falsaat ia roue et pou:sinl (1 portes. —kRiez, riez, doubles sots ! murmurait Michel ; ne voilà-t il pas, en effet, une grande mer- veille qu'un homme porte sa selle quand elle ne veut pas le porter ? Enfin il atteignit l’auberge où il mit pied à terre et demanda ‘lune chambre pour quitter ses habits de voyage. Sa valise fut ouveïte avec précaution, et toutes les pièces de sa jioilette furent étaiées sur le lit par or- dre d'importance. Songeant d’abord à sa coif fure, il mit en délibération s'il se peudrerait à blond ou à fri- mas. Cette dernière manière lui ayant paru plus tendre, ii saisit la houppe de duvet de cygne et commença l'opération du côté droit : mais au moment de finir, il s'aperçut qu'une main Iinvisi- ble poudrait à blond l’autre cô-. té, si bien que sa tête, mi-partie jaune et blanche, avait l’appa. rence d’un citron à inoitié écor- cé ! Michel stupéfait se hâta de tout mêler avec le peigne, et, se trouvant trop pressé pour cher- eher à comprendre [ce qui lui demandait toujours du loisir), 1l étendit la main vers la bobine qu'enroulait le ruban de satin destiné à sa queue. La bobine échappa à ses doigts et tomba à terre. Michel courui pour Ja re- prendre, elle semblait fuir de- vant lui. Vingt fois il fut près de la saisir, et vingt fois ses mains impatientes la manquèrent. On eût dit un jeune chat jouant a- v2c un osselet. Enfin il perdit patience, et, voyant que la soirée avançait, il se résigna à garder son vieux s ban et £&e hâta de pivudre Bts ichaussures de maroquin. 1l boucla d’abord ie soulier droit, puis le soulier £auche, et son rezar(), arrêté sur ce dernier, admirait l'élégance d’un pied qui ne sentait nullement sa ro- qu'aussitôt : — Eh bien, reprit-il avec réso- lution, j'irai au bal en habit de voyage !.… —Ecoute, interrompit le far- fadet. Un tintement venait de reten- trre, quand il s'aperçut que la boucle du premier soulier pen- dait jusqu’à terre. 11 s’accupa de la mieux arrê ter. Dans l'intervalle, celle du se- cond soulier s'était défaite. Michel l'eut à peine remise en état, que l’autre réclama de nouveau ses s0Ins… 1l persista ainsi une heure en- tière, sans pouvoir arriver ja- mais à être chaussé des deux pieds. Furieux, il remit ses escarpins de voyage pour en finir. Et il voulut prendre sa cu- lotte de velours. Mais, cette fois, ce fut bien une autre ha Lt Au moment où il s’approchait du lit, la culotte, s'élançant elle-même à terre, se mit à par- courir la chambre avec mille gambades provocantes. Michel pétrifié, resta la bou- che ouverte et les bras tendu, contemplant d'un regard effaré cette danse incongrue… Mais je vous laisse à penser ce qu'il devint lorsqu'il vit la veste, l’habit et le chapeau re- joindre la culotte, prendre leurs places respectives, et former une sorte de contrefaçon de lui-mé- me qui commença à se promener en parodiant ses aititudes. Pâle d’épouvante, il recula jusqu’à la fenêtre. Mais dans ce moment l’appa- rence miquelesque s'étant re- tournée vers lui, il aperçut sous le chapeau à trois cornes.…..la fi-| gure grimaçan‘e de Drak qui lui faisant la nuque. Michel poussa un cri. —Ah ! méchant averton, c’est donc toi ! s’écria-t-il ; sur mon âme, je te ferai repentir de ton insolence, si tu ne me rends à l'instant mes habits. À ces mots, il s’élança pour les reprendre ; mais Drak fit volte-face et se trouva à l’autre bout de la chambre. Le jeune homme, que dépit et l’impatience mettaient hors de lui, se précipita de nouveau vers le farfadet, qui, cette fois, lui passa entre les jambes et s’é- lança dans l'escalier. Michel l'y poursuivit avec rage ; il grimpa à la suite les quatre étages, arriva au grenier où Drak ie fit tourner comme | un cheval de manège, jusqu’à | ce qu'il ini vint fantasie de s'é- chapper par une lucarne. Michel exaspéré prit le même | chemin. Le malicieux farfadet le pro- aena de toit en toit, trainant la culotte de velours, la veste et l'habit dans toutes les gouttières au grand désespoir de Michel. | Enfin après une pérégrina- de plusieurs heures à travers ces Pyrenées des chats et des hi- rendelles, Drak gagna une haute | cheminée au pied de laquel.e son adversaire fut forcé de s’ar- rêter. ilse pencha alors vers le! jeune homme haletant et décou- rasé : Tu le vois, bel ami, dit-ilen riant, tu m'as forcé de gâter ton! costume de bal sur la mousse! des toits ; mais heureusement que je vois ici-dessons la chau- dière d’une blanchissense qui remettra le tout en état. À ces mots, Drak agita la cu- culotte de velours au-dessus du: {uyau de la cheminée. — Que fais-tu, drôle ? s'écria | Michel. —J'envoie ton costume à la! lessive ! dit le farfadet. Et la veste, l'habit, le cha-| peau, suivirent la culotte dans) le gouffre fameux. Je jeune galant s’assit sur le toit avec un gémissement de de. | |sespoir ; mais, se relevant pres- | tir dans le clocher le plus voi- sin … Minuit sonnait.… Michel compta les coups et ne put retenir un cri ? C'était l'heure désignée par les Parents pour faire connaître, parmi les prétendants qui se se- raient présentés, celui que la jeune fille choïsissait. Michel joignit les mains avec désespoir. —Malheureux que je suis ! sécria-t-il ; quand j'arriverais maintenant, tout serait fini.….et tout le monde encore se moque- rait de moi ! —Et ce serait justice, mon gros hemme, répliqua Drak a- vec un ricanement aigu, car tu l’as dit toi-même : à ceux qui arrivent trop tard il ne doit res- ter que le regret. Ceci te servira de leçon, j'espère, et t'empêchera une autre fois, de railler les faibies ; Car tu sauras désormais que les plus petits sont de taille à se venger. ANTED-TRUSTWORTHY AND active gentlemen or ladies to travel for responsible, esta- blished house in Prince County. 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