1.1343 SQÈNEALANCE: arivèrent au Québec après 1765. Cette année-là, le 1"r mars, le général Murray offrit des terres aux immigrants, car il fallait absolument combler les vides de la population décimée par la guerre, occuper les terres abandonnées et en ouvrir d’autres pour relancer l'écono- mie du pays. Les Acadiens prisonniers en Nouvelle-Angleterre, des qu’ils su- rent la nouvelle, s’empressèrent de ré- pondre “a cette offre. Le gouverneur du Massachusetts appuie leur requête car, en fin de compte, le Canada fait main— tenant partie du même empire britan— nique: ces gens ne grossiront pas les effectifs d'un pays ennemi et leur dé— part soulagera les finances de l’État. Le général Murray a dû retourner à Londres après le 28 avril 1766 pour ne plus revenir. Il fut remplacé par Guy Carleton. La politique ira s’élargissant pour les Acadiens du Québec et ils y viendront de plus en plus nombreux, plutôt que d’aller en Nouvelle-Écosse (comprenant le Nouveau-Brunswick actuel) où ils sont encore mal vus. La date de 1766 est donc à retenir. Elle marque un point tournant dans l’histoi— re des Acadiens au Québec: c’est la date du début de leur existence offi- cielle et légale, peut-on dire. Plusieurs facteurs expliquent l’ouverture du u Con— seil de Sa Majesté » à Québec, en 1766, à l’égard des Acadiens de la Nouvelle— Angleterre, comme nous l’avons déjà vu. ll y en a un autre. L’agitation pour l'in- dépendance commençait à se faire sen- tir en Nouvelle-Angleterre après l’impo— sition de la Loi du timbre (au début de 1765) et cette agitation inspirait des craintes à Londres. Les Canadiens et les Acadiens, par ailleurs, restaient soumis: Londres était donc davantage intéressé à les garder de son côté?1 Les Acadiens « déportés n en Nou— velle—Angleterre, de leur côté, veulent a tout prix quitter ce pays et le plus tôt possible. lls y sont prisonniers, maltrai— tés et détestes a cause de leur religion. On les appelle les « papistes Ce sont des « rebelles » qui conspirent contre la sécurité de l’État. lls quittent donc les Yankees par tous les moyens possibles, a pied ou en bateau. Comme leurs terres sont prises en Nouvelle—Écosse 1 I755 J763 -——: où on ne désire pas du tout les revoir, il est tout naturel qu’ils se dirigent en grand nombre vers le Québec. C'est ce qu'ils ont fait au nombre d'environ 2 000, si bien qu'en 1772 presque tous les Acadiens avaient déjà quitté le sol de la Nouvelle-Angleterre? 1773 : Le Canada cherche l’appui des Acadiens Bientôt les relations se sont gâtées entre les Yankees et Londres. En 1773, les Bostonnais jettent à la mer une car— gaison de thé en provenance d'Angle- terre. Le 23 octobre 1774, un premier congrès a Philadelphie adresse a Lon- dres des revendications sévères et, en 1775, c’est l'état de guerre entre les deux continents: les colonies américaines envahissent notre colonie anglaise, le Canada. À la fin de 1775, tout le Cana— da est tombé aux mains des Yankees, sauf la citadelle de Québec qui résiste encorel‘. Les Acadiens aurait pu, à ce moment—là, passer du côté américain, contre les Anglais. Ils ne le firent pas. D'ailleurs ils avaient été maltraités a la fois par les Yankees et par les Anglais. Ironie du sort: les Acadiens qu’on ap- pelait « rebelles », vingt ans auparavant, étaient maintenant les loyaux de Sa Majesté, tandis que les loyaux Boston— nais d’il y a vingt ans, étaient devenus de farouches rebelles de Sa Majesté. Tous les Acadiens du Québec ne se rangèrent pas nécessairement sous les drapeaux anglais, pas plus d'ailleurs que les Britanniques de Québec. On dut même éloigner quelques-uns de ceux—ci“. Mais les Acadiens n'aiderent pas l'agresseur. Leur solidarité avec le Canada favorisa la victoire des Anglais. Montgomery fut vaincu et tué a Qué- bec. Après cette victoire, les Acadiens furent mieux vus des Anglais au Québec. Distribués dans les paroisses aux quatre coins du Québec, ils se sen— tirent davantage chez eux. Presque tous ceux qui s'y établirent d’ailleurs y demeurèrent. Ils ne songèrent plus, en général, à retourner en Acadie.25 Mais les Acadiens de la Gaspésie étaient toujours les moins favorisés. lls n’avaient encore aucune terre en titre PAGE 19 et voilà qu’en 1774, des frères déportés, revenant d’Europe pour les rejoindre, se voient refusés a Bonaventure, à moins qu’ils ne versent une caution de 500 sterling u conformément aux ins— tructions du gouvernement au sujet de ces colons ». Finalement le « Conseil n de Québec décide qu’ils peuvent débar— quer mais toujours a la condition qu’à partir de 16 ans inclusivement ils pré— tent le serment de fidélité a Sa Majesté Tout comme les Acadiens de la Gas- pésie, ceux des îles de la Madeleine ont eu un sort tourmenté. Les premiers à s’établir dans les îles venaient de l’île Saint-Jean (Île-du—Prince—Édouard). lls arrivèrent avec le colonel Richard Cridley vers 1765. Celui-ci avait reçu de Londres la concession des îles de la Madeleine en récompense de ses services: il devait y faire un commerce de pêcherie très lucratif. Plus tard, en 1792, 250 Acadiens vinrent s’ajouter aux employés de Gridley, doublant ainsi la population des îles de la Madeleine. Ces derniers arrivaient de Miquelon avec l’abbé Jean—Baptiste Alain pour se soustraire aux méfaits de la Révolution française et échapper à un assaut im- minent des Anglais. M. l’abbé Alain, qui connaissait bien les Acadiens des îles de la Madeleine pour y être déjà venu, organisa aussitôt la paroisse de Havre- Aubert. C’est alors, en 1793, que com- mença vraiment le peuplement des îles de la Madeleine. Maintenant on y compte sept paroisses. Mais plusieurs Acadiens des îles de la Madeleine eurent a s'expatrier parce qu’ils ne pouvaient posséder leur terre et avaient à souffrir l'exploitation étran— gère. Ceux qui restèrent furent long— temps sous le joug des seigneurs Coffin. Les noms des principales familles des îles de la Madeleine sont mentionnés dans les premiers registres de Havre- Aubert: Bourque, Boudreau, Vigneau, Thériault, Arseneau, Bonerie, Deveau, Giasson, Etchevarie, Cormier, Poirier, Rich'ard, Hébert, Grenier, Briand, Tur— bide, Sire, Bourgeois, Lapierre. Godet, Gallant, LeBorgne. .. Voila donc un aperçu très rapide des paroisses acadiennes du Québec au siècle du « Grand Dérangement >>. 21. F.—X. Garneau, I‘Iislnin' rlu Canada, vol 6, op. cit, p. 1m. Thomas Chapais, Cours d'histoire du Canada, tome l, op. cit, p. 01. 22. Pascal Poirier, Des Acmiiuns... op. cit, p. l7'l—l77. 23. L'abbé H. R. Casgrain, n Les Acadiens après leur dispersion, -- L41revuemnmlh‘nnc, août 1887, Montréal, p. 463. 24. Denis Vaugeois et Jacques Lacoursiùre, Cmmlu-Qm‘lwr, Montréal, 1969, p. 227-229. 25. R. Bellemare, Les bases du l’histoire... op. cit, p. l82. L. U. Fontaine, Voyage (1H Siuurdc Divrnillu (171 “un Amdic... Québec, 1885, édit. A. Côté. p. l29. W