L'IMPFARTIAL, JEUDI LE 20 OCTOBRE, 1898 Pour les Enfants LE BERCEAU DE CLAUDINE Jacques Kervarin et Suzanne Boldec s'étaient mariés par une belle matinée de printemps, a! lors que les ajoncs de Bretagne cachent leurs épines sous les fleurs d'or, et ces autres fleurs d'or qu'on appelle la jeunesse, la santé et la force faisaient pa- raître la vie si belle aux nou- voaux époux, qu'en les eût bien étonnés en leur disant qu'elle avait des épines. Peut-être eût- il été plus sage à eux de conti nuer à Cacher leur bonheur dans leur village natal, mais l'ambition qui n'est pas tou- jours sœur de la sagesse, leur donna de mauvais conseils. Jac. ques était serrurier, etil tra- vaillait tout le jour, mais il ne gagnait presque rien ; Car dans ce petit pays la main-d'oeuvre était payée à un prix dérisoire : les deux jeunes gens arrivaient à vivre honorablement, mais ja- mais il ne pourraient faire d'’é- conomies : la famille venait cependant, is avaient une J2- lie petite fille à l'avenir de la: quelle il était bon de songer. On offrit à Jacques d'entrer dans une usine de grande ville ; presque sans hésiter et d'accord avec Suzanne, ji) accepta ; ils étaient tous deux tentés par un salaire qui leur sembiait super- be, et pleins d'espoir ils quittè- rent lear village, emportant dans leurs bras la petite Clau- dine. Au début, les choses marchè- rent bion : Jacques rapportait fidèlement à sa femme tout ce qu'il gagnait ; Suzanne était économe et bonne ménagère ; Jeur petit itérieur, très propre, respirait l’aisance, avec ses soli- des m ubles de chêne, de bons meubles bretons qui avaient fait l'admiration des voisins lors de jeur emménagement. Uue dame qui habitait au premier étage avait même fait demander si on ne voudrait pas lui vendre l'armoire mais ils a- vaient refusé. Mais au bout de quelques mois, ils durent s’avouer qu'ils ne faisaient pas plus d’écono- mies qu’au village. Si la paye était plus forte, par contre les dépenses avaient doublé, Su- zanne était effrayée du prix des denrées ; les autres dépensenses étaient à l'avenant ; leur loyer, quoique modeste, était cher pour leur bourse ; au pays, à- vec moins de ressources, ils é- taient plus riches vraiment ! Les embarras d'argent amè- nent souvent des troubles dans les meilleurs ménages : Suzaune avait beau se plaindre très dou- cement. Jacques y voyait un re- gret d’être venus à la ville, et son caractère s’aigrissait. D'un autre côté, à l'usine, il subissait l'influence de camarades qui trouvaient la paye insuffisante et étaient toujours en révolte contre le patron. 1] J2s avait d’abord écontés avee un pen d’étonnement et avec indiffé- rence : sen esprit honnête lui disait qu'il n'avait aucunement lieu de se plaindre puisqu'on lai payait le salaire qui avait été convenu ; mais petit à petit, il s'était laissé gagner par les doctrines malsaines, il s'était aseocié avec quelques compa- guons exaltés qui formaient ce qu'ils appelaient un club. Dans ce elub on criait, on buvait, on jouait, en un mot, sous prétexte de discuter les mvoyens d'’obte- nir une augmentation de paye, on dépensait l'argent dela fa- mille. Jacques, après ces réu- nions, rentrait sombre, agité, mécontent, avec une fige que Suzanne ne lui connaissait pas autrefois ;: il l’embrassait du bout des lèvres, et si Claudine faisait du bruit, illa grondait et disait que les enfants étaient vraiment insupportables ! Su- zanne en était froissée au coeur ; ( elle avait souvent reconnu avec Jacques que si tous les enfants ne sont pas charmants, leur Claudine ne ressemblait con rien aux petites personnes de son âge étque tout l'avantage était en sa faveur ! Jacques était changé, et Su- zganne pleurait. Un soir, il rentra avec cette figure que Suzanne n'aimait pas ; ii était suivi par la loca- taire du premier étage, et au regard étonné de sa femme, il répondit qu'il venait de ven- dre leur armoire bretonne. Puis, sans s'inquiéter de Suzanne qui était devenue toute pâle, il con- duisit l’étrangère à i'armoire qu'il n'avait d’ailleurs nul be- soin de vanter, l’acheteuse pa- raissait forte satisfaite de son acquisition faite évidemment dans des conditions avantageu- ses. Elle convint du moment où l’on pouvait venir la prendre le lendemain, puis elle partit, non sans avoir, avec des airs de commissaire-priseur, passé l’ins- pection des meubles qui res- taient. Quand ils furent seuls, Su- zanne, quine pouvait plus se contenir, éclata en sanglots : mais à tous ses reproches. Jac- ques 1épondit qu'il avait be- soin d'argent et qu'ayant trou- vé un moyen de s’en procurer il eût été bien sot à lui de ne pas en profiter ; il savait par la con- clerge que la dame du premier étage avait eu envie de l’ar- moire, et il la lui avait fait pro- poser. Elle payait un bon prix, et cela les remettrait un peu à flot, D'ailleurs ii ve reconnais- sait pas à Suzanne le droit de lui faire des remontrances il é- tait le maître de faire ce qu'il voulait. Il était le maître en eftet, mais il aurait beaucoup mieux fait de ne ‘pas tant parler de son autorité et de n’en faire usa- ge que pour donver à sa femme la paix et la joie. L'argent touché peur l’armoi- re fut vite dépensé par Jac- ques ; il disparut au club, com me celui de la paye, et à Ja maison la misère augmenta. Suzanne devenait de plus en plus triste, et pourtant elle ne se décourageait pas entièrement. Sur la petite tête de Claudine elle avait mis tout son espoir. Sans doute le père n'était plus pout !a petite aussi tendre que par le passé. Depuis: qu'il se sentait coupable il nere re. cherchait plus comme aupara- vant les caresses de son enfant ; mais il semblait à Suzanne qu'il ne s’y déroberait vas tou- jours, et quand la petite lui donnait un buiser qu'elie trou- vait si doux, telle peusait qu’un jour, que bientôt pent-être, Jacques éprouverait le besoin d'être embrassé de même, et de sentir autour de son cou ces petits bras qui appellent la protection... et qui protègent aussi. Elle se disait que puisque Claudine était à eux deux, elle ne serait pas toujours seule à ressentir la jois de ces caresses enfantiues ; aussi éprouva-t-e;le un chagrin plus v'olent que ceux qu'elle 2- vait jusque-là ressentis, quand uu jour, au moment où il repar- tait ponr l'usine après le repas de midi, il lui dit d'un ton qu’il s’efforçait en en vain de rendre dégagé : “Ah ! tu sais, la dame du pre- mier, celle qui nous a acheté] l'armoire. elle avait remarqué le berceau de chêne de la petite, il parait qu'il est beau, très] bien fouillé ; propre à lui faire une jardinière pour mettre des fleurs, elle m'a demandé si je ne voulais pas le Jui vendre.” | Suzanue resta un moment at-| terrée : “Oh ! comment elle a songer à acheter le berceau de Clau dine. Pauvre femme! e'le n'a sans doute pe5 d'enfants pour mt em Weak Kidneys. Always Cured by Doan's Kidney Pills. Mr. I. Patterson, Croft St., Am- herst, N.S., makes the following statement: ‘Having been trou- bled for some time with distress- ing backaches and weak kidneys, I decided to try Doan’s Kidney Pills. They acted promptly and effectively in removing the trouble with which I was afficted, and re- stored me to my old-time form. It is a pleasure for me to recommend them to others.” Doan’s Kidney Pills are the most effective remedy in the world for Bright’s Disease, Diabetes, Dropsy, Backache, Gravel, Sediment in the Urine, and all kinds of Kidney and Urinary Troubles. Price soc. a box or 3 boxes for $1.25. The Doan Kidney Pill Co., Toronto, Ont. Remember the name, ‘‘Doan’s,” and refuse all others. ignorer combien l’on tient à ces petits lits”. Et frappée de l'air embarras- sé de Jacques, inquiète comme elle ne l'avait jamais été, elle se rapprocha de lui et trem- blante : “Mais, toi, Jacques, tu as re- fusé. n'est-ce pas ? tu t'es souve- nu qu'un jour, il y avait tout juste une année que nous étiors mariés, je t'ai dit: “1l est temps de préparer le berceau de notre enfant.” Tu m'as répondu: “Allons le chercher aujourd’hui même”, et tu m'as conduite chez Leroy, l’ébéniste qui fait de si beaux meubles. À la porte, je t’ai arrêté et je t’ai dit : ‘‘Le- roy ne travaille que sur com- mande, et nous n’avons plus le temps d'attendre qu'il ait fait un berceau”. Mais tu t'étais dé- jà entendu avec lui, et la chère petite conchette était prête. Je t'aimais déjà bien. Jacques, mais pour ton idée, je t'ai aimé encore davantage. Tu as appor- té toi-même le berceau, et quand tu l’as déposé dans notre chambre, à ia peusée que bien- tôt notre enfant y serait couché j'ai pleuré et... toi aussi.” Jacques se détourna, troublé malgré lui; mais il repondit d’un ton rogue : “Tu fais toujours du senti. ment, c'est bon pour les riches ; mais à quoi cela avancera:t il Claudine d’avoir un beau ber- ceav et pas de pain à manger ? On m'en a offert une bonne somme et j'ai dit oui, voilà, et on viendra le chercher tantôt.” 11 était presque aussi pâle que Suzanne et il sortit sans la regarder. Dans la rue, il croisa une ne- tite mendiante qui lui tendit -la main en disant : “Je n’a pius de pain.” Cette enfant était brune, et Claudine était blonde ; il lui semhla cependant qu’elle rap: pelsait sa fille, et que c'était Claudine qui mendiait ; seule ment au lieu de dire : “Je n'ai plus de pain,” elle disait : “Je n'ai »lue de berceau.” 11 porta la main à son gousset : l'or qu’- on lui avait doané pour le ber- ceau était intact ; il lui répugna d'y toucher même pour une au- môue, et il donna à l’enfant un gros sou. Il passa nne journée obsédante : tout le tempsil fut poursuivi par une pelite voix qui disait : “Je n’ai plus de ber- ceau.” À Ja sortie de l'usine, il se dirigea vers la campagne, et marcha longtemps au hasard; il retardait le plus possible le mo- ment de se retrouver devant Suzanne et cependant il ne se sentait pas disposé à rejoindre ses camarades habituels. 11 fai- sait nuit quand ii se décida à rentrer ;il monta lourdement l'escalier, et s'arrêta à sa porte. La voix de Claudine lui arri- vait : “Où vais-je coucher alers, mawan ? demandait l'enfant. —Dans mes bras, répondit Suzanne d’une voix trempée de, larmes. — Mais tu seras fatiguée. Pour te reposer, papa me prendra t-il aussi dans les siens ? Haletant il écouta la réponse; mais il! n'entendit rien. Ce si- lence le glaça ; il comprit que Suzanne ne voulait pas promet- de son père. Le berceau de l’eu fant c'est comme l'enlacement| des bras du père et de la mère.| Puisque le père avait vendu le | berceau de r’enfant c'est comme s’il avait retiré ses bras. De grosses gouttes de sueur perlè- rent au front de Jacques. 1l sentait qu'il avait perdu ses droits à l'affection de sa ‘femme, au respect de son en- SU : ON Une pensée lui était venue ; comme un fou il descendit l'es- calier, se fit introduire chez la lame du premier, et lui teadant l'or qu’elle lui avait donné le matin, il redemanda le berceau comme un mendiant. Et son é motion donnait une telle élo quence aux raisons qu'ii allé- gua, qu'il eût fallu manquer de cœur pour repousser sa deman- de. Aussi fet-elle écoutée ; et il remonta chargé dun petit lit; 1l ouvrit la porte et doucemeut le posa à terre. Suzanne ne se dé- tourna pas ; elle berçait sur ses \genoux Claudine qui s'était en- dormie. 1l s‘approcha d‘elle, et d'une voix enrouée ; “Suzanne, Jui dit- S tu vas ste fatiguer, mets la petite dans son berceau.” Elle se leva toute droite et le foudroya d'un regard qu'il ne lui avait jamais vu, 1n regard farouche d'eiseau blessé : la douleur la laissait muette, rési- gnée : mais l’iro.ie ! oh! c'était trop ! Mais il jui moatra le ber- veau, et murmura : “J'ai été le rechercher, cela a éte plus fort que moi, ce que tu m'as dit m'a fait réfléchir et à moi aussi cela faisait trop de peine..." Eile poussa un cri de joie profonde ; ce n’était pas seule- meut le berceau qu’elle retrou- vait, c'était le cœur de Jacques! c'était le bonheur ! Ensemble ils conchèrent la petite ; elle se réveiïlla an mo- ment où son père la déposait lu-même dans le berceau retrouvé. “Tiens ! mon berceau! s’écria telle, e- papa ! et maman !‘* Elle jeta ses petits. bras au- | tour du cou de son père et del sa mère, tous deux penché sur ie puis elle se rendormit ; mais eux deux, que cette caresse rapprochait, restèrent inclinés | sur sa tête, et là, (cut bas: | “Suzanne, d't Jacques, si tu! veux, nous retournerons au | Pays, et nous oublierons ces! quelques :nois comme on oublie! un mauvais rêve." Et comme si ce désir eût été le sien, comme si cette demande de Jacques assurait sa sécurité à venir, Suzanne répondit : “Oh ! oui ! oni ! partons“. JULIE BORIUS ils la LE MENTHOL Sciatique Pleuresie ÉDeL f Les Points ASTÉ N | Contre le RHUMATISME, EVra gie Chaque Plaster est dans une Rhuma- lée ; prix 25cts,—en rou- leaux d’une verge de long | Malde Dos Daris & Lawrence Co., Ld., FABRICANTS, MONTREAL. rs Re RE M tes msmenimer _ | aftereatinga hearty meal, and the result is à chronic case of Indiges- | Dyspepsia, or a bilious attack. | RIPANS TABULES| Stomach, Liver and Bowels, Purify the Blood, and are a Pesitive Cure for Crampes LE MEILLEUR REMEDE boite Ge ferblanc émail- tisme £1 le rouleau. GE pe Er Le QE —— eg tion, Sour Stomach, Heartburn, Promote Digestion, Regulate the Constipation, Sicx Headache, Bil- iousness, and all other Diseases arising from à disordered condition of the Liver and | | Stomach. They act ge nély yet prompt tly, and | perfect digestion follows their use. Ripans Tabuies take the place of an Entire |} Irdicine Chest, and!; ue be pepe for us& æ very family. | Frice, 50 € Conte : s a box. 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