+. 5 Evangeline. ——_—_—_—…— DEUXIEME PARTIE a IL (Suite) Et, une fois vos maisons cons- truites et vos champs couverts de moissons jaunissantes, il n'y a pas de roi George d'Angleterre pour vous chasser loin de vos foyers, pour brûler vos habitations et vos granges, pour piller vos fermes et dérober vos troupeaux. En di- sant ces mots, il exhalait de ses na- rines gunflées un souffle de colère, et sa large main charnue s’abattit en tonnant sur la table. Tous ses hôtes tressaillirent, et le père Féli- cien, abasourdi, s'arrêta subie- ment avec une pincée de tabac à mi-chemin de sor nez. nête Basile reprit, Mais l’hon- et ses paroies furent plus douces et plus gaies : ‘Seulement prenez garde à la fiè- vre, mes amis, prenez-y bien garde car celle-ci ne ressemble pas à celle de notre froid climat d'Acadie, que l'on guérit en portant au cou une arraignée enfermée dans une co: quille de noix. ”’ Cependant on entendit au dehors des voix, et des bruits de pas qui approchaient, résonnèrent sur les escaliers et sur le parquet de la fraîche véranda. C'étaient les créo- les voisins et les petits planteurs acadiens qui avaient convoqués à la maison de Basile le pâtre. Cette société joyeuse se composait d’an- ciens camaradés ou voisins. L'ami pressait l’ami dans ses bras, et ceux qui auparavant étaient étran- gers l’un à l’autre, réunis dans l'exil, devenaient subitement amis attirés par ce doux lien d’une pa- trie commune. Mais, de la salle voisine, un air de musique prove- nant des cordes sonores du violcr mélodieux de Michel interrompit toutes les conversations. Et, com- me des enfants au jeu, oubliant tout le reste, il s’abandonnèrent à l'enivrant tourbillon d’une danse échevelée, qui, au son de la musi- que, passait et tournait comme un songe, avec des yeux rayonnants et à grand froufrou d’'habits flot- tants. Cependant, en aparté au haut de la salle, le prêtre et le pâtre étaient assis, conversant ensemble du pas- sé, du présent et de l’avenir. Evan- géline restait là, debout et comme fascinée ; car les vieux souvenirs se réveillaient en elle, et au milieu de la musique, elle entendait le voix bruyante de la mer. Une invincible tristesse s’empara de son cœur. Alors, sans être vue, elle se glissa furtivement dans ke jar-e din. Lanuit était belle, la lune se levait derrière le sombre rem- part de la forêt dont ell: argen- tait les cimes. Sur la rivière tom- bait ça et là, à travers les bran- ches, un de ses rayons tremblants. comme les douces pensées d'amour sur un esprit sombre et égaré. Près d'elle et tout à l’entour les fleurs variées du jardin répan daient leurs âmes en parfum, c'était leur prière et leur confession à la nuit, qui poursuivait sa route com- me un sileneieux chartreux. Plus pa:fumé qu'elles, et non moins ap- pesanti par les ombres et par le brouillard, se penchait le coeur de de la jeune fille. Le calme et la magique lumière de la lune semblaient inonder son âme de désirs indéfinissables, pen- dant que, franchissait la barrière du jardin. elle passait sous l’épais ombrage des chênes, ie long du sentir, et gagnait la Tisière de la prairie sans limité. Le silence pla- nait sur la plaine couverte d’un brouillard argenté, et d’innombra- _ bles légions de lucioles y brillaient et y flottaient confusément. Au- dessus d’elle, les étoiles, ces pen- sées de Dieu dans le ciel, brillaient Sur ja tête de l’homme qui avait cessé d'admirer et d’adorer, sinon lorsqu'une comète flamboyante ap- paraissait sur les murs de ce tem- ple, comme une main qui serait ve- nue écrire ce mot : Pharès ! L'âme de la jeune fille errait solitaire au milieu des étoiles et des lucioles et PP Nositninentios elle s'écriait : ‘‘Gabriel, Ô mon! {bien-aimé ? fant-il que tu sois si près de moi et que je ne puisse te voir ! Faut-il que tu sois si près de moi et que ta voix ne puisse Parvenir jusqu’à mes oreilles ! Ah | que de fois tes pieds ont foulé ce! sentier qui conduit à la prairie !| que de foistes yeux ont contem- plé ces forêts qui m’entourent ! Que de fois, sous ce chêne, revenant | de ton travail, tu t'es couché pour dormir et pour rêver de moi dans | ton sommeil ! Quand donc ces yeux té verront-ils ? et quand ces bras t'enlaceront-ils ?'’ Soudain, tout près d'elle, la note de l’engou- levent résonna tout haut comme une flûte dansla forêt ; puis, à travers les fourrés voisins, elle s’é- loigna par degrés et se perdit dans le silence. ‘‘Patience ! murmurè- rent les chênes du fond de leurs cavernes ténébreuses et pleines d'oracles,”’ et des prairies éclairées par la lune un soupir répondit : ‘‘Demain ’’! | Le lendemain, le soleil se leva | radieux ; toutes les fleurs du jar- din baignèrent de lenrs larmes ses | pieds lumineux, et parfumèrent ses | tresses d'or du baume déliéieux qu’elles portaient dans leurs coupes de cristal. | ‘‘Au revoir, disait le prêtre, de-| bout sur le seuil ombreux : tâchez | de nous ramener l'enfant prodigue, | qui jeûne et qui a faim, et aussi la vierge folle, qui dormait lorsque! l'époux venait.’’ | ‘Au revoir’ répondit la jeune| fille, et, souriante, elle ui | avec Basile vers les bords’ de la ri-| vière, où déjà les bateliers atten- | daient, attendaient, Aussi, com-| mençant le voyage avecle matin, ! avec le soleil et avec la joie, ls | suivirent rapidement les traces de | celui qui courait devant eux, pous- | sé par le souffle du destin, comme | une féuille morte à travers le dé-| sert. | | | Ni ce jour, ni le lendemain, ni le jour après, ils trouvèrent de tra-| ce de sa course, nisur les lacs, ni | dans les forêts, ni sur les rivières. | Bien des jours se passèrent encore | et ils ne le trouvèrent pas davanta-| ge ; de vagues et incertaines ru- | meurs étaient leurs seuls guides à travers une contrée sauvage et dé-| solée. A la fin, fatigués et haras- | sés, ils descendirent dans la petite | auberge de la ville espagnole d’A- | daye, etils apprirent là, de leur | hôtelier bavard, que la veille Ga-| briel avait quitté l'endroit avec] des chevaux, des guides et des | compagnons, et qu'ils avaient pris| la route des prairies. | — IV Bien loin dans l'ouest s'étend un pays désert, où les montagnes dressent leurs cimes altières et Iu- mineuses au milieu de neiges per- pétuelles. Au bas de leurs ravi- ues profondes et dentelées, dont la gorge semblable à une grande por| te, ouvre un passage aux roues du | chariot de l’émigrant, l'Orégon| coule à l’ouest, avec le Wallçway etl'Owyhée. A l'est, le Nebraska | serpente rapidement entre les mon- tagnes de la Rivière-au-Vent, et bondit à travers la vallée de l’Eau- Douce. Au sud, torrents descendent de la Fontai- ue-qui-bout et des sierras gnoles, mêlés de sables et de quar- | | d'innombrables espa- tiers de rocet ‘fouettés par les vents du désert ; ils s'acheminent à graud bruit vers l'Océan avec des vibrations puissantes et solennelles comire celles des grandes cordes d’une harpe. Entre ces fleuves se déployent les belles et magnifiques prairies, avec leurs grandes vagues ondoy- antes et leurs jeux d'ombre et de lumière, avec leurs opulents mas- sifs de roses et d'amorphas pour- prés. Là errent des troupeaux de buffles, d'élans et de chevreuils. Là errent les Icups etles bandes de chevaux sauvages, et avec eux les incendies qui dévorent et qui con- sument, et les ventsqui sont fati- gués de voyager. Là erient les tribus dispersées des enfants d’Is- mail, teignant de sang le désert. (à continuer) CR D mm mm tt te RE cv Dee pe SRE arme OR, 1 PSE ARS TN TS CR On a i j à j @e L | Nous reproduisons aujourd'hui un artici. qui at 2 lt RE TE TEE CR TS IE ET PE Te ‘ om CRRRE MALE OS rene APR RE EE - LIN ET a paru sur ‘* La Presse ” de Montréal, a propos d’une guérison miraculeuse obte- nue par l'effet des ‘‘ Pilules Rouges.” et en ce faisant, nous croyons rencr2 un j grand service à nos jectrices qui gour- raient souffrir comme Melle. Sauvé, et |} qui veulent se guérir. Nous attestons |} de la véracité de ce qui suit, parceque |\ le reporter de ‘‘ La Presse ”’ à intervicryé lui-même llelle Sauvé, et nous reprocui- sons fidèlement ce que ficille Sauvé lui a dit: ‘6 J'éprouve, monsieur, ‘ beaucoup- de plaisir à ‘+ parler de mon passé, ‘“ car récllement il wc 6 semble que je nais de ‘nouveau, et comme Je ‘6 sais qu’il y en a d’au- ‘tres qui souffrent com- ‘6 me j'ai souffert, je veux ‘4 les convaincre du bien ‘‘que les PILUEES ‘ ROUGES m'ont fait, ‘comme moi-même j'ai ‘# étéconvaincue parles té- ‘{ moignages que j'avais ‘lus dans les journaux ‘et aussi par l'exemple ‘“ que mes amies m’avaient ‘ donné en yrenant les ‘4 PILULES ROUGES, et en me disant le bien qu’elles en ‘ avaient obtenu. C'est dans le seul but d'ouvrir les yeux ‘* aux incrédules que je vous donne mes impressions et le récit ‘ de ma maladie, ‘* Donc, monsieur, s’il vous plaît de dire par la voix ‘ de Za Presse, que moi, Léoze Sauvé, native de Vaudreuil, çt ‘< résidant au No. 500 rue St-Denis, en cette ville, depuis le ‘“ mois de mai dernier. 11 y a six ans, je fus saisie d’un malaise, ‘ qui d’abord me paraissais peu de chose, mais s'aggrava au ‘# point de devenir sérieux. J'avais des hémorragies contiruel- ‘ les elles s’arrêtaient aujourd’hui pour reparaître €e nouveau ‘“ le lendemain. Il en fut ainsi durant la première anrée, ma ‘< vigueur précédente se dépensait et faisait place à une faiblesse ‘ qui m’accablait. Inutile de vous dire que le rose de mes joues ‘ avait vite disparu ; un masque recouvrait ma figure, ma peau ‘* livide semblait porter une couche de vernis, tant clle était ‘ tendue ; mon estomac ne fonctionnait plus, rejettait les mets ‘les plus légers ; je souffrais de mes reins, ma tête me faisait ‘< mal et des douleurs ne me quittaient ni le journilanuit, Je ‘{ n'étais qu’une épave de moi-même, mon cas était terrible ct ‘exceptionnel, ‘€ J'ai traîné cette existence pénible pendant longtemps, forcé: d'abandonner tout travail et de retourner aux soins ce mes bons parents. J'ai eu un médecin régulièrement perdant dix longs mois, vous savez ce que coûtent les remèdes ét les soins des médecins, mes parents se dénuaient de tout pour ‘« subvenir à mes dépenses ; si au moins ils eussent reçu d'eux ‘‘ quelque espoir pour les dédommager, mais au contraire, au ‘bout de dix mois, c'était l'opération et rien autre chose, ‘ disaient-ils, qui pouvait me guérir. ‘{ C’est alors que ie changeai de médecin, et en repass:i six autres, Je vous assure, monsieur, que j'étais bien décou- ‘* ragée ; d'autant plus que j'affaiblissais de jour en jour; lors- ‘* que Madame Paul Chevrier, de Vaudreuil, maintenant comi- ‘* ciliée en la paroisse de St-Victor d’Alfred, dans la Province ‘© d’Ontario, me raconta avoir été guérie par les PILULES ‘ ROUGES. Depuis longtemps déjà ma mère me parlait Ces ‘* nombreuses attestations accompagnées de photographies, ‘# noms et adresses qu’elle voyait publiés sur les journaux, mais ‘je me disais toujours: Ces femmes-la vendent leur téma- ‘“ gnage. Je ne pensais jamais que la reconnaissance seule ‘6 était leur motif, ‘© Un beau jour, l’heureux jour, je me décidai moi-même ‘< à faire usage de ces Pilules, Si j'eusse eu l’idée de me seivir ‘“ avant, de ce remède si simple et si peu coûteux, que de trou- ‘bles et d’argent j'aurais épargnés! C'était au mois ce ‘“ Novembre 1899 quand j’achetai ma première boîte de PIIU- ‘4 LES ROUGES et consultai le médecin en charge; il était ‘< temps, car ma maladie se compliquait et je ne pouvais plus ‘“ me servir de mes jambes, je ne pouvais plus uriner qu'avec ‘€ beaucoup de peine et les douleurs que j’endurais dans l’al do- ‘* men ne peuvent se décrire. Je me considerais finie et sans ‘€ aucune confiance, mais sur les sollicitations de mes parents ‘“ et de mes voisins, j’essayai encore ce remède. ‘{ En février 1900, mes douleurs avaient disparu, mon ‘“ appé:it était revenu, mon estomac était en fonctions, res ‘* jambes me supportaient, mon mal de tête m'avait Césertée, ‘© mis reins semblaient à leur état normal, et pour la première ‘ fois depuis trois ans, j: mangeai de la viande. Oh! iln'ya ‘# que ceux qui ont passé par là, monsieur, qui peuvent appré- ‘* cier le plaisir que je ressentais de ce mieux évident, et ceyen- ‘© dant, je n’avais usé que quelques boîtes de PILUIES KOU- ‘GES. A partir de cette date, j'en pris deux aprés chzque ‘* repas et au mois de mai 1900, je revenais à la ville prescre ‘{ la prition que j’occupe, au No. 500 rue St-Denis; au mois ‘ d'octobre dernier ; je cessai complètement l'usage des PIIU- Re mA \ V HER À Ponte : po SEE SN Vs s ES TANGER \ ANAL A \ \| Al NAS EX NS MELLE. LEOZÉ SAUVÉ ‘LES ROUGES ct comme vous le voyez, je sus aussi bien || ‘ portante que vous l’êtes vous-même, ‘‘ Ce que je vous raconte est de plein gré, car je suis heu- ‘{ reus: d: faire publier mon témoignage et je sens que j® 16m- ‘ plis là un devoir qui aura sa récompense. Je voudrais pou- ‘# voir ouvrir les yeux à ces pauvres malades, qui mettent en ‘: doute ces assertions Ge guérison. ‘6 Je signe cette déposition prenant Dieu à témoin et attes- ‘6 tant que c’est de mon propre vouloir, sans promesse de rénu- ‘4 mération aucune et dans le seul but de rendre service à mes ‘ semblables. ‘ MELLE. LEOZE SAUVE, ‘6 £co rus St-Deri., Mnrt-4-] L'IMPARTIAL JEUDI LE 28 NOV, ‘1901 ZLIRGEPRNE AE 2 Lisez EEE RE EI EE EE EN TE er sm Le gr cm NE VOUS EN ALLEZ PAS, * Agents de L'Impartial vous n'avez, au moius, ane bou teille du Lisiment de K-ndrick| au logis. Ne vous en allez pas | 1lny a | rien de meilleur [si égal] à! K-ndrick comme re:nède du-fàa | sans en emporter uRe. mille. 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