sun tem PT è ! ; | ; : : 4 | : i LEGENDE SABLAISE Les trois petits mousses sa- blais : Lemnie, Yvon et Ger- vais avaient sauté à terre dans une joie de liberté. L'espace é- tait devant eux, lumineux de soleil, le sol verdi d'herbe ten- dre, et une griserie de course eur venait au sortir de la vie claustrale du navire. Après les effusions du revoir avec la famille les enfants se rejoignirent pour sauter, jouer. marcher sur les routes sans fin planes et nues dans la basse Vendée. La grande bleue mouton- nante et murmurante ne les attirait plus, ils la connaissaient l’inconstante ; ce qu'ils vou- laient, c'étaient les champs, l'o deur âcre des sillons fraiche. ment vouverts, les pommes rouges volées aux arbres les mûres épineus®s cueillies aux haies. 1ls allaient, s'amusant à tou tes choses, ravis de couper les fines branches onduleuses des tamaris pour pour s’en faire des panaches, joyeux de jouer à cache-cache au milieu des hauts genêts où s’effaraient des nichées de lapins. . 1ls mordaient dans les âcres prunelles des halliers et ra- fraichissaient leurs bouches é- le, Pa chauffées des salaisons du bord au contant des grains noirs et blancs des raisins de la ven- dange. Les vignerous sou riaient au bonheur des en- fants, leur tendant générense- ment des plus belles grappes mûres, * 5% Le village de Saint-Jean dressait au loin, perché au sox met de la falaise, ainsi qu’uv nid désert, la silhouette grise de sa vieille église en ruine. Et comme la rafale venait du large, sensiblement fraiche. amenant un grain, les jeunes marins songèrent à demander un abri aux 1ôtes moussues du temple abandonné. Des débris de toute sorte jonchaïent le soi dont le dallage avait disparu, des nids d’hirondelles dans ies angles marquaient le passage des voyageuses et pas mal d'a- raignées tressaient en tous sens leur fin réseau. Au fond d’une niche au faite ogival restait une antique sta- tue à demi-brisée, mais debout quaud même, gardant un geste bénisseur. Sa main bien con- serrée, s'élevait comme adjn- rant les flots que l'ouverture béante de l'entrée montrait mordant la côte d'une éternelle lutte. Lemnic regarda le saint de pierre et, pisif comme un gamin en vacances, s'écria en son pa: tois du bord : —Parions que je le dérape le vieux. Et se posant en face de Ja statue, flanqué de ses deux acolytes, le mousse lança un caillou —Touvhé ! s'éoria t-il joyeux, tandis qu’une éraflure blanche se montrait au front de la cible choisie. Gervais jaloux de raontrer son adresse saisit un silex et visa à son tour. Un doigt du saint tomba et la main mutilé ne montra plus que le geste é- trange des sorciers. —Tiens, il nous fait les cor- nes, ricana Yvon; attrape vieux. l'abri et le beuglemeut de ia sirène du port se percevit si- uistre entre tous les bruits —Hardi, camarades! fit Lem- uic, et le cop sur la soupe, ron- dement. Les enfants se mirent à cou- rir sous l’averse le long de la côte où la marés, haute à cette heure, venait hurler son immu- able assant. L'eau du ciel, cin- glante, avenglait les jeunes é- tourdis qu'une hâte peureuse des repra“hes activait. —Ah!foi de marin, l'eau nous en veut, gémissait Yvon. pour n'être pas salée, elle n’en est pas plus drôle celie-là, et l'on y voit à peine dans ce che- min de douanier qui est fait en serpont. Gare les pattes, mate- lots, on navigue mal, vent de- bout. Et tout a coup Gervais qui crioyait voir un raccourei tom- Puits d’Enfer ua cri de détresse. Ses deux compagnons revin- effaçait lavée sans trève. flusions troublaient leur âme prières... tuné petit mousse et, par un é- trange hasard, Lemnic et Yvon explorant à marée basse le Puits d'Enfer, trouvèrent arrêé- té dans une anfractuosité du granit le doigt de saint Jean Y von le recueillit tristement en sourenir de son pauvre a- wi. Tout un hiver passa sur ce deuil ; au printemps, Yvon, fut engagé à bord d’une barque armée pour la pêche de la sar. dine. Il avait oublié la mort de Gervais, quoiqu'il restât dans son âme un coin douloureux, une sorte de menace svspendue au-dessus de son insouciance d'enfant de la mer ; lorsqu'un soir de septembre, la barque se trouva en vue des côtes de Saint-Jean, venant de la fron- tière espagnole, où les Sablais ont l'habitude de pêcher. Une houle faisait danser l'embarcation légère, il ventait à deux ris et les mâts de flèche étaient dans le sac, lorsqu'une b:usque saute du norouna (vent du nord-ouest) jeta la voile à bâbord. —File l'écoute ! cria le pilote au mousse. Le petit aussitôt dérafla le fi- lin pour que la toile put molir, mais brutalement le mât mo- bile du sloop vint frapper en plein l'enfant par le travers du corps et le jeta à la mer. Ce fut sinistre et rapide. Yvon s'en- força dans l'eau profonde et verte où de grands brins de goemons roulaient. On lui jeta bouées et grap- pins, mais le mousse étourdi Uu autre projectile fit tomber | de sa chute, le poignet brisé M em. me ba dans la cavité béante du|rvie de cabotage, moi, si je n'a- en poussant |vais pas ane femme et des mio- rent aussitôt sur leurs pas et se [les bancs de sardines. Ce que penchèrent épouvantés, au-des- | je voudrais accomplir, ce: serait sus du gouftre où la mer pro: duisait uv assourdissant tu-|de matelot, et Dieu te garde ! multe, roulant le corps du mousse, ie frappant contre le|larme et la sœur un sanglot, roc où une trainée sanglante | puis à la prière commune on a. un remords vague, comme si cette mort eût été une leçon, ga-|gé d'un grand poids, et dans le gnait leur conscience, et ils récitaient tout bas de confuses Le lendemain. les lames dé./taient à ses yeux la douleur irri ? ’ . e . . posaient sur le grève de Saint-|tante de l’ophtalmie, il fermait lean, au pied même de Ja les paupières et revoyait sa ruine, ce qui restait de l'infor-|'ire vendéenne où dominait, le bras entier et, rieurs, ravi, |d'un coup de barre, ne reparut de leur jeu, les enfants s’enfui-|que le lendemain. Son cadavre, rent pour regagner les Sables |roulé par la mer inconsciente, avant la nuit. revenait inerte abandonné par rervais avalt mis dans salle ressac au bas de la ruine poche le doigt tombé sous l'in-| Saint Jean. suite de sa fronde. Et ce fut encore Lemnic qui Mainteuant la rafale était te-| découvrit à la marée du soir nue, la mer, glauque, mouton-| pendant qu'il guettait des cre- nante, lançait des gerher d’eau |vettes avec son haveneau dans qu'entrainait le vent jusqu'au |les anfractuosités des rochers. parvis. À l'horizon, les pauvres] Le mousse, à cette vue hor- petites barques se hâtaient vers lrible, s'arrêta saisi d'une an- L'IMPARTIAL PRES CR goisse désespérée. —Quoi, se dit-il, In aussi! noyé au bas de cette roche ven- geresse et dans sa main crispée il tient encore le doigt de Ja statue mutilée par ma stupide inconscience, le doigt vengeur ! Lemnic tomba à genoux, se- 'coué de longs sanglots. il prit avec respect la terrible relique, l’enfouit dans sa poche ému et troublé, une pensée nourelie germant en son cœur. Puis il alla prévenir les autorités, ou- bliant sa pêhe, l'esprit frappe d'un noir pressentiment. — Mère, dit-il le soir, après le souper de famille, quand pa- rents et enfants assis ensemble remmaiilaient les fillets, je veux partir au long cours, cette grève me fait peur, j'aime mieux voyageur. — Va, dit le père, les vrais marins ne peuvent se faire à la ches, je n’userais guère de ro- gue {appât pour la sardine] sur le tour du monde. Va dons, fils son cri sinistre. Le canot de sauvetage fut démarré et presque aussitôt re- tourné par les vagues furieuses. | Devant l'impuissance de l’ef-- fort humain les sauveteurs a- bandonnèrert la lutte, tandis! que là-bas, sur l'immeusité, le | drame de mort s’accomplissait sans Fecours… La goeletie faisait eau de toutes parts tombant du nom | met des montagnes d'eau dans le creux des lames. Elle n° péu vait s’abriter ne voyant pas l'entrée de la passe, et son gou-| vernail soudain se brisa contre les récifs des barges. Dès lors, ballotée en tous sens, elle fut vouée au désas tre suprême, l'équipage entier | morne et silencieux, priait at- tendant la mort. Entre tous, le novice Lemnic avait des invo- catiovs d’une foi ardente ; il sentit venir l'heure où comme ses camarades Yvon et Ger vais, ii allait payer l’offense de jadis au saint de pierre, et il ne demandait pas la vie mais mi- | séricorde au Seigneur. | Quand vers le mis: une brise de torre souffla sur les miitenmndige gratte. À ces mots, la mère eut une jouta cette phrase : “Seigneur, Les deux gamins se signè-|ramenez au pays ceux qui par- rent, remplis de terreur et|tent sur les mers lointaines.” ulaicés ; timides. en larmes, ils revinrent doucement, côte côte, conter le drame aux parents du |lette bretonne, qui s'en allait malheureux Gervais. Des ré-|vers Ceylan chercher des char- Et Lemnic partit, novice à bord d'El Goelo, vieille goe- ,|gements de bois précieux. 11 s'embarqua heureux, allé- passage de la Mer Rouge, alors que les sables cuisants des ri- ves du canal de Suez mettai- immuable, la ruine de Saint- Jean. La mer d'Oman était meil- leure, puis : Océan redevenait terrible jusqu’à la rencontre des vents alisés. Un revos, c'é- tait l'ile si belie où Dieu plaça, dit-on, le paradis terrestre : Ceylan ! Sur le roc. il vit l'empreinte qu'y laissa, racontent les natu- rels, les pas d'Adam. 11 vit en- core les pêcheurs de peries s’é- lancer, au mépris de la mort, au fond des eaux claires où Île terrible “Tintorera” guette sa proie. 1] admira l'adresse avec laquelle les nègres se débarras- sent de l'affreux squale, avec un pieux aiguisé des deux bouts qu'ils enfoncent verti calement dans sa gueule bé- ante au moment où il veut les engloutir. Tout ce nouveau de la vie voyageuse qui donne à l'être humain l'illusion de plusieurs existences, rendait au jeune Sa- blais son insouciance perdue, seulement dans sa prière il in. voquait saint Jean ! Quelques années passèrent la ruine de l’église vendéenne soutenue par de vieux lierres, le toit tapissé dé fougères rous- sies, tenait t:ujours sur la crête, respectée par l’envahisse- ment des sables et dans la ni-| che du saint de pierre jes plan- tes grasses, les chardons bleus et les minces œillets roses des dunes avaient germés, semés par la brise, cultivés par la na- ture triomphante torjonurs des travaux des hommes. Les bai-| gneurs des Sables d'Oionnes y venaient l'été en péierinage, une légende était née du mal- À RER TR masses cotonneuses des brames et les dipersa en flocons moins denses les épares du navire | flottaient au gré des courants let, sur la grève de Seint-Jean, un mousse accroché à un frag- ment de mât gisait évaroui. Sa Imain serrait éiroitement le le doigt de Saint-Jean. Lorsque après de longs soins il revint à lui, un flot de lar- mes coula de ses peux, tandis qu'une prière reconnalssante montait de son cœur. | —Scigneur, disait-il, je vous | promets d'employer mon pre- nier argent gagné à remplacer ii la statue de saint Jean, puis que vous m'avez sauvé !| Lemnic protégé par sa r2li que qu'il ne quitte jamais, a! fait rapidement fortune, il se croit assuré contre tout nn frage, depuis que le saint lui a pordonné. CHEAPEST AND BEST CHAIRS P. E. I. Le Mak:— / th:m ourselves DS su WRITE For Curs AND PRIC SCHOOL ne FURNITURE Good, Strong & Cheap MARK WRIGHT & CO. Charlottetown &æ WRITE FOR PRICES. Jan. 1696. 11 tente avec une audace : | nouie les plus effrayants sau-| vetages. Nommé pilote de + côte, il sourit an danger, di- | sant simplement quand on veut le détourner du péril : ° —Ne craignez rien, le doigt. de saint Jean me guide. Aujourd'hui il a fait élever! un calvrire sur la côte à la mé- moir: de ses deux amis, et ila! mis au sommet de la falaise une statue de granit représen- tant saint Jean qui, du geste, a- psise les flots avec, au bas. cette légende : | “Au protecteur des mous- ses.” La Statac est toujours en-| tourée d'eufints qui mettent à | ses pieds des coquillages et des | fleurs, pas un mousse ne pat ni ne 1evient de voyage sans. aller devant elle faire sa prière: | ou trouve souvent Jemnic as-| sis sur le ro: à ses pieds, il | conte aux petits son histoire, et! il me j'a contée à moi-même un | des jour de cet été, alors que| nous contemplions tous deux à | l'horison l'éternelle union du cieil et de la mer. | Rene D'anjou. : nr T2 4 gr Æ TR LT | VA (7e: ES k = 3 Jewelry and Watches For PRESENT ——00X00— Ifave you a roof that you have tried all kinds of Roofing on and cannot get tight and waterproof ? If you have such à roof, you should try Canvas Roofing and then you will be happy. 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