l7 Cette belle famille Cormier dont la maman était parente de la nôtre, ôtait aussi notre refuge quand le bon Dieu ajoutait ä notre famille un membre de plus. Nous voyions arriver alors grand tant Sophigue sans trop sa- voir la raison de cette visite mystérieuse. Papa prenait alors les quatre ou cinq plus jeunes de sa nichée, avec robes de nuit et couvertures, puis, en procession, nous nous rendions chez nos aimables voisins, et la maman toujours si assueillante, nous prñparait un petit lit sur le plancher. La prière du soir terminée, nous passions la nuit, heureux comme des anges, mais anxieux de retour— ner au foyer pour dñcouvrir le mystère. En effet, un ange avait passé et avait dñposô un petit frère ou une petite soeur de plus! Une autre de mes souvenances les plus belles, est bien la bônediction des bateaux de pêche. A ce dimanche spôcial de mai, personne ne s‘absentait. A cette occasion, unique pour moi, marraine Jacqueline me fit ma première robe neuve et y avait mis tout le beau talent de fine couturière: un joli tissu rose, entralacê au corsage d'un gracieux petit ruban de velour noir piqué d'une rose blanche. C'est alors gue la petite vaniteuse que j'était, devint en ce jour, la petite reine du foyer. Comme toute la famille devait être prñsente, il fallut ajouter'deux planches au "truck—wagon" attelé de deux vigoureux che— vaux. Après la messe, très solennelle, tous se rendirent, en procession, sur la grève, suivis de Monsieur le Curé en chape, surplis et êtole, prôcñdê de la croix, des acolytes en soutanes et surplis de fête. La chorale suivait, entonnant des chants d'occasion. Lorsque chaque bateau reçut l'eau sainte et la bônñdiction du ministre du Seigneur, les pêcheurs s'installèrent dans leurs bargues, puis au chant de l'Avô Maris Stella par 1a foule, les ba— teaux quittèrent le port lentement, pour ensuite revenir vers la rive où chaque pêcheur rejoignait sa famille. La Vierge, du haut de son trône de gloire, devait sourire ä ses enfants d'Acadie, et bñnir ces braves navigateurs x confiés a sa maternelle protection. Et voici ma troisième petite souvenance terminée. En vous quittant, chers frères et soeurs de mon beau pays natal, laissezvmois vous chanter, sur l'air du Petit Mousse, quelques fragments de notre nouveau chant national trouvé en première page de La Petite Souvenance: Reine des cieux, notre Patronne, Entends la voix de tes enfants. Accepte nos humbles prières, A ton Fils, porte—les pour nous. Le 4 septembre 1980