US La Maison Grise | (Suite de latère. puge) Quelques instants après, Ger- train, blème, était debout auprès t'u lit de sa fille, pendant que Do- dorès, aidée de Marguerite, arrau- { eait la malade, soulevait ses oreil- Jers et essayait de la réchauffer avec des bouillottes brûlantes. Un frisson presque ininterrompu ;se- couait le corps dela jeune fille. ! Jille remuait lèvres, palait, s’agi- “aitet ramenait toujours hors du lit deux mains glacées et grelot- tartes. Le docteur fDomenech, qu'on avait envoyé chercher, accourut en <oute hâte. 11 examina la malade, l'ausculta très sérieusement, et dit enfin : —J'espère que ce me sera rien. Mais sa physionomie démentait ses paroles. Il déclara à: Dolorès, qui l’accompagnait, qu’il s’asissait d'une fluxion de poitrine avec com- vlications cérebrales. L'état lui paraissait graue, Il ne s'ex- pliquait pas la soudaineté et Ja rapidité du mal. Il s’informa si Josée n'avait eu aucune violente é- motion. La veille, tous l'avaient laissée très calme. Germain, qui idolâtrait sa fille, ne la contrariait pas...c'était étrange. Le vieux docteur connaissait d e- puis sa naissance cette enfant, dont la vie était siintime nent liée à celle des Tixador ; puis Louise l’aimait, et, à ce titre, 11 s’y intéressait dou- blement. Il réfléchissait, il cher- chait, pendant qu'au retour le vent le fouettait au visage ; il ne voyait guère d'espoir. La situation lui paraissait très grave. Ilessaierait, il tenterait l'impossible ; mais il doutait bien....Ah ! le vent qui courait sur la route du Vernet de- vait être un vent de malheur...Où étaient les traces du joyeux traves- tissement de la veille ? Louis Tixador, à peine remis de son trouble, était bouleversé par cet événement : Josée malade !... Josée, que l’on avait toujours vue si fraîche, si rayonnante de santé, était-ce bien la même qui gémissait sous ses rideaux roses, les pommet- tes enflamimées, les yeux éteints ?.. La journée se passa pour elle dans une prostration complète : une respiration sifflante soulevait sa poitrine. Sur le soir, le délire vint. Elle parlait à des êtres invi- sibles. Ce n’est pas mon père, disait- «ile, Or ! ‘‘las bruxas !”’ en ont- «lles fait du mal !... Au bout d'un moment : —I1 faudra restituer. Maman a Cit qu’il fallait tout rendre à Gra- ciette...Oh ! les chouettes !..Une, deux, combien sont-eiles ? Je les vois au plafond.. elles sont dix !.. L'autre n’y est plus, continuait elle «une voix plaintive. Je l'ai vue s’enforcer dans le mur....C'est Gracia qui est à sa place..,Mon tère n’est pas coupable, ‘‘les eu- cantades’’ ont tout frit...Et elle s'affaissait sur ses oreillers. Puis, tout à coup : — Nous n'avez pas vu l'escalier ? On y pleure... Il ne faut pas y al- ler....Maman est morte...et moi Il faut rendre tout. Uu moment, elle s'adressa à Mar- guerite : —Je rendrai Pierre aussi, mais je n'aurai pas grand mérite, puis- qu’il ne nr'aime pas. Dolorès et sa fille, qui se rempla- Ru à PPT DS ï ÿ LR CP TIQUE plus intense. ne rene MP PNR OR Lu IT Une. PARTS TRE rat + L'IMPARTIAL JEUDI. Tous étaient désolés, Marguerite passait aux Clarisses le temps qu’- elle ne donnait pas à Josée. Loui- se, Graciette, tous les amis venaient prendre des nouvelles près de la malade, en dehors de ceux qui la soiguaient. La vieille Marie pleurait chaque : fois qu’on l'interrogeait. Il y avait du sortilège là-dessous, disait-elle : sans cela, Josée, qui était si contente la veille, se serait- elle trouvée malade le lendemain ? D'ailleurs, on avait vu, la nuit, des lumières passer et repasser au premier étage de la Maison Grise. À coup sûr, les fées avaient jeté un mauvais sort à Josée. Et elle portait dans la chambre de la jeune fille toutes les reliques qu’elle possédait. Klle faisait brû- ler des cierges aux Capucins, de- vant sainte Inmocence, vierge et martyre, aux Clarises, devant la dépouille de la Mère Antigaut... Josée se faisait aimer de tous ceux qui l’approchaient. son calme, son air doux et sérieux lui gagnaient les cœurs. A chaque instant, Pierre venait aux informations. Il aimait cette enfant comme sa sœeur, et, si un sentiment plus fort n'avait pu naî- tra dans son cœur, il lui portait l'affection que tout honnêtre hom- me doit avoir pour la femme qui! va épouser. Il était peiné de la maladi de Jo- sée ; mais avec l’espoir que la jeu- nesse porte toujours en elle, il se figurait qu’elle guérirait. Un jour, Graciette obtint de voir son amie, Elle s’approcha du lit. Josée, en proie à une forte fièvre, ne la reconnut pas. Elle la re- poussa : —Allez-vous-en ! Ce n’est pas Graciette, c'est l’autre, :e la vois. Que me veut-elle? Puisque je vous dis que je laisserai Pier:e... Et d’une voix eutrecoupée : —C'est Marguerite...qui finira. Je quatrième jour, M. Dome- vech dit qu'il n’y avait ; lus d’es- poir. Pierre demanda à voir celle qui ééait sa sœur et sa fiancée. Josée chantait à ce moment la chan- son de Guillaume de Cabestany. Guillaume de Cabestany était châtelain du village de ce nom, aux environs de Perpignan. Pour son malheur, il aima Saurimonde, fem- me de Raimond de Casteli-Rossello, son voisin. Il sut lui plaire. Pour se venger, le mari tua Guillaume et lui arracha le cœur, qu’il fit mauger à sa femme. Quand celle-ci sut quelle affreuse cuisine on lui avait servie, elle dé- clara qu’elle n'avait jamais rien goûté d'aussi bon et qu’on ne pour- rait jamais lui en retirer la saveur de la bouche. Raimond, furieux, courut à son épée. La jeune femme monta aus- sitôt en haut de la tour, dont on voit encore les ruines, à quelques kilomètres de Perpignan, et se jeta Elle s'arrêta, un moment épui- sée, pendant que Marguerite écou- tait, tremblaute. —Moi, je ne peux plus...je ne: peux pas finir. Sa tête retomba en arrière. Un in-tant après, elle rouvrit les yeux : Marguerite, ma bague, dans Ja commode.....prends là ....je la donne à Gracia.. pour toi, ma robe blanche....Tu la mettras, n'est-ce pas ? Promets-le....J'y ai taut travaillé !...... —Je te le promets, dit tout bas Marguerite. —Ta mère ax toujours été bonue..j’aurais voulu être se fille. Tu diras......Tu diras à Pierre. que je l’aimais bien...... Marguerine l’interrompit pleurant : —Tais-toi, Éhérie ; tu te fati- gnes...veux-tu que je l'appelle ? —Non, laisse-moi parler...et laisse-le......cela vaut iuieux. Ne juge pas mon père, Marguerite, et..finis ma tâche... A ce moment, Dolorès introdui- sit le prêtre. On le laissa seul avec la mourante. Quelques instants après, il sor- tit de la chambre, et Germain re- vint prendre place au pied du lit, pendant que Maguerite essuyait les tempes de Josée, et que Dolorès préparait un médicament, donné par le docteur, pour soutenir les force :s de la jeune fille. —Margnetite, articula pénible- ment Jasée, je te lègue...mon pè- du... Puis, regerdant Germain : — Père, venez près de moi. — Père, vous réparez... c’est as- sez..… Mais Germain ne devait jamais cavoir de quoi il y avait assez. Un hoquet souleva la poitrine de la mourante. On crut que c'était la fin... . Elle 1ouvrit encore les yeux ; quelques mots comme un souffle passèrent entre ses lèvres : —Père, je vous aime !... Calme comme elle l'avait tou- jours été, trauquillement, sans se- cousse, elle s'endormit pour jamais, pendant que Germain, ivre, hébé- té, inconscient, se laissait emmener sans résistance, et que Marguerite, embrassant la morte, lui fermait pieusement les yeux. Germain la vouiait riche et heu- reuse. Josée était riche d’un tré- sor qui ne lui serait jamais déro- bé.., Josée était heureuse d’un bonheur qui n’aurait point de fin... Elle partait en pleine jeunesse, laissant, comme toujours, qui ter- minait toujour ce que Josée avait commencé. Ce fut elle encore qui fit la toi- lette de la jeune morte, et de des- sous l’oreiller elle retira une liasse de papiers jaunis qu’elle mit sous clef dans un meuble de sa chambre. cn en bas. Le roi d'Aragon, Alphose Il, fit arrêter Raimond de Casteïl-Rossel- lo, qui fut mis à mort dans sa pri- son, et ordonna que Saurimonde et Guillaume de Cabestany fussent réunis dans le même cercueil. Quand Josée aperçut Pierre : —Le voilà ! disait-elle ; mais je ne lui mangerai pas ie cœur. Pierre sanglotait. Ah ! il sacri- fait, sans hésiter, sa part de bon- heur en ce monde pour que Dieu Pendant quelques heures encore, les cheveux d’or s’étalèrent sur la |blancheur de l’oreiller ; comme le jour où la petite Madeleine offrait, | devaut saint Jean, la main à Véro- nique, un :ayon de soleil vint |mettre des étincelles sur le fluide | manteau ; le pur visage de Josée, couronné de roses blanches, se dé- tacha tout blauc sur les tentures | pâles ; les mains jointes et leur cha- |pelet disparurent sous une auva- | lanche de fleurs blanches, les ci- çaient auprès d'elle, écoutaient, na-|g:ncît à la vie cette compagne delerges bénits brûlèrent devant un vrées, ces divagations. Quant à ermain, affaissé dans un fauteuil au pied du lit, il demeurait immo- il: le, stupéfait, les yeux fixés sur le v sage de son enfant, Il n'enten- son enfance ! Mais Dieu savait qu’il n’aurait pas souffert seul.... Sur le soir, J’agitation tomba. On avait enfin réussi à emmener Germain et à lui faire prendre | [Es puis tont rentra dans la nuit. Le rayon qui avait brillé | . "+ … | . : | daus la Maison Grise s'était éteint | pour toujours. Avec son linceul embaumé, Jo- «lait rien, ilne comprenait rien qnelque repos. Dolorès était sor- | sée fut couchée dans le cer. ueil de ‘arfois il passait [a main sur son tie : elle allait à Saint-Jean préve- chêne ; le prêtre vint y jeter l’eau front pour essuyer les grouttes de | nir un prêtre. Margueiite se trou- | bénite et Germain dut accompa- sreur qui y perlaient, puis il re-| yait seule près de la malade. As- gner sa fille au champ du repos. prenait sa pose de statue. On eût |sise à côté du lit. elle égrenait son | Soutenu par Louis Tixador et le “lit la Douleur et Désespoir incar- -€s dans une seule image, Durant trois jours, on ne put le faire se «e coucher. C’est à peine s’il ab- +orbait un peu de bouillon, que j'olorès lui faisait prendre presque «'e force ce là, Un matin, M. Domenech déclara «,u’au lieu de s'améliorer, la situa- 1 on empirait. Le poumon droit «« ngestionné rendait la respiration | chapelet. | Tout à coup, la main ce Josée se. posa sur la sienne. —Marguerite ! appela-t-elle. Marguerite leva la tête et regar- — Marguerite, tu finiras ce que n'ai pas fini: Et sur un geste de la jeune file : | docteur Domenech, il marchait comme un automate, sans se rendre compte de ce qu'il faisait. Par moments, on eût dit qu’il sou- liait. Peut-être se figurait-il ac- da le pauvre visage pâli, creuse par Compagner Josée à l'autel, toute Rien ne pôt l’arracher | ja souffrauce, dans lequel les deux garnds yeux gris ressortaient de leur cercle de bistre. vêtue de blanc, comme il l’avait | souveut rêvé, puis la confier au guide choisi par lui? Elle était vêtue de blanc aussi ; mais là où on la menait, Josée n'aurait besoin ni d'appui ui de guide, t'ès diflicile, et la fièvre 1 —Je me souviens, dit-elle d’une! Derrière Germain, Pierre veuait DA MT NE LE 28 JUILLET, voix faib'e mais distincte... Là, |avec le Commandant , puis leurs a- js sous l’oreiller...tu prendras le ma- | mis; la famille, nuscrit...tu liras...tu réparer2s... |et Marguerite, en deuil de celle qui | Bi était pour elles une fille et une! CU Plus loin, Dolorès sœur, avaient voulu l'accompagner! jusqu’au bout. Arrivées au but, elles ne purent retenir leurs san- glots. caveau des Tixador. Quand la bière eut glissé sur les triangles de fer, Gerimaiu, qui n'avait pas bougé jusque-là, poussa un géimissement sourd, scomme un cri de fauve blessé. Louis Tixador se retour- ua, et peut-être eut-il ia seusatiou que, derrière la pierre qui murait. le caveau, à côté du corp: de Josée, on venait d'ensevelir ce qui avait été son mauvais génie. Cédant à une impulsion sou- daine, il s’agenouilla à côté d’un groupe Ge femmes en noir, pen lant: que montait à ses lèvres, souvenir | des jours de sa lointaine enfance : Notre Père, qui êtes aux cieux, etc. Quand il se releva avec e groupe à genoux à ses côtés, il s’aperçut que la modeste tombe touchant son luxueux caveau était ornée d’une croix portant ces mots : Ci-gît la mère de Graciette. | premiè re prière sur la tomibe d’nne ‘inconnue. Des voitures attendaieut à la sor- tie du cimetière. (Germain ne des- serra pas les lèvres. Jouis et M. Noé lui adressèrent quelques mots de consolation. Il ne répondit pas. En arrivant au Vernet, on vou- lut le garder dans la Maison Blanche ; mais, toujours sans rien dire, il traversa le jardin et rentra chez lui. On le laissa senl quelques ins- tants, croyant qu'avec son carac- tère sombre il ne voulait pas don- ver le spectacle de ses larmes. Quand Pierre et sa mère revin- rent le chercher, ils le trouvèrent dans la chambre de Josée, coiffé de sa baratina rouge et astiquant à tour de bras le fond déverni ce l’armoire. Pierre, surpris, voulut l’arréter, il lui parla doucement. Germain releva la tête, se mit à rire silencieusement et recommença à astiquer.. Il était devenu fou !… On ne put l'arracher de cette chambre. Il fallut, dans la suite, lui porter ss repas, qu’il prenait ducilement pourvu qu’on le servit sur la commode, devant les por- traits de sa femrue et de sa fille. On arrangea pour lui le lit de Jo- sée. Il y passait de lon:ues heures tout habillé et en sortait pour s'asseoir devant ce fond d’ar- cesse. Deux jours après l’enterrement de sa fiancée. Pierre était repa:ti à Toulouse pour y passer ses der- niers exameus, après lesquels il de- vait définitivement se fixer à Pei- pignan. La Maison Blanche, bien triste sous le deuil de Dolorès et de Ma:- guerite, s’égayait à peine quand Louise Domenech ou Graciette Noé y faisaient une courte apparition. VI Marguerite est installée dans sa chambre. Sa mère vient de lui donner le baiier du soir, etil y a longtemps «ue M. Tixador a rega- gné son appartement, Une lampe ea onyx, coiffée d'un abat-jour rose, envoie ses reflets pâles sur les cheveux uoirs de la jeun: fille, 2s- sise devant un petit bureau en mar- queterie sur lequel sont posés des papiers froissés. Elle lit : LOT Josée fut descendue dans le | Depuis trente an3, il faisait sa À 1904, floors and doors—in fact, an Chicago, NewYork, Boston, Len will clean anything cleanable—clothes and dishes, pots and pans, ing from cellar to attic. GOLD DUST lightens labor, lessens care. Made only by THE N, K. FAIRBANK COMPANY, St. Louis. 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Mais Louis était | bon et je l’aimais, tandis que l’au-! tre....oh! cette petite filie arx grands yeux noirs dédaigncux ; Elle les faisait tous marcher dans | la maison, rien qu'en les regardant. | Celle-là, je la détestais, et surtout | je la jalousais. Jela détestais parce que Louis! l'simait ; elle me volait les mo-| ments qu’il aurait passés avec moi. | Elle l’appelait sans cesse ; il la ser- vait comme une petite reine. J2 la jaloasais parce qu'elle serait riche un jour ; toute ou presque toute la fortune de son oucle Dominique devait lui revenir. Je la jalousais de la voir si jolie, avec es grands yenx noirs pleins de lumière, ses beaux cheveux de ais et cet air doux et fier qui la faisait prendre pour une petite princesse. J’in- ‘Octobre 1864. Enfin, je suis arrivé à être quel- qu'un. Moi, Germain Rivals, fils de paysaus, pays: u moi-même hier encore, je suis aujourd’hui assez considéré et assez riche «pour que les Delmas me donnent leur fille en mariage. Il me manquait cela pour êt:e tout à fait posé. J'é- prouve un sentiment d’orgueil en peusant à toutes les difficultés que j'ai dû vaincre pour en arriver là. C'est peut-être pour cela que je sens le besoin d'écrire, de retracer ma vie pour la revivre quelquefois. Je me vois tout petit, jouant a- vec Louis Tixador, qui, lui, était choyé comme le neveu du maître, alors que j étais un orphelin re- cueilli pat charité, soigné par une ventais toutes les méchanceté: po: - sibles. (A suivre ) ER :… fs HT £2 - we 4 l = D 4 5 4 #0 x 2 F Er < CBTE 4 LA PRE DTEMENT Sa 4 | RULS Frs PEMERT Avez-Tousum25dso% Sjoui, demandez not: - ‘ Guide des Inven'enre,” jour savoir cOMmMA g'ontiennent les pitunotzs Juforissations fou: 1: pme DS & n «7 714 1 1O0X, Fzpert- à difce New Cork ! ;'4, Monlrèus. 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