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Ces paroles débitées avec ce ton d'assurance et de hardiesse qui était particulier au gentil- homme béarnais mirent le com- ble à la stupéfaction du digne aubergiste. 11 regarde d'Arramonde qui achevait tranquillement son frugal repas et se gratia la téte d'un air embarrassé, comme s’il se fût demandé si ce gentil- homme avait bien tout son bon sens. : —Dites-moi, fit Jean d'Arra. mende en repoussant de la main l'assiette ét la bouteille entière- ment vides, pouvez-vous m'in- diquer dans quelle maison du village sont logés le général Wolf et son état-major ? —1ls ont pris logement chez un nommé Pierre Dargonne, maitre forgeron. —Bien ; connaissez-vous ce Pierre Dargonne ? —Qui, certes. — Est-ce un homme sûr ? —J'en réponds comme de moi-même: ——1l faudra qne vous trou- viez un prétexte pour m'intro- duire chez lni père Joseph. Une fois dans la place, je saurai bien mo tirer d'affaire et remplir la mission que M. de Montcalm m'a confiée.——-Mais, pour le me- ment, je meurs lle fatigue et de sommeil ; yat-il dans votre suberge un coin où js puisse | reposer ? —Mon Dieu ! monsieur le marquis, dit le bon aubergiste avec un peu d'embarras, je n'ai| que cette chambre et ce lit à] vous offrir. | —Mais vous, père Joseph ? | ——Oh ! moi, j'irai dans Jla grange où j'ai justement rentré du foin nouvean aujourd'hui. Je dormirai là comme un roi... | demandant du pain et de l’eau- de-vie. Au bout de quelques instants, la lourde porte de chêne tourua sur ses gonds et donna passage au père Joseph. —Boujour, monsieur le mar- quis, dit-il gaie:nent. Avez-vous bien-dormi ? — À merveille. —Entendez-vous quel tapage ils foat là-dessous, les gueux ?.… Mais ça ne me regarde pas... J'ai dit à mes deux garçons de leur donner tout ce qu'ils de- manderaient.....et quand la cave sera vide ii faudra bien qu ils s'eu aillent. Puis, se rapprochant de d'Ar- ramonde : — Mon officier, dit-il, j'ai du nouveau à vous apprendre. —— Parle! —J'ai vu Pierre tout à l'heure. —Bon ! ——Le général anglais donne ce seir un diner à ses officiers. —Très-bien !...……. M'astu fait inviter, au moins ? —Nou pas, répliqua le père Joseph en riant, mais j'ai pen- nn... —Quoi donc ? — Mon Dieu !...… dit l'auber- giste en hésitant, je ne sais si vous consentiriez....…. —Æ£Eh ! tu me fais mourir avec tes lenteurs !...Tu as pensé, n'est-ce pas, qu'au moyea d'un déguisement je pourrais appro- cher de la table et éconter ce que diront les officiers anglais ? —Eu effet... mais ce dégui- sement. —Je l'accepte d'avance. — Pourtant... —Je l'accepte, te dis-je ; et dussé-je leur présenter les plats ou leur verser à boire. — Vous feriez cela, mon efi- CHIOTS T...sosce —Mon brave, dit Jean d'’Ar- ramonde avec force, tu sauras qu'il y a plusieurs manières de faire la guerre. Certes, il est beau de combattre son ennemi face à face, en rase campagne, l'épée ou le fusil à la main; Dargonne |mais s’il y a du courage à bra- VII | RUSE DE GUERRE | Le lendemain matin, dès ne le jour parut, Jean d'Arramonde. qui s'était jeté tout habillé sur | le lit de l'aubergiste, fut réveil-| lé par les cris ei le tumulte qui. Venaient de la salle basse de l'auberge. ver les balles qui sifflent autour de vous et à marcher au pas de charge au devant des baïon- nettes, il n'y eB a pas moins, sois-en sûr, à venir seul, sans armes, au milien d'ane armée nombreuse, pour arracher à l'âme qui fait mouvoir es grand corps le secret de ses pensées et F2. ide ses intentions... Je viens C'étaient les soldats anglais | qui annonçajent leur réveil en de faire la guerre avec les sau- vages et j'ai appris d'eux que , lorsqu'on estle plus faible il faut avoir recours à la ruse... N'est-ce pas ainsi que le grand roi Houri, ce profond politique, ce génie si souple et si habile, a pu conquérir, à la tête d’une poignée d'hommes, son beau reyaume de France ?...Je veux imiter mon Béarnais ! Jene me creis pas tout à fait un sot. je sais me retourner, j'entends bien la laugue anglaise, et quand j'ai résolu de faire une chose, le diable me m'en ferait pas démerdre !...Je saurai pour- quoi le général Wolf reste de- puis quinze jours inactif, se coutentant de bombarder stupidemont une ville sans défense... je saurai quels sont ses projets, comment il espère vainere M de Mont- Calm et entrer à Québec... Mais tent cela, ce sont des ps- roles iautiles venons au fait; tu me disais donc ?....… Le père Jeseph, que la verre abondante de Jean d'Arramonde svait un pou étourdi, rassembla ses idées et répondit : — Ce sera un grand souper ce soir, Car tandis que les pauvres gens de Québec mangent une once de pain par jour et un morceau de cheval coriace, ii, mes messienrs me se refusent rien... Pierre Dargonne a pro- mis que son nereu Nicolas, un jeune hemme à peu près de votre âge, viendrait nider les gens du général. — C'est entendu et compris, dit d'Arramonde ; je prendrai la plate du nevew Nicelas: con- duis-moi chez le forgeron. —Pasencore, s'il vous plait, monsieur, dit le père-Joseph en souriant. 1l est à peine cinq heures du matin et le souper est pour six heures du soir. C'est vrai. Eh bien ! je vais alier flâäner dans le village ; je reviendrai tout à l'heure déjeu- ner avec tei...…… Ta me présen- teras à ton ami et nous pren- droens nos mesures peur ce soir. Jean d'Arramonde était en- chanté da nenveau rôle qu'il jouait. Après la vie accidentée qu'il avait menée pondant deux mois dans les bois et dans les prairies l'exis- tence monotone da camp lui avait semblé insupportable. Gaston de Saint-Preux j'avait quitté depuis quelques jours pour aller prendre le comman- dement d'un poste situé près de l'anse du Foulen, au sud de Québec, et destiné à garder! * WELLIRETON STORE LT MR LC. ME & Br D TZ. DURING STOCK TAKING Pa Eee en. ë TE LÉ Te LENS ee DES LE EE In a few day we will be stock taking and during that time we will sell the balance of our winter goods at a greatly reduced price. We still have a fine assortment of men’s uls- Îters which we want to clear regardless of cost. Winter boots & Shoes, dress goods, flannellettes, cloths of all kinds etc., etc. Do not miss this opportunity to secure a real genuine bargain when money is SCarce. 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Jean d'Arramonde employa cette matinée à étudier la dis- position du camp anglais, placé parallèlement à celui des Fran- çais dont il était séparé par la rivière Montmorency. llne put pénétrer dans ce camp ; mais d'après le nombre des tentes e1 des abris de feuil- lage il calcula qre les troupes auglaises débarquées sur ce point devaient comprendre en- viion dix mille hommes, c'est à- die qu'elles étaient trois fois supérieures en nombre à la pe- tite armée de M. de Montca:m. 11 constata en eutre avec un amer chagrin que, tandis que les héroïques soldats de Mont- calm manquaieut de vivres, de vêtements et de souliers, grâce à l'indiflérence on à la scéléra- tesse des intendants, les soldats anglais, bien équipés, bien nour- ris, semblaient à peine se res- sentir des fatigues de la 1ra- versée et da débarquement. À midi, Jean d'Arramonde re- vint à l’anberge de l'Ange-Gar dien. 1l traversa la salle basse, remplie l'Anglais déjà ivres, et monta à la petite chambre où le père Joseph et son ami Var- gonne le forgeron l'attendaient. 11 fut convenu que 1: soir, vèrs cinq heures, Jean d'Arra- monde, prenant le nom et le costume de Nicolas Dargonne, le neren da forgeron, viendrait aider à servir le repas que le général Woii offrait à ses offi- ciers. —Js vous souhaite de réussir dans ce que vous désirez, mon. sieur, dit le brave forgeron en secouant la tête ; mais ces gens- là se défient diantrement de nous. et je doute qu'ils parlent tant que vous serez là. —-Bah ! je leur servirai si sou- vent 4 boire qu'il faudra bien que leurs langues se délient … Ah ! si j'avais quelques bouteil- les de jurançon, je saurais vite le fond de leur pensée !....…. Voi- là un vin quia vite’ raison des bondeurs ! Notre roi Henri qui, grâce à mon grand-père, en avait bu avant de goûter le lait de sa nourrice, a parlé deux mois plus tôt quo les au'res en. fants de son âge... et je puis dire que depuis il n’a pas dé- menti ce brillant début !..….. [à continuer] Let PP TT i l f « Te Ft at ee lets À Lot Pr TN