un immense soupir de soulagement lorsque le vernissage a pris fin et que les invités s'en allaient. «Ma priorité jus- qu'à ce soir, a été de m'assurer que tout serait prêt, que nous aurions une expo— sition digne de nos ancêtres. Mainte- nant, je peux me consacrer à autre chose. Je respire un peu mieux», a-t-elle avoué. Comment ont-il fait? À voir l’exposition, d’une qualité égale à celles qu’on trouverait dans de grands musées, on ne peut retenir son étonnement. Comment ont-ils fait? Le grand maître d’oeuvre, directeur historique et concepteur de l’exposition, Georges Arsenault, explique que curieu- sement, le concept s’est comme imposé de lui-même. «Faire une exposition sur la Déportation, oui, mai avec quoi? ll reste très peu d’artefacts. L’idée de don- ner vie à des personnages a donc pris naissance. Certains de ces personnages habitaient avec moi depuis longtemps grâce aux recherches que j'avais accu- mulées, pour d’autres, il a fallu cher— cher un peu plus. Nous avons opté pour présenter des âges variés, des hommes des femmes.» Même s’il a écrit les textes, même s'il connaît l'histoire sur le bout de ses doigts, même si la Déportation n’a rien de nouveau pour lui, Georges Arse- nault reste sensible à cette page d’his— toire et aux émotions vécues par les ancêtres. «C’est peut-être parce que L'historien Georges ArSenault et l'ar— tiste Lucie Bellemare en compagnie de Joe league—and—a—half. l'un des personnages de l'exposition, et du premier ministre Robert Ghiz. Le Jeune Jean—Baptiste Roblchaud. qui deviendra plus tard fondateur de Shippagan est également présent. mon ancêtre (Charles—Olivier Barriault) a vécu la Déportation, mais j’ai peine à retenir mes larmes quand je relis ces textes. Tout à l’heure au micro (il était maître de cérémonie) je n’ai pas voulu lire des extraits car je n’aurais pas pu continuer», a—t-il avoué candidement, lorsque la foule a commencé à se dis- perser. Il était ravi de voir la variété des per- sonnes présentes, des Acadiens mais aussi, bien des gens de la communauté artistique et historique. Le président de l’association Musée et patrimoine Î.—P.—É. était présent. Monsieur Satadal Dasgupta, a dit toute son admi- ration pour ce qu’il avait vu. «Sans au- cune exagération, avec beaucoup d'élé— gance et de sobriété, vous réussissez à faire vivre aux visiteurs les émotions que les déportés doivent avoir ressenties.» Du travail d’artistes Pour donner vie au concept imaginé par Georges Arsenault, le Musée acadien a eu l'intelligence de faire appel à une artiste locale de grand talent, Lucie B. Bellemare d’Abram—Village. De ses pro- pres mains, puisant dans ses connais- sances d’artiste et son intuition, elle a pour ainsi dire donné naissance à neuf personnes au cours des quelque trois derniers mois. «Travailler à ce projet a été un hon- neur et un défi. Je remercie le Musée d’avoir fait confiance a des artistes lo- caux. Au cours des derniers mois, j’ai fait des rencontres qui m’ont marquée, j’ai établi des liens avec des personnes du passé. Elles m’ont appris beaucoup de choses. Pour leur donner une subs- tance au présent, j’ai fait appel a des personnes bien vivantes, qui m’ont prêté leurs bras, leurs pieds et leurs visages», a expliqué l'artiste. Au départ, il y avait l’idée des per- sonnages. ll y avait aussi des habits d'époque prêtes par le lieu historique national du Canada de la Forteresse—dt— Lt’misbourg. Les personnages devaient être conçus pour porter les vêtements. C’était une première contrainte. Le temps disponible était aussi une con- trainte inctintournable. «Mes premiers personnages, j'ai créé leur visage de toute pièce, mais j’ai trou- vé que cela prenait trop de temps. J'ai alors invité des personnes chez moi, des amis... mes enfants ont aussi prêté leurs mains et leurs pieds et leurs visages LA PETITE SOUVENANCE Marie—Anne Oudy, 8 ans, à bord du Violet, l'un des ba- teaux qui a som— bré en causant la mort de centaines de personnes. le 12 décembre 1758 dans la Manche. Dans ce naufrage tous les Oudy aca— diens ont disparu. pour me permettre de les mouler dans du plâtre. Pour l'armature de métal, j’ai fait appel à un autre artiste, Carl Phillis, qui est surtout un potier mais qui a des connaissances en soudure. Il a conçu des squelettes de métal spécia- lement pour mes personnages, certains assis, d’autres debout. J'ai alors pu met- tre de la chair sur les os.» Cette explication ne suffit certes pas à visualiser le travail accompli. Il faut aller voir cette exposition. En plus des personnages, Lucie Bellemare a aussi conçu pour chaque scène une toile de fond, représentant un décor relié direc- tement au texte et au personnage. Cer— tains sont sur la mer, d’autres en Guyane française, d’autres dans un port. «J'ai fait beaucoup de recherche pour trou- ver assez d’information. Moi, je tras vaille surtout à partir de mes émotions mais pour ce projet, j’ai vraiment dû rester fidèle à l’histoire.» À cette équipe d'historiens et d'artis- tes, on a conjugué le travail de préci- sion du graphiste Alexandre Roy de Kensington, qui a crée pour les textes de l’exposition, des supports visuels imi— tant le parchemin, qui a créé des pan- neaux d’interprétation, qui a assemble les différents éléments des cartes géo- graphiques afin que le public puisse tout consulter à sa guise, et tout saisir de façon claire et précise. L'exposition est en montre au Musée acadien de l’Île—du-Prince-Édouard, a Miscouche, jusqu’au mois de décembre. Les heures d'ouverture sont du lundi au vendredi, de 9 h 30 à l7 h, et les di- manches, de 13 h à lo h. Pendant les mois de juillet et août, le Musée aca- dien est ouvert tous les jours de 9 h 30 a 1*) h. Graeieuxeré : La lg'iLv gçadiynng (texte et photos puisés dans son édition du Il juin 2008). A la"? "n l’ I ‘ l - u- r’n 'e— É I . PAGE 37