lâAî B Æh‘lïêï SQMWENANÇE pires que celles en vigueur pendant les longs voyages en mer, au dix— huitième siècle. On sait que, pendant la guerre de Sept Ans, 133 708 ma- rins anglais moururent de faim ou d’épidémie, contre seulement 1 512 à la guerre.2 Néanmoins, pendant le voyage, la mortalité des Acadiens oscilla entre 20 et 30 pour cent et plus de la moitié des passagers de l'Edzvard Cornwallis, à destination de la Caroline du Sud, périrent.3 L’arrivée des exilés à destination ne marquait souvent que le com— mencement des nouveaux malheurs. Premièrement, une fois à terre, les exilés attrapaient des maladies inconnues chez eux. La variole sur- tout fit des ravages. Deuxièmement, nulle part les conditions d'exil ne fu- rent stables parce que tous les lieux d’exil se trouvaient, eux aussi, mêlés à la lutte angle-française pour la domination de l’Amérique du Nord. Et finalement, les autorités en ces colonies, n’ayant pas eu les moindres idées que les Acadiens seraient envoyés chez eux, n’ont rien prévu pour la réception des exilés. Le gouverneur de la Virginie, Dinwid— die, réagit particulièrement mal à l’arrivée de ces Acadiens, francopho- nes et catholiques, alors que la guerre entre la France et l'Angleterre battait son plein.4 Dinwiddie a décidé de régler son problème et d’envoyer les a French Neutrals n, les Fran— çais neutres, en Grande—Bretagne.5 Le résultat était que le 23 juin 1756, le Bobby débarqua 296 Acadiens à Portsmouth, le 22 juin, le Fanny Bovey arriva à Falmouth avec 220 passa- gers, le 26 juin, le Virginian Packet en débarqua 300 à Bristol et enfin, juste avant la fin du mois, 243 « Neutrals » arrivèrent à Liverpool. Le coût pour ces voyages était en- viron cinq mille livres.fi Ces Acadiens devaient, sept ans durant, rester en Angleterre. Le pire pour eux fut l’été 1756, au cours duquel la variole emporta plus d'une personne sur quatre, au point que la cour de Louis XV en fut informée. Le 10 septembre 1756, Henry Fox, le ministre le plus important du gou- vernement anglais, écrivit aux Lords de l'Amirauté que plusieurs protesta- :—— I755 1763 ———: tions, qu'il espérait sans fondement, avait été faites par la France et aussi par quelques particuliers, selon les- quelles les prisonniers français au- raient été malmenés , et qu’ils n’au- raient pas été traités avec le soin et l'humanité appropriés. « J'ai », ajouta- t—il, « ordre du roi que vous accordiez à cette question la plus grande atten- tion. >>7 Ceux qui avaient les Aca- diens sous leur responsibilité repous— sèrent vivement de telles accusations. D’après eux, cette moralité n’avait rien de surprenant, du fait que les Acadiens avaient subi un long voyage et un changement de climat. Ils affirmèrent que non seulement les lois des nations et les principes de la justice avait été strictement respectés, mais même le moindre droit humanitaire avait été scrupu— leusement observé. Ils écrivirent de plus que telles plaintes de la part des Français étaient tout à fait déshonorantes pour la Nation et que, si elles se révélaient non fondées, la chose devait être révélée à la face du monde, de façon à dissiper autant que possible le préjudice causé par sa propagation.R Il est hors de doute que la Dépor- tation fut une tragique épreuve. Si les chiffres restent discutables, le ré— sultat est clair : la plus grande partie de la population acadienne dut pren- dre les chemins de l'exil et au mini- mum un tiers de cette population y trouva la mort. Cependant, la dispari— tion des individus n’a pas signifié la fin de leur identité collective. La réception des exilés, par les autorités en Amérique du Nord, en Angleterre et, plus tard, en France, était de les mettre sous une autorité désignée spécialement pour leurs soins. Les déportés étaient gardés ensemble et séparés de la population des habitants qui les entouraient. En Angleterre, c’était le « Sick and Hurt Board of the Admiralty ». Par les ordres de celui—ci, les Acadiens étaient établis en groupes à Southampton, Penryn, Bristol et Liverpool. À Liverpool une partie de la ville était désignée pour eux. À Bristol on a organisé des entrepôts, les anciens magasins aux alentours des quais, pour les recevoir. Dans tous ces endroits, les Acadiens PAGE 23 étaient établis en groupes d’entre 150 et 250 personnes, communautés assez grandes pour donner aux individus un sens de n’être pas totalement abandonnés parmi des étrangers. La sensation d’être un groupe séparé était renforcée par le fait que les autorités avaient défendu aux Acadiens de travailler, de peur d'une réaction hostile des gens de l’endroit. Cet arrêt n'était pas tou— jours suivi, surtout aux alentours de Southampton et Penryn.” Mais ce qui a marqué le plus la ligne entre exilé et habitant, c’était la pension payée chaque jour aux Acadiens : homme, femme et enfant. Les adultes recevaient 6 sous par jour, jusqu’à neuf livres, 2 shillings et 6 sous par an. Les enfants en bas de sept ans recevaient 3 sous par jour; cela équivalait à 4 livres, 4 shillings et 4 sous par an. Une famille de six, la moyenne pour les communautés acadiennes en Angleterre, recevait en 1763, 36 livres par an, une som- me comparable au salaire d'une fa- mille de la classe travailleuse con- temporaine.m En plus, cette subven— tion était pure subsistance loge- ments, vêtements et d’autres néces— sités étant fournis en plus." Le ni— veau de vie était plus bas qu'en Acadie, mais ça ne nuisait pas à la natalité des familles. Un recense— ment fait en novembre 1762 révé- lait une population avec vingt—cinq pour cent du nombre en bas de l’âge de sept ans, c’est-à-dire, nés après l’arrivée de leurs parents en An- gleterre.12 Mais quand on considère le nombre d’Acadiens qui furent en— voyés en France pendant l'été 1763, 866, soit moins que les 1 044 arrivés de Virginie huit ans plus tôt on se rend compte des ravages que la va— riole a fait en été 1756.” Cependant il faut souligner une chose : leurs expériences n'ont pas intimidé les Acadiens ni rendu faible leurs sens d’identité. Pendant les sept ans qu’ils passèrent en Angleterre, ils n'hésite- rent pas à contester les mesures qui étaient prises à leur endroit. À la fin des hostilités en 1763, invités à exprimer leurs souhaits quant à leur destination ultérieure, les Acadiens exigèrent le retour en Acadie : << Nous