10 feraient peut—être mieux de mourir dans l‘oubli. Elles portent, cependant, un cachet sombre, caractéristique de nos malheurs. Telles qu'elles sont, je vous les envoies...” Il m'expliqua plus tard l'origine de sa collection: "C'est M. l'abbé Théodore- Gallant, curé de Sturgeon (île du Prince— Edouard) qui a recueilli la musique. Nous allions ensemble où nous savions rencontrer de ces personnes connaissant les vieilles chansons. Alors j‘écrivais les mots tels que chantés et M. Gallant notait la musique. Je ne puis vous dire qui nous a fourni toutes ces chansons. Un grand nombre proviennent de Mme Sylvain Arsenault, ma mère. Elle ne savait ni écrire ni lire, et cependant elle connais— sait le plus grand nombre des chansons que je vous ai envoyées. Elle demeure avec moi et, à l'âge de 80 ans, elle me demandait de lui enseigner à lire... Elle est morte à 87 ans... Toutes ces chansons nous ont été fournies par des Acadiens de l'île Saint»Jean (île du Prince—Edouard). Au fur et à mesure que j'en trouverai d'autres, je vous les enverrai." (pp. 184— 185) Marius Barbeau ne mentionne pas quand le Père Arsenault avait commencé ses enquêtes folkloriques., Selon des témoignages recueillis quelques années passées auprès de vieillards de la paroisse de Baie—Pgmont, il s'adonnait dêjâ à ce genre de recherches avant 1909, date du décès d'une de ses informatrices, Mme Agnès Arsenault, de Saint—Chrysostome. La collection du Père Arsenault est très intéressante, et ce, sous plusieurs aspects, entre autres pour les diverses chansons de composition locale qu'elle contient. Elle compte quelques belles complaintes peu connues et un certain nombre de chansons satiriques que le Père Arsenault est peut—être le seul à avoir relevées. Marius Barbeau a écrit: “La mort prématurée de ce folkloriste interrompit son oeuvre qui allait bientôt compren— dre les contes et les dictons de son pays." ll est probable que dans sa correspondance avec le Père Arsenault, Marius Barbeau lui ait lui—môme suggéré ce projet, car c'était un domaine, comme bien d'autres, qui passionnait ce père des folkloristes canadiens. Si le Père Arsenault n'a pas pu S'adonner â la cueillette des contes, il.a quand même touché un peu le domaine en écrivant un essai intitulé, "Le baptême d'Emile", lequel nous publions ailleurs dans ce numéro. Dans