:—— 1755 5k; I763 ——: Barbara Le Blanc 4 r; a, Grain} gré} et; l!”iîcallet1_attitàe :1 Introduction Le lieu historique national de Grand-Pré du Canada, haut lieu identitaire du peuple acadien, joue un rôle primordial dans la construc— tion d’un sentiment d’appartenance à la collectivité acadienne. Ce site a trois fonctions principales : lieu de pèlerinage touristique, lieu symbo- lique d’identité et finalement lieu d’habilitation (empowerment). Grâce à la force de ces trois fonctions, le lieu de Grand—Pré est devenu un point de référence dans la création, la présentation, l'affirmation et la validation d’un sentiment d’apparte— nance acadienne. La création et la destruction d’un établissement acadien Le hameau de Grand-Pré, fondé dans les années 1680 par Pierre Melanson dit Laverdure et sa femme Marie-Marguerite Mius d’Entremont, de Port-Royal, devient une des scènes de la Déportation acadienne en 1755. Sous les ordres du lieutenant-gouver- neur de la Nouvelle-Écosse, Charles Lawrence, 2 200 personnes sont dé— portées de la côte du Bassin—des-Mines vers les colonies britanniques le long de la côte atlantique du Nouveau Monde. C’est important de signaler que la moitié de ces déportés étaient des enfants. Les personnes exilées de leurs terres fertiles et prospères ont vécu une période d’errance et de mi- gration à la recherche de terres d'ac— cueil où ils pourraient se forger une nouvelle vie. Quant à leurs anciennes terres à Grand-Pré, elles sont occu- pées dès 1760 par un groupe d’habi— tants de la Nouvelle-Angleterre, les New England Plantcrs. La poésie sauve l’histoire de la Déportation de l’oubli Comme plusieurs établissements de l’Acadie du 18" siècle, Grand-Pré aurait pu tomber dans l’oubli si ce n’était pour un accident de parcours! Un poète américain, Henry Wads- worth Longfellow, en entendant l’histoire d’une jeune fille aux prises avec la Déportation et ses conséquen- ces, décide d’écrire un poème, Evan- geline : A Tale of Acadie, publié en 1847. Ce poème décrit d'une manière touchante l’expérience de cette héroïne fictive, Evangéline, et de son village natif et historiquement réel de Grand— Pré. Le poème connaît rapidement un grand succès international. Il éveille un intérêt Chez les poètes, les uni- versitaires, les artistes et les touristes, qu’ils soient acadiens ou non. Lorsque le poème de Longfellow devient une lecture obligatoire dans les écoles ca— nadiennes et américaines, le site de Grand-Pré gagne grandement en popularité. La création d’un lieu de pèlerinage touristique et d’un symbole acadien L’image romantique d’Évangéline et de son paradis terrestre de Grand- Pré, tels que décrits dans le poème, a été utilisée par les entrepreneurs, anglophones pour la plupart, à des fins commerciales dans le développement du tourisme culturel en Nouvelle— Écosse dès la fin du 19° siècle. De plus, Grand-Pré et Évangéline ont servi de point de référence dans le cri de ralliement de l’élite acadienne auprès de la population acadienne dispersée à travers les provinces Maritimes du Canada. En 1907, John Frederick Herbin, descendant acadien du côté de sa mère, Marie Robichaud, de Meteghan, en Nouvelle-Écosse, achète un terrain à Grand-Pré en vue d'y aménager un parc commémoratif à la mémoire de ses ancêtres. L'assemblée législative de la Nouvelle—Écosse vote une loi afin de protéger le lieu que Herbin avait acheté. En 1917, Herbin vend le parc au Dominion Atlantic Railway (DAR) qui utilise les symboles d'une Évangéline romantique et d’un Grand-Pré pastoral afin d’inciter PAGE 31 à ‘adiîëfillfiêi «04W particulièrement des touristes amé— ricains à visiter la Nouvelle—Écosse. Les années 1920 et 1930 constituent l'âge d'or du site de Grand-Pré et du personnage d’Évangéline. Après avoir exploité le lieu avec succès pendant plusieurs années, le DAR vend la terre au gouvernement fédé- ral en 1956 et le site devient offi- ciellement un lieu historique national en 1961. Malgré le fait qu’Évangéline et Grand-Pré soient devenus des motifs centraux dans la création d’un sen- timent d’appartenance, certains Aca— diens et Acadiennes des années 1960 et 1970 croyaient que ces motifs représentaient un symbole désuet. Les vertus chantées par Longfellow n’étaient plus appréciées par tous. Pendant cette période de remise en question au sujet des symboles qui re— présentaient I’Acadie, nous avons vu la naissance de plusieurs autres per— sonnages telles Évangéline Deusse, la Sagouine et Pélagie la Charrette. Ces femmes fortes et sages parlaient la langue des Acadiens. Malgré l'ap- préciation du peu le pour ces nou— velles arrivées, ËIÎ/angéline et son village de Grand-Pré continuent à ha- biter notre paysage physique et men- tal de multiples manières et, en le faisant, nourrissent notre imaginaire. La création d’une icône sociale Dans ce contexte, tout au long du 20" et 21“ siècles, des événements de commémoration ont servi de valida— tion et de légitimation de Grand—Pré comme symbole acadien aux yeux du groupé même et pour les « autres n. Une série de célébrations de la culture acadienne et de commémoration de l’histoire du peuple acadien ont été parrainées sur le site par les Acadiens. En 1930, pour commémorer le 175° anniversaire de la Déportation, la So- ciété canadienne des postes a inau- guré un timbre de cinquante cents sur lequel on aperçoit la vue classique