| | | L'IMPARTIAL Re EE ee care LOIN DU PAYS NOUVELLE a Mon récit sera très simple dans son huinble mélancolie, et Je le redis comme je viens de l'entendre conter par un té- moin très modeste et qui ne cherchait point à dramatiser une histoire de tous les jours, non plus qu’à la commenter. Ce n'est du reste, pas même une histoire, —seulement l’épi- sode final d’une obscure desti- née, celle d'un petit soldat Jac- ques Sillon. 11 était venu, comme on dit, des fins fonds du bas Poiton, pour “faire son temps” dans un régiment d'infanterie cantonné, pour l'instant, à Paris. À Paris, Quel changement ! Pensez ! lui qui demeurait, jusqu'alors, à quatorze kilomètres bien comp- tés de sa sous-préfecture, lui qui »’avait voyagé à plus de dix lieues à la ronde et qui n’a-| vait une notion de l'aspect des ville que par ses apparitions häâtives au chef-lieu d'arron- dissement les jours de mar- ché ! 11 ne fut cependant point é- bloui, dès son arrivée, ni même très intéressé. Tout ce qu'il re- gardait sans voir lui était si lointain, si étrange ! Quel rap- port de ceia avec sa vie ? 11 ap- parienait jusque dans les moel- les à cette race tranquille et concentrée qui, de père en fils, se maiptient dans ces villages faits de hameaux maigres, clairsemés, loin des chemins de fer, parmi d'âpres paysages où l'on cruit voir la vieillesse de la terre se marquer partout en rides profondes: 1j avait gran- di, il avait poussé en quelque sorte avec les choses de là bas, au milieu de ce fatalisme latent et cälme qui les enveloppe. Son être moral s'était égale. ment façonné minutieusement à s’esprit intime du sol natal. 1j était tout imprégné de Ja senteur des châtaigneraies ; avait dans l'œil et dans l'âme les clartés spéciales à som ciel. Et, brusquement, il s'était trouvé transplauté dans une at- mosphère si nouveile, si décon- certante, pour accomplir “prestation”, cette d'honneur qu'on ne plus, mais que chacun doit maintenant payer de ses propres jours, de vie. À vrai dire, il ne mit pas trop longtemps à se plier à l'existence réglée de la caserne, il était habitné à cette corvée | rachète sa propre s’accomoder | à toutes les nécessités du tra- vail, à tons les caprices des saisons. Mais, sans au juste sa- voir pourquoi et sans trop s'en apercevoir, il cépérissait. Ce paysan resté iruste ne se com- muuiquait pas, ne se liait pas : rogé et nuscuité, parut per- | ment dut stationner pendant plexe, comme s’il doutait s’il! près de vingt longues minutes, devait l'envoyer à l'exercice ou | entre de hautes murailles lis- lui permettre de se recoucher. suus, -percées de fenêtres régu- 11 finit par s'arrêter à ce second liéres comme des meurtrières. parti. | La chapelle n'était pas moins | Et, d’après quelques jours [nue et glaciale. Le fracas pro- d'attermoiements, d'incerti- (duit pur les soldats s'intallant 'tudes, Jacques Sillion était ve- nu échouer tout de bon sur un|sous les voûtes retentissanies. lit de l'hôpital militaire, parmi | Au milieu de la ne’, gieait le des espèces de fantômes en ca-| Pauvre catafalque, entouré de potes, au teint terreux, comme | quatre cierges ; et sur le drap atteint, à ce qu’on pensait, d'un noir rougi, tranchait Ja d’une affection typhoide grave, la capote gris-bleu, qu'ascom- 11 se laissait soigner sans par- pagnait le shako et la baion- ler, supportant paisiblement | nette du défunt. et patiemment les ventouses, La messe commença. Les sol- ne manifestant guère d’émo- dats se levaient et s’agenouil- tion, aux visites du médecin, laient avec ensemble; un re- que par un regard triste et|cueillement planait dans Ja morne. Puis la fièvre était arri-ltriste enceinte, que remplis-| vée violente. saient les accents du ‘Dies irae” Au milieu d'ua accès con-|! Enfin, quand les prières fanè- vulsil, il avait demandé du pa: bres furent achevées, quand pier, des plumes, de l'encre, et| tous les hommes eurent défilé devant la biére en l’aspergeant du goupillon avec nne gau- cherie craintive, quand le cer-| pague, où les mêmes mots re- ceuii eut été hissé sur le char! viennent, aveu des mélanges pauvrement garni, ils repassè- | de formules convenues et delrent, à la suite de la sombre patois, sans orthographe ni lo-| Voiture, les portes de l'hôpital. gique. | III 11 n'avait nas pris le lit de-| Là course était longue ; jus- pois huit jours qu'il s'endor-| qu'à Ivry! Les avenu:s inter- mait, seul et résigué du der-| minables se déronlaient, entre uier sommeil, comme accablé des arbes dénndés:le boule- par l'iuéluctable fatalité des! vard du Montparnasse, le bou- choses, ilevard d’Enfer, l'avenue des L'infirmier, en passant, vit Gobelins, l'avenue d’italie. C'é- | la rigidité du corps et la laci-|tait l'heure où les pauvres geus | dité jaune du visage ; il pressa|jes ‘ouvriers et les employés, | le poignet entre ses doigts, le vont au travail. Dans leurs! laissa retomber et rebattit le | course pressée vers l'atelier ou drap sur le front devenue gla-|le bureau, ils jetaient à peine! cé. jun regard vague, avec un coup | 11 | de chapeau rapide, au pauvre! | | rédigé tant bien que mal une de ces lettres rudimentaires des pauvres diables de la cam- Alors, le bruit se répandit, à | convoie du soldat. la caserne, parmi les camara-| Seuls. les concierges don- des, que Jacques Sillon venait nant un dernier coup de balai de mourir. sur leur seuil, où les petits Pauvre Killon ! Une commi-! commerçants ouvraut leur bou- | sération réelle se rmélait à la tique, s’arrêtaient un imstant stupeur qui accueillaient Ja pour contempler avec inditié-| nouvelle. Ils se sentaient tous rence ce corbiliard qui s’en al- an peu plus solidaires. En ré-|lait cabotant sur le pavé. gim nt, que l'on a raison d’ap-| Un brouillard humide alour- peler une famille, rapproche et disait l'air, fermait l'horizon ; réunit plus qu’on ne l'imagine!et, la burière une fois franchie La vie commune, les vorvées on ne cessa de patauger dans et les fatigues chaque jour par | une boue compact. tag£es, l'égalité devant la dis- Le lamentable cimetière des “ip'ine, ce sont là antant deldéshérités apparut enfiu. Le conditions qui tendeni à rap-|cortège y pénétra et continua peler, à prolonger la situation | sa route, parmi les ailées dé des enfants au foyer domesti 'trempées, jusqu'à une sorte de que. Et puis, ce qui atteint | vaste tranchée, au fond de la- l'un ponrrait bien ne pas épar. quelle on appercevait une wner l’antre. On se sent tou- caisse blanche, oblongué, et jours impressionné devoir so seulement à demi revouverte de terre. C'était la toinbe, ou, | | | | | | | voisin frappé, comme au com-| bat, par un mystérieux comme on dit, la fosse com- dent on aurait aussi bien pu-!mune de cenx qui n'ont pas le sci-même être la victime. | droit de dormir seuls pour l’é- Aussitôt que la mort de Jac- | ternité et que l’on couche, à ques Sillon fut officieliement côte, au fur et à mesure de confirmée, les caporaux, et les |leur arrivée. | emiers soldats se concerté- | vii pur organiser une sous- cription en vue de l'achat d‘'- unie couronhe. Coup F leur camarades y descendait, sous ia bénédiction des der- |‘ nières prières, les soldats émus 1l n'avait point d'intimités avec ses camarades ; leur bruyaute le génait. Tandis qu'aux heures de re- pos il demeurait isolé, prome nant ses yeux bruns sur tant de choses étranges pour lui, auxquelles il n’arrivait à s’accoutumer, il gaieté point renvoyait peu à peu passer en de eélair mirages la ferme blanche à Ja chaux, avec sa mare ombrawée par des treilles les 1 bordée de haies, de champs rouces et de buis, et les travaux en com- mun dans le “bien” de son père. Bientot, son teint hale perdit son fond de franche couleur : il devint blème, avec des vei- nures couleur de hiique. Ses joues se vidstent, ses orbites se creusaient, ses muscles s'amolli- salent. Un matin, il se sentit lourd, fatigué, malade. Quand *onpa le réveil, pour la premie.- re fois, machinalement, il resta ! au lit. Mais on le fit lever, en Juil disant d'attendre la visite. Le major, après l'avoir inte:- | |uumerotage se fit ; tions variées et |grenaient avec des échos sin- Lis marche !”, on dans la direction de l’Hospice | Gros Caillou. de la grande porte, quis’ouvrit. [nait plus lugubre encore dans Tout ie monde donna, qui un sou, qui deux, qui davan- tage jcenx qui, n'avaient pas à Jeur disposi- demi-décime, le | faisa'ent inscrire pour être re- tcnu sur ia prochaine paye. L'enterrement était pour la lendemain au matin, A sept. | heures, :a compagnie, comman terre tombant sur la bière, dée par un lieutenant, s’al- ayant eacore dans l'oreille ce! gurit dans la enur de la ca bruit sinistre qu'on n’oublié| serne, shakos ep tête et mains pas. | gantées, sous les froides clartés Et voilà comment me fut | d'an ciel gris et brumeux. hi Re Fer pre vre petit soldat. | ses itona- BOISEOUIN heuriées s’6- faient monte: à comme un appel contre la dé-| tresse de leurs isolement et de jivur impuissance |terribie inconnu. 1ls s’éloignerent silencieux, après la dernière pelletée de | nombreux, tion uu seul Scientiño American AG silencieuse tranquilité du matin. Au com- mandement : “Garde à vous! s'ébranla |! culiers daus Ja 5? CAVEATS, | TRADE MARKS, DESICN PATENTS, GOPYRICHTS, etc. For information and frec Handbook write t9 MUNN & CO., 861 BROADWAY, NEW YORK. )dest bureau for seciiring patents in Amcr:ca. Every patent taken out by us is prought before te public by & notice given free of charge in the XX > ee , » Sons AMeriCN CT NN > Targest cireulation of any scientific paper 1 tho vorid, Splendid] } cd NPihtet ent ren sh x Weekly, iüress, MUNN & COQ, ray, New Xork City. Le seul aspect des murs et lentement, donnait un frisson | de malaise. L'impression deve- ia cour d'entrée, où le &étache- enr; SL six mo: Pre: : rm es ! PUPLISHESS, 864 Eruidy sur les bancs sonnant creux | ’endant que ie cercueil deg | à se rappelaient les invocations | É de leur enfance et ïls les sen- |} leurs lèvres, !|f devaut laf CHEAPEST CHAIRS P. E. I. them ourselves WRITE For CuTs AND BEST mr J— AND PRICES. SCHOOL FURNITURE Good, Strong & Cheap J MARK WRIGIT & CO. Charlottetown 1 '4& WRITE FOR PRICES. Jan. 16 96. 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