- 17 - Parmi ceux que les propriétaires persécutaient avec le plus d'acharnement était Jos. Buote de 1a Violoniëre. Plusieurs fois déjà, la loi était allée se casser le nez ä la porte de cette habitation, et Jos. était toujours sorti sain et sauf, avec l'assistance de ses amis. Or, comme on n'ajoutait aucune foi à la promesse que venait de faire les constables w et on avait mille fois raison de ne pas les croire e une quarantaine des plus jeunes, arrivés au pont, descendirent la rivière sur la glace et se rendirent chez Jos. oü tout fut mis en ordre, et pré— paré pour recevoir les constables d'une manière digne de leur mission, s'ils venaient. Ils vinrent en effet. Le shérif, ayant un warrant pour prendre Hubert Gau— det considéré comme un des chefs du peuple, se servit du constable Archy McNeill qui connaissait bien le voisinage, pour lui désigner la demeure de Hubert. Mais celui—ci avait tout prévu. Il avait quitté sa maison; avait en— voyé sa famille ä la maison voisine et s‘était luiemême rendu chez son beau—frère, le petit Français, ou il riait du plus bel en voyant passer ceux qui le cherchaient et qui étaient loin de s'imaginer que leur homme fut si près d'eux. Parvenus ä la maison de Hubert, les officiers de le loi trouvèrent visage de bois. Ivre de colère de se voir ainsi jouer sur tous les points, ils décidèrent de faire un dernier effort, et ä grand train, prirent le chemin de la Violoniëre. Mais quelle ne fut pas leur surprise en arrivant près de la résidence de Joe Buote, de rencontrer une cinquantaine de jeunes hommes, bien armés, qui leur barrërent le chemin, avec défense d'avancer plus loinr Les constables s'appuyant de leur autorité firent semblant de résister, mais Je grand Louis qui ne savait pas ce que c'était que la peur, e'avança comme général ä le tête de ses hommes, tous armés. Il traça sur la neige une ligne avec un bâton et signifie aux constables que s'ils outre«passaient cette ligne ils feraient aussi bien de se préparer au grand voyage. Les constables constatent que ceux qui étaient devant eux n'y allaient pas de main morte, rebroussërent chemin; mais avant de se rendre chez leur ami ils firent voir la lâcheté des sentiments qui les animaient dans leur entre" prise néfaste. Près d'arriver au lieu où ils devaient se mettre ä l'abri, ils rencontrèrent un pêcheur de Caraquetm Paul Landry m qui était resté â Tignish pour y passer l'him ver en attendant son équipage qui devait venir le renconw trer au printemps. Paul s'en retournait bien tranquille» ment de faire la veillée chez un voisin. Ces officiers barbares se voyant seuls u ceux qui les avaient yoursuivis étant retournés ä leurs domiciles respectifs — profitèrent de l'occasion pour se venger de la honte de leur défaite. Quatre d'entre eux saisirent Paul qui en vain proteste qu'il était innocent, le garrotërent et le tinrent prison“ nier jusqu'au lendemain matin, quand ils s'êchappërent nana-