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Un jour, le père de sa femme disparut de sa maison Vingt-quatre heures aprèe, son cadavre fut retiré de la rivière par un mariuier. Cette mort, dans de pareilles conditions, | donna beaucoup à réfléchir. Le bonhomme possédait nne petite fortune, la vie lui était facile, il était d'humeur joyeuse et de bonne santé : on ne put eroire à an suicide. Quant à un acei dent,ilétait bien improbable, puisque je père Toinet,—c'était LE nom,—tounut en buvant un conp à l'occasion, ne se grisait jamais et, de sa vie, n'avait mis le pied dans nn bateau. On jasa un pen sur les canses de cet accident, et les plus hardis ne craignireat pas d’affir mer que Malicorne était coup ble ; inais cela fnt dit tont bas, timidement, par indnetion et sans faire trop de bruit ; chacun redontait l'ancien conducteur de trains de bois, dont on con naissait l'humeur difficile et la force hercaléenne. Le défunt n’a yant d'autre hériter qre sa fill-, Personne s'avisa de pousser bien loin les investigations. et les soupçons finirent par s'éteindre. Après la mort de son beau père, Malicorne s'empressa de vendre les propriétés dn vieux Toinet et ce qu'il possèdait Ini même ; il fit construire dans sa conr d'immenses hangars fermés, a cheta une voitars lézère, et 8e mit à courir les foires, les mar- chés, à visiter les villages et les fermes, achetant et vendant, pour le compte d'un gros mar chand d'Auxerre, disait il, des futailles vides. Ce commerce, quia une très grande impor- tance dans notre pays, devint très prospère entre ses mains :il achetait comptant et vendait à terme, ce qui convenait admira- blement à sa clientèle. Il gagna ainsi pen à pen la confiance des vignerons et des cultivatenrs ; il leur avançait parfois de petites sommes sur billets, tonujonrs ponr le compte de son gros marchand d'Anxer- re,iebr servait d'intermediaire pour la vente de leur vin, des blés, des avoines et des pommes de terre, recevant du vendeur une comm'ssion en nature, et de l'acquérenr une commission en argent. Vin, blé, avoine al- laient s'engioutir dans ses maga sins ; puis, lorsque l’occasion se présentait favorable, 1l cédait à ses voisins, ou dans les com- munes environnantes, toujours aveusons ystème de crédit, mais à des prix irès élerés, les cére- ales dont quel;nes paysans, trop hâtés de faire aïg-nt de leurs produite, ont toujours besoin à l’arrière-sa1son. Pendant ce temps-la, 1! bnvait de la piquette, se nourrissait du : Tignish, Ile du Prince Edouard, Jeudi le ? Septembre 1899 DE VILLAGE 111 [suite] poisson qu'il pêchait à ses heures incocnpées, et de pain noir que boulangaait sa femme. Celle-ci ramassait, le long des routes, l'herbe qui devait servir à l'alimentation da cheval. Vous ne sauriez imaginer ce qu’une semblable existence peut donner de résultats économiques au bont de l'année ! Accumulez le capital primitif, si modeste qu'il cût été, avec ies bénefives faits par Malicorne depuis Ja mort de son beau père, et vons arri- verez à un Ch'ffe de fortune déja fort satisfaisant pour une ambition ordinaire. Mais Mali corte avait mieux qu'une ambi. tion ordinaire ; l'indépen lance ne iui soffisait pas ; il rêvait la domination par 11 richesse : il voulait, après avoir été le der nier de son viilage, le plus nan vre et le plus abandonné de sa commune,en devenir le pre- mier, le plus rich: voulait inspirer l'envie, l'admi- ration, et un antre sentiment qui n'est pas le respect et qui n'est pas non plus !a haine : tuelque chose comme nne crainte respectuense, une défé- rence profonde. Ce désir bizarre existe, peu ou beaucoup, dans l'esprit de bien des gens. de ceux surtont qui, plus madrés et plas auda-. cieux, sont la lime, lorsqne les autres ne sont que le morc:an de fer ; c'est la dernière expres sion de leur ambition, le but de leur vie. Cette royanté des écus tenta si fort Malicorne qu'il ne s'arrêta devant ancune considé- ration pour y parvenir ; il mit en œuvre tous ies moyens Jjue lui suggéraient ses goûts rapa- ces, son énergiqne volonét et des aptitudes toutes particalières à la science des chiffres et aux transactions commer“iales, 1l 6 tait rusé, il devint habile ; il i- gnorait la loi, il étadia le code ot fnt bientôt en état d'en re- moutrer an procurear le plus tetors. C'est aloïs qu'il se fit consignataire des produits dun pays, arançant aux prodactenrs, sur nautissement de céréales, les sommes dont ceux ci avaient besoin. et tronvant moyen de vendre ces produ'ts à des prix supérieurs à Ceux qu'en enssent obtenn les producteurs, tont en ne leur cn tenant compte qn'à un prix Conrven" à l'avance. Mais il arriva un moment où #alicorne, dont la ziv“hosse était un fai: da notoriété publique, ne paya plus qu'en billets, envo yaut chez un ecompère, homme de paille, pour l'escompte de sa signature. Celui-ci, parfaitement stylé par Malicorne dont il é- tait la créature, faisait de l'es: compte à la manière d'Harpa- gon et de Schylork. Oa revenait chez Malicorne tout désappoin- té, et Malicorne, simulant une grosse colère, se répandait en in vectives contre son voisin, le traitait de gneux et de svélérat, disait de revenir je lendemain, sons prétexte de recourir à son (Suite à la 8me Page) habitant ; il No 50 —— mt _ B.&H. Remember these letters. 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