Dee cure rm nee von ee La Maison Grise | (Suite de la 1ère. page) tager était le paradis terrestre des deux interlocuteurs, les frères Noé, en attendant que Dieu leur en don- nât un plus grand dans un monde meilleur. Les deux hommes étaient arrivés À cet Âge incertain qui n’est pres- que plus l’Âge mûr et pas encore la vieillesse. Tous deux étaient grands et mai- gres: l'un, celui qui jardinait, avait une physionomie bon enfaur qu'illuminaient deux yeux pleins de douceur. On .eût dit de ces yeux, quand ils soulevaient leurs paupières, qu’ils cherchaient tou- jours une douleur à plaindre, une misère à soulager. Et la soutane noire que leur propriétaire relevait jusqu'aux genoux pour mieux ar- roser ne laissait aucun doute sut son état social. L'autre, le Ser- monneur, debout à son côté, avec un veston de toile correctement boutonné, l'étoile rouge piquée à gauche, caressait d'une main une barbiche grise et de l'autre une vieille pipe culottée à faire reculer un loup de mer. On devinait le Commandant Gaudérique Noé. Jumeax, malgré les différences caractéristiques de leurs physiono mies, ils se ressemblaient d’une fa- çon frappante, et leur affection mu- tuelle n'avait d’égale que leur grande charité. Gaudérique avait, dès l'enfance, un grand ascendant sur le bon Jac ques, qui finissait toujours par cé- der et s’incliner devant les déci- sions de son frère, qu'il considé- rait comme irréfutables. Enrôûlés tous les deux, l’un sous la croix, l’autre sous le drapeau, ils s'étaient retrouvés après la dé- faite de soixante-dix, le capitaine devenu commandant, avec une jambe de moins et quelques rentes de plus, pendant que l'abbé Jac- ques, nommé curé de la paroisse qui porte le nom de son saint pa- tron, à Perpignan, était menacé de voir son traitement absorbé tont en- tier par ses paroissiens miséreux ; et Dieu sait s’il y en avait.... La vieille Chiquette, diminutif de Françoise, y perdait un latin qu'elle n'avait jamais su et voyait arriver avec angoisse le jour où elle devrait mendier elle-même pour nourrir M. le curé. —Je vais vivre avec toi, l'abbé. —Mais certainement, Gaudéri- que. Où iriez-vous, d’ailleurs ? nous n'avons plus que quelques parents éloignés. Et ce fut tout. La pension du commandant ve- nait bien à propos s'ajouter aux revenus du curé, où ses pension- naires, comme il appelait ses pau. vres, faisaient une large brèche. Quant à Chiquette elle exultait : — Parlez-moi de ces gens qui se fâchent, avec lesquels on peut dis- cuter ! Monsieur le Curé, disait- elle aux voisines, c'est un saint : il ne répond jamais : à croire qu’il ne m'entend pas. Pour le commandant, c’eit autre chose. Il faut voir, quatid il me dit vous ! Ce vous était un des bon'eurs de Chiquette et amusait ment l'abbé. Les deux frère, dans leur en- fance, ne se tutoyaient pas’ C’est une coutume assez répandue dans quelques vieilles maisons du pays et que l'abbé n'avait pas perdue : mais le commandant, par suite de p: »digieu- la fréquentation des camus, avait | le tutoiement facile ; on pouvait, à ou de mauvaise humeur. En gé- néral, il tutoyait Chiquette : mais lorsqu'il avait des observations À vieille fille. De même, lorsqu'il discutait avec le curé d’était : vous comprenez, s de Monseigneur, et un pêcher qui, comme les peuples malheureux, lui, faire il parlait avec ce vous | magistral qui remplissait d’aise Ja | 4 l'abbé. Ceux qui les voyaient de près s'amusaient beaucoup de cette originalité. Quant à Chiquette, si elle était capable de se jeter au feu pour M. le Curé, elle finissait tou- jours par se ranger à l'avis du com- mandant ; et comme elle prenait respectueusement sa part des dis- cussions avec cette demi-familiarité qu'ont beaucoup de serviteurs dé- voués, c'était une raison de plus pour que les décisions du comman- dant eussent force de loi dans ce petit intérieur. Une seule chose tracassait la brave fille : les visites de M. Gau- dérique au café de la Place. Il s'était rencontré là, à deux pas de la caserne Saint-Jacques, qui n’est elle-même qu'à une centaine de mètres de l'église, des retraités et quelques propriétaires voisins qui y avaient organisé un cercle. L'é- lément militaire y dominait ; les vieux racontalent ieurs campagnes ; d'autres, plus jeunes, parlaient du quartier. On respirait là un relent de ca- serne qui rajeunissait le cœur de l'officier et il n’était pas rare de le voir, sa jambe de bois, sa Judith, comme il l’appelait, allongée hors de la table et les cartes à la main, répondre : copas quand on jouait orous et suivre d’un œil attendri les pantalons rouges qui traver- saient la place. L'abbé avait bien risqué des « b- servations ; il se disait que les quel- ques sous perdus au café eussent servi à soulager une misère, mais il fallait passer quelque chose à l’ex- chasseur. D'un autre côté, tout le monde sait qu’un militaire ne peut vivre comme un séminariste, et qu'il vaut mieux faire cent par- ties de cartes dans un café que de blasphémer une seule fois le saint nou de Dieu. Ce cercle avait, d’ailleurs, un rival dans le cœur du commandant. À peine installé à la cure, il avait acheté, à deux cents mètres de la porte Canet, un jardinet qui faisait son bonheur et celui de son frère. Le commandant avait là ample matière à discussion ; et il s’en don- sa. Quand le curé voulait des choux, il parlait d’artichauts, et si le bon Jacques proposait des artichauts, il arrivait avec de la graine de melon. Tout cela de la meilleure foi du monde et persuadés l'un et l’antre, après quelques instants de débat, qu'il n’y avait jamais eu de discus- sion entre eux. Tous les matins, le commandant allait jardiner. Son frère le rejoi- gnait quand son ministère ne l’ap- pelait pas ailleurs, et ils rentraient fiers quand ils pouvaient apporter à Chiquette un échantillon de leur verger. Hélas! ïilsn’en man- geaient guère. Le mystérieux pla- card dans lequel elle enfermait les provisions devait être hanté par les fées ; les réserves diminuaïient d’el- |les-mêmes. Il faut avouer qu’il ne pas rare, lorsque l’abbé par- |tait en tournée, de le voir se sauver comme un voleur avec les poches gonflées. Et si Chiquette risquait lune observation :—C'’est bon ! c'est |bon ce n’est que ma part, et la | petite Jeanne d’en face sera si con- | tente l | Chiquette en colère tournait irré- |vérencieusement le dos, ce qui ne Lu e l'empêchait pas, souvent, d’enta- mer le soir même un pot de confi- tures ponr quelque gamin dégue- | nillé qui lui demandait un morceat de pain. Rien n'était respecté, pas même les pêches de Monsei: gueur ! Car il y avait des pêches ce signe, deviner s’il était de bonne avait une histoire. Monseigneur avait, un beau jour été, donné la confirmation à la paroisse et accepté l'invitation à dîner de son curé. Chiquette s'était surpassée et se; L'IMPARTIAL, JEUDI, LE 7 AVRIL. 1904 préparée à cette occasion. Jugez donc : toutes cueillies au jardin des! frères Noé, une pyramide de pêches succulentes couronnée par deux | énormes, les premières venues cette année sur nn pêcher d'une qualité | supérieure et rare ; de grosses pê-! ches à la chair blanche et fondante, recouvertes d'un velouté faisant penser à des joues en fleurs. l’abbe avait été appelé en hâte chez uue petite malade déjà vue le ma- tin. Ason retour, il fit à Mon- seigneur les honneurs de sa tab'e, Chiquette ayant mis, comme dit le vuigaire, les petits plats dans les grands. Mais voici le dessert: — Ah ! Monseigneur, dit 12 com- man.lant, vous allez voir notre ré- colte. Chiquette ronle des yeux furi- eux ét, après bien des hésitations, se décide à mettre sur table une corbeille à peu près veuve d= son conteuu. Il y restait deux pêches ! et pas les plus belles !... Monseigneur sourit, l'abbé s'ef- fare et pâlit pendant que Gaudé- rique passe au violet et que Chi- quette lève les bras au ciel comme pour le prendre à témoin de son in- nocence. — Vous êtes incorrigible, l'abbé, dit le commandant en regardant son frère. Monseigneur, amusé de la confu- lement qu'il ne voulait rien perdre pour attendre ; et que, pour ne pas être volé, il irait lui-même cueillir sion de son curé, déclare paternel® ou vous entendez ; et, lorsque l’ac- réjouissait d'avance en pensant à la, vous vaudra les observations de cord était revenu : ‘‘tw’’ as raison, corbeille de pêches qu'elle avait Chijuette, car elle sait bien que si vous u’aviez pas les talents de Ti- xador, vous n'avez pas davantage es revenus. | — Revenus qui ne réussissent pas à l'égayer. Je n: voudrais pas porter sur lui une appréciation exa- gérée, inais il a ioujours une figure d'enterrement ou de vendredi saint. —Ce n'est pas qu’il fasse grande différence entre celui-là et un autre, Quelques instants avant le repas, | grommeila le commandant, | — Oui, oui ; je sais, Gaudérique ; mais il en faut pas désespérer ; quelque grande souffrance doit se | cacher sous cette apparente indiffé- | rence. | —QOui ; apparente. vous pas dit que Tixador a déserté . / | sa paroisse parce que le curé de Saint-Jean avait essayé de le rame- ner à Dieu? que, depuis, il évite uotre doyen malgré la piété de sa femme et de ses enfants, et que s’il 1 : f. LarkIN. ÉTOg Pond, moindre allusion à ses sertiments religieux ? Cette défiance re cache- t-elle pas une crainte ?... N'y voyez- vous pas la preuve qu’il cioit en Dieu? et que s’ille fuit dans la personne de ses ministres, c’est parce qu'il le craint ? À suivre Revue Canadienne MARS 1904 SOMMAIRE les pêches sur l'arbre. Ce qu'il fit à quelques jours de là. Dès lors, le pêcher que Monseigneue avait Monseigneur, et le no:n resta à ses pêches. Il ombrageait un puis sur lequel une poulie grinçante tenait en équi- libre deux seaux de fer. plus loin, une charmille, recouverte de vignes, abritait pelle, bêche, brouette, et...tous les accessoires d’un jardinage en règle. un large banc sur lequel le com- mandant fumait sa pipe en con- templant, à travers la fumée bleue, les hauts remparts qui avoisinent la porte de Canet. Le curé y lisait son bréviaire, bercé par la voix des cloches qui, du haut de la tour de Saint-Jacques, lançaient leur appel dans les airs. Et, de leur paisible observatoire, les jumeaux anraient vu lire surles deux monuments l'histoire de leur vie. La cloche de Saint-Jacques rap- portait au prêtre les accents joyeux des épousées, les vagissements des nouveaux baptisés, es actions de grâces des p emiers communiants, les appels des agonisants. Et tou- tes ces voix se fondaient dans la voix argentine qui disait à Dieu : “C'est lui qui m'a fait chrétien | c'est lui qui vous à donné à moi ; c'est lui qui m'a montré mon de- voir ; c'est lui qui m'a ouvert les | portes de votre infinie miséri- | corde’”. Et les pierres des remparts <e di- saicnt entre elles quund la jambe de | bois de l'officier résonnait sur les ponts-levis : ‘Celui-ci, c'est un brave. Ila lutté ;ila eu faim, il a eu froid, mais il n’a jamais reculé ; toujours il a regardé l'ennemi. Nous nous y connaissons. Il a entendu tonner ces conons qui roulent à notre faite ; les balles ont sifflé autour de ses oreilles ; un obus luia coupé la jambe ; mais1l aurait volontiers donné l’autre si à ce prix la France n'avait pas été mutilée !....?? III Ce matin de juin, les deux frères s'étaient attardés à discuter sur l’arrosage des melons. E: comme l':bbé soupirait : — Allons, Jacques, vous pouvez faire disparaître ces traces de jar- dinage. Voilà une soutane qui Un peu gnauit. L'abbé J.-A.-M. Brosseau ptre. ainsi honoré fut appelé le pêcher de | Ztude critique du hvre de M. E.! Derolin». XXX....Les Oubliés, William Combe. Fe Liu que : Sainte Mais Maceicire,. J. C. Chapai:s....Uu problie d'économie sociale. —IT. Edmond De Nevers....La part Cau-erie artisti- ñ# ‘ s à À côté, | des circonstances dans !a formation | | L du à du caractère Américain. A.-B. Routhier...... Québec et ses apçroches : Québec la nuit. —]III. Thomas Chapais......A travers |les faits et les oeuvres. A.-L. Notes bibliographiques. ILLUSTRATION hapu......Moïument d'Henri Régnault. Ary Scheffer ,,....Sainte Marie Madeleine, portrait. Illustrations de M. Jean-B-Lazacé, | lare so much iisunderstood. Articles : | Henri Régnault : Salomé. Exécution sous les rois maures : Kg Le docteur Syntaxe Ies Oubliés : se livre à ses réflexions. Le docteur Syntaxe part en vo-, yage. Le docteir Syntaxe consultant le poteau indicateur. Le docteur Syntaxe attaqué par, FE: des.brigards. Uu problème d'économie sociale : La moisson. Le Sphinx ; Berthe insta:lie à sa fenêtre. Every Catholic should read The {ross —Oh ! apparente ! d’après vous. | Ne m'avez-| | | | | | consent à voir ma soutane, Fe parce que je n'ai jamais fait la! Jean-B. Lagacé....Henri Ré- Gustave Cirilli...... Le Sphinx, | { | | | | | | | ; nds | Portrait ; Henri Réznalt. | | | | | Feu dre | FE Le Sphinx. | FSI, SAUT, TEA and OL. 100 Bbls well cured Island Herring Goo Sacks salt 10 Chest Best Tea 10 Casks American Kerosene oil tof Laths, Lumber and Pailings, Mat- ched Boards and Hardwood Planks, Boots and Shoes. Paint and oiis, Nails, etc. 200 Bbls Flour now on hand. A! cheap lor cash or produce. CASH PAID FOR OATS 1 nn. Linie | | THE FAIRBANKS Gas and Gasolane Engines FOR ALL POWER PURPOSES | | | | } | BUILT IN ALL SIZES These Engines are the Cleanest, Most Convenient and Most Economical Form of Power. 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