4? au LA CIE. DE PUB. DE L' RS fait ent men tpm ein mm na mem Fe à Force? > = # Mostler IMPARTIAL, PROPRIÉTAIRE. G. BUOTE, RÉDACTEUR. RE F. J. BUOTE, GÉRANT VOL. 3. NO. 22 & RERIRIRIRIRERI RER Il avait d’ailleurs l'âme traquille. Après la traversée de l'Océan, parmi les icebergs, au milieu d’o- paques brouillards et par la fameu- se double brise, qu’était-ce qu’une journée de navigation sur un fleuve profond et rapide à la vérité, mais par ün temps saperbe et dans la splendeur des pays tropicaux ? Pour la première fois depuis le Havre, il était disposé à regarder autour de lui, à étudier les hommes et les choses. Un bon sourire flottait sur ses lèvres, tandis qu’il fouillait l'horizon du regard, en proie à l’ad- miration que provoque toujours l’aspect d’une nature splendide. ‘Mon Dieu, ruminait-il presque involontairement, les voyages ont du bon de temps à autre, et dans les pays chauds, quand ils sont ci- civilisés. J'en conviendrai avec Sophie elle-même, ce soir, mais n'importe ; le confortable du ‘‘“home’”’ et l'existence paisible, orchestrée de douces habitudes, rien n’est plus délicieux.” Clauie, on le voit, s’apaisait. Sa rancune contre Sophie s'estom- pait sous l'influence de sensations inéprouvées, et il était clair qu’en retrouvant sa femme il ne donnerait pas à ses reproches l’aigreur, que dis-je ? la cruelle dureté qu’ils au- raient eue s’il l'avait rejointe à New-York. Au contraire, Mme TIGNISH, ILE du PRINCE EDOUARD, JEUDI LE FEUILLETON DE L'IMPARTIAL L'AVENTURIER MALGRE LUI. vovves6eS lsible, Personne, sur le ‘‘Lafa- | yette”’, ne permettra ça, ni les pas- |Sagers, ni le capitaine... —Ah bien ! s’écria Claude, il ne manquait plus que ça : une furieuse | lutte de vitesse jusqu’à ce que l’un des deux bâtiments saute. Il fal- lait s'y attendre, j'étais trop tran- quille. Quel pays ! —Rassurez-vous, monsieur, su- surra le nègre, qui n'était agité d’aucure inquiétude. Le ‘‘Lafa- yvette’ a des machines neuves. Dans dix minutes, nous aurons laissé le ‘‘Jackson’”’ aux cinq cents diables. —Oui, oui, je sais, vociférait Michon. Chacun en dit autant sur l’autre bateau. Et vois donc, petit malheureux, il arrive à notre hauteur. Tiens ! veux-tu que je te dise ce qui se passera dans dix minutes, on mettra des poids sur la soupape de sûreté, notre cheminée deviendra rouge comme braise, et alors...alors...’? Le malheureux, suffoqué, s’ar- rêta. Il n’osait pas dire ce qu’il entrevoyait. Au reste, le ‘‘Jackson’’ n'avait point des allures de tortue. Il fen- dait le courant avec une étonnante rapidité, et bientôt il se trouva sur la même ligne que le ‘‘Lafayette’’, manœuvrant de façon à lui couper la route. En sorte qu’on distin- Michon pourrait avoir beau jeu | guait parfaitement les physionomies pour le convertir à ses idées, si elle y tenait encore. Bref, quelques heures de béatitude contemplative avaient suffi pour faire de lui un excursionniste à la façon de So- phie. Vers midi, comme il remontait sur le pont, après avoir déjeuné, il trouva la foule des passagers plon- gée dans une agitation extrême. Certains individus qu’à leur costume il était facile de classer dans la ca- tégorie des aventuriers des prairies ou parmi les nomades louant leurs bras dans les fermes pour des tra- vaux spéciaux, montraient une ‘n- dignation qui se traduisait par des cris rauques ou des exclamations bien semblables à des menaces. Plus de la moitié des voyageurs parais- sait en proie à une colère verte. | L'autre moitié s'intéressait évi- demment à quelque chose qui se passait sur le fleuve même. Mal- heureusement, Claude ne compre- nait pas un mot d'englais. Aussi ne parvenait-il pas à deviner de quoi il s'agissait. Pa Un autre vapeur naviguait un peu en arrière du ‘‘Lafayette’’ et marchait même à une vitesse plus grande que ce dernie-. On s’in- terpellait d’un bord à l’autre. Claude crut que des propos mal- séants échangés entre les deux na- d’un vapeur à l’autre. Tout à coup, l'attention de Claude fut attirée par une dame, passagère du ‘‘Jackson’’, qui agi- tait un mouchoir et semblait vou- loir attirer l'attention de quelqu'un à bord du ‘‘Lafayette’”’. Claude était trop exaspéré pour s’aperce- voir de quoi quece soit. Mais Boubou, dont les yeux de seize ans ne perdaient pas un incident, soit autour de lui, soit en dehors du bateau qui le portait, Boubou s’é- cria, oubliant de parler tout à fait français : “Mister Michon, mister Michon dame blonde, grassouillette, petite, sur le ‘‘Jackson’”’. Elle vous fait signe avec son mouchoir. Regar- dez, regardez, sur l'arrière... —Oui, oui, je vois, dit Claude, que l'émotion étranglait. La mal- heureuse ! Je ne distingue pas très bien...mais il me semble bien que c’est elle. —Si vous reconnaissez son cha- peau, sa robe... —Au fait, oui, mon Dieu ! mon Dieu, c’est Sophie.”? Puis, se tournant vers Boubou, il { l | | demanda : | ‘Tune peux pas | : : june jumelle, tue procurer une lorgnette, une | : pe » ? à IOngue-vue Si, si, attendez, mister Mi- vires causaient tout ce tumulte, et | chon.” se contenta de trouver Ses COmpPa- gnons de route bien bruyants. Mais Boubou, étant venu Se planter à son côté, il lui demanda de quoi il s'agissait. “C'est, répondit le petit nègre, c’est le ‘‘Jackson’”, où plutôt son commandant, qui s’est mis dans la tête de nous dépasser pour aborder plus tôt que nous à la première station. —Eh bien ? _-Eh bien, monsieur, fit Boubou, un peu scandalisé, ce n'est pas pos” Le bon boy courut à toutes jam- hes vers l'escalier de la salle à manger, disparut un instant et revint avec une lorgnette, que Claude mit nerveusement au point et braqua sur la petite dame gras- souillette et blonde. Elle s’agitait toujours, faisant de grands bras, multipliant les gestes. Michon dit d’abord : «C'est elle, je crois que c'est elle. Eu tout cas, c’est son chapeau, il n’y a plus de doute. Et voilà où nous en sommes ? Grâce à sa mo- nomanie des voyages, l’un de nous deux va périr, tous les deux peut- être, et ce seront l'oncle Martin et | la tante Honoriue qui hériteront de | nous. ..’? Mais il crut devoir interrompre son triste monologue pour répon- dre aux appels de Sophie. Et dès qu’il eut fait flotter un mouchoir à son tour, la dame du ‘‘Jackson’’ redoubla sa télégraphie. Cependant, le ‘‘Lafayette’”’ avait pris une allure plus rapide, se jouant des efforts de son rival, avec une évidente supériorité. Mais le commandant du ‘‘Jackson’’ n’était pas homme à se rendre. Ilordonna que ses chauffeurs employassent les moyens les plus redoutables pour accélérer quand même la marche du bateau. On fit donc à son bord ce que Claude avait prévu pour le ‘Lafayette’ ; on condamma les soupapes de sûreté, on alla jusqu’à imbiber de pétrole le charbon dont on bourrait le foyer jusqu’à la gueule, et grâce à ces mesures in- sensées, la vitesse du ‘‘Jackson’’ augmentait encore. Claude regardait toujours la dame et répétait : ‘C’est elle, parbleu ! Hier, elle n’a pas eu le temps de s’embarquer dans la matinée... ; c'est égal, ce doit être une femme joliment épatéé de me voir sur le Mississipi... Les deux bateaux s’étant mo- mentanément rapprochés, il fit un porte-voix de ses mains et cria : ‘‘Tante Honorine est m...”’ Il n’acheva pas. De la cheminée du ‘‘Jackson’' venait de s'échapper une trombe de feu. Il y eut comme un effroyable déchirement, suivi d’un coup de tonnerre ; le ‘“Jackson’’ s’entr’ouvrit, et Claude Michon, terrifié, cloué sur place, sans voix, vit la dame, sa Sophie, lancée à plusieurs mètres en l’air, décrire une effroyable parabole et tomber dans le fleuve, où elle sur- nagea un instant, soutenue par ses jupes. Bousou, éperdu, la dési- gnait des deux mains, criant en an- glais : ‘‘Sauvez-la ! sauvez-la !”? Mais c'était un vain appel. A- vant qu'on eût pu mettre une em- barcation à la mer, elle était en- gloutie. Cependant, elle reparut vingt mètres plus loin. Claude aimait sa femme, nous l’avons déjà dit. En la voyant tomber à l’eau àla suite de l’ex- plosion, blessée, brûlée peut-être, il ressentit au coeur quelque chose d’aigu, comme si la vie s’arrêtait en lui-même ; un cri étouffé lui dé- chira la gorge et il chancela, com- me s’il allait tomber mort. Mais Boubou était 1à. Ce n’é- tait ni un imbécile, ni un emporté qué ce petit nègre. Voyant qu'à bord du ‘‘Lafayette’”’ on se dispo- sait à sauver les victimes de la ca- tastrophe, ii courut vers une balei- nière que deux marins faisaient déjà descendre des porte-manteaux, sauta dans la barque et dit aux matelots : ‘‘Il y a vingt-cinq dollars pour vous, si vous me prenez à bord du canot avec mon maître, mister Mi- chon. —Où est-il, ton maître ? deman- SSSR SAR SAS XSARA LR ASE SALE AUSE SE | 9 JUILLET 1908. Il ANNEE. Sick Headache, Biliousness, Dys- pepsia, Coated Tongue, Foul Breath, Heart Burn, Water Brash, or any Disease of the Stomach, Liver or Bowels. Laxa-Liver Pills are purely vegetable ; reither gripe, weaken nor sicken, are easy to take and prompt to act. Et, revenant sur le pont du ‘‘La- fayette,’ le smoricaud courut à Claude, qui, tout blême, revenait à la réalité de son malheur. ‘Monsieur, lui dit-il, en le se- couant d'importance, mistress Mi- chon, pas morte, venez vite ! ve- nez vite ! on va la sauver, allons ! allons !”? Claude eut un sursaut, s’affermit sur ses jambes et se laissa conduire vers [a baleinière, où il fut descen- du sans savoir comment cela s’é- tait fait. Boubou, agile comme un singe, s'était laissé glisser le long du bord, et se tenait à son côté, disant aux miatelots : ‘Nagez dans ce courant-là, droit à la pointe qui fait coude là-bas ; moi, je vais regarder si elle repa- raît sur l’eau.”’ Michon, à ces mots, se dressa vi- rilement, et, tout à l’espoir de sau- ver Sophie, embrassa la nappe d’eau d’un seul regard, aussi loin qu’il le put. Etre temps, il s'était produit sur les deux bords du fleuve, où jus- tement se dressaient des villages assez importants, un remue-mé- nage extraordinaire. De la rive gauche comme dela rive droite, des barques s'étaient détachées en grand nombre. Les premières ar- rivées surle théâtre même du si- nistre, ou plus bas dans le courant, recueillaient déjà, çà et là, des nau- fragés, Le ‘‘Lafa- yette’’ lui-même venait de faire machine en arrière et se portait au secours des malheureux passagers du ‘‘Jackson’’, pendant que la car- casse de celui-ci allait à la dérive en coulant bas. L’incendie dévo- rait les restes de sa superstructure. On sauva pas mal de gens. Les deux matelots qui manoeuvraient la baleinière avaient gagné la par- tie du fleuve désignée par Boubou et ‘‘nageaient”” avec une vigueur incomparable, Leurs avirons pli- aient sons l'effort de leurs bras puissants. Michon et son nègre, silencieux, avaient concentré toute leur puissance vitale dans leurs yeux et scrutaient la surface de l’eau. Dans un remous, Boubou crut voir quelque chose, à cin- quante mètres en avant de la ba- leinière. ‘““Hardi ! hardi ! s’écria-t-il. La voilà, monsieur Michon. Elle tient encore son mouchoir.’ L'’embarcation prit, à ces mots, un essor plus rapide, Mais Bou- bou n’était pas le seul qui eñt 2. perçu Sophie, sans doute, car plu- sieurs cauots, de ceux qui venaient rari nantes. da l’un des deux hommes. —]Je vais le chercher, répondit Boubou.’’ du rivage, mirent le cap sur le mê:- me point. I,'un d'eux, même, re- (A Suivre) + Myrick & Co ! Dr. Mur$hy Importers aad Dealers in DRY GOODS HARDWARE BOOTS & SHOER FINE GROCERIES And Fishing Supplies AT TIGNISH: and A LBERTON We have just opened a tull ano complete stock of NEW GOODS, We are prepared to Supply the wante of the farmer, fisb- erman and mecha- nic We invite in- tending: purchasers to give us a call, and they will find we can meet al competitors, and trouble and ex- Summerside or Charlottetown. save to them the ] pense of going to PHYSICIAN AND SURGEON TRORRRRE ici. de E. EL J. 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