L'IiIMPARTIAIT,, JEUDI LE 23 DECEMBRE LES ROSES DE NOEL CONTE D'HIVER Le soleil venait de paraître à l'horizon, un vrai soleil d'hiver, clair, brillant, qui faisait res plendir Ja neige. Les rouges- gorges s'ébattaient sous ces Tay- oLs dorés et chantaient devant la fenêtre en attendant les miet- tes qu'on leur distribuait tous les jours. Yvonne s'était levée aussi ma- {in que ses petits compagnons favoris. Ce n'était pas pour cou- rir dans la neige vierge qu’- Yvonne avait quitté son lit, ni pour admirer les arbres parés de givre. Le cœur de j'enfant était gros de chagrin; depuis plu- sieurs jours, le jeu était sans charme pour elle. Aussitôt ha- billée, elle s'était glissée dans la chambre de sa mère, et, là, tlot- tie dans un coin, elle ne quittait pas des yeux la malade. La mère d'Yvonne était très ma- lade, et le médecin qui ia visi- tait hochait la tête en soupi- rant et ne pouvait pas la gué- rir. En cet instant, elle était éten- due immobile et toute blanche dans son grand lit, elle parais. sait dormir. Yvonne, en regar- dant les rayons de soleil qui dansaient sur l'oreiller, pensait qu'ils allaient peut-être réchauf- fer et éxayer sa mère. Tout était silencieux et tranquille au de- hors comme dans la maison. à Las + ë & & 5 & + € + L. LE À FT AMAR CA NL RRB M &, \ e— DAC DRE Fa TPM EE ET ARE 0 Mais voilà que soudain les clo- ches se mirent à lancer ieurs plus joyeux Carillons : c’étaient des volées de notes rapides, vi brantes, qui s'éparpiilaient dans l'air du matin et semblaient dire à tous: Réjouissez-vous, ré- Jouissez-vous ! Noal !.…. A ces sons errants, pleins d’al- légresse, la malade tressaillit, ses yeux s’ouvrirent tout grands, et elle se redressa. — Noel ! murmura-teile eu é- tendant les bras comme pour arrêter quelque chose au pas- sage. Le père d'Yvonne releva Ja tête, essaya de calmer la jeune femme. Il lui prit les deux maius, y appuya son front et re- tomba dans son antantissement de tristesse, paraissant ne plus rien voir, ne plus rien entendre. La mère se mit à parler sous l'impuision du délire. —C'est Noel! répétait O Dieu ! où vais-je ?...Le fardeau m'est trop lourd. Et elle gémit en appelant comme un enfant qui souffre : Maman... —C'est aujourd'hui la grande éète, poursuivit-elle, les cloches le chantent—On célèbre Noel dans les églises et tous Îles cœurs s'’épanouissent..Je dois comme chaque anmée porter à ma mère un bouquet de roses de Noel......Je vais les cueilür dans le jardin. La neige est si blanche auprès des fleurs roses, l'air est bien bon aussi... Mère, voilà les roses de Noel, embras- sez-moi. Oh !elle n'a plus de baisers pour moi à cette heure. Combien yatilde t-mps qu-- m'a repoussée ? Maistount n'est à NE Re nee 8 BAR Ve MN CE ARRET TR CS Du Ka " 4: PMR CA RE LAN + net “ 4 pas fini Yvonne, ma ché- ; Moss Fe L'enfant s'approcha frein- 4 blante. A+ __Evoute-moi, reprit la ma:ade d'un ton si lent el si doux que, sans l'éclat fievreux de son re- gard, on n'aurait pas soupçonné qu'elle avait ie délire. Ecoute- moi bien, il fant que tn fasses aujourd'hui ce que j'ai fait tant d'années. Tu sais, ma fille, graude et belie maison que ta as vue cet été. Tu voulais regar- der par la grille, ton père ia emmenée …..…. Rappelle toi...une grille doréee, des paons sur le mur, un petit lac où nagent d?s cygnes. Yvonne, vas-y, Va, mon enfant, entre sans crainte, preud, nne allée à droite, un sentier qui longe le basin. Quand tu auras dépaesé les grands arbres, Li a de AE on ESS Ne & PTS la | beaucoup, plein tes petites mains. Puis faissen deux parts et va vers la maison. Tu connais le chemin…...Non, tu ne le connais pas. Malheur à moi ! tu n'es jamais entrée dans la de- meure de ma mère. Dieu te gui- dera. Cherche une chambre, une belle chambre tendue de vert sombre. Les grandes fenêtres ouvrent sur le parc, et l’on en- tend de là, en été, chanter les oiseaux et jouer les petits en- dame. Elle ne te connait pas, mon Dieu ! Tu poseras un des bouquets sur ses genoux et tu me rapporteras l’autre. Les roses du pare me guériront peut- être. La jeane femme retomba dans son accablement douloureux et ne murmura plus que des paro- les sans suite. Yvonne avait bien compris ; sa mère voulait des roses de diu, non, mais de celles qui croissaient près des arbres du pare. Yvonne irait les chercher. L'enfant sortit sans que per- sonne s’en aperçut. Elle eut grand’peur en se trouvant seule sur Ja ronte, ses jambes se refu- saient à la porter si Join. Mais elle ressembla son courag» et s’engagea entre deux haies aux- quelles la neige faisait comme une parure d’aubépine en fleur. Elle ne s'étaient pas trompée ; voilà bien le haut tout d’ar- doise, les petites tourelles poin- tues ; la grille dorée était ou- verte. Yronne se glissa grain- tivement das l'enceinte du jar- din. Si quelqu'un allait la voir, la chasser ? Que tout était beau ici ! Les queues des paons mi- roitaient au soleil comme sielles étaient chargées de pierreries ; de grandes cages vitrées comme des serres renfermaient des oi- seaux étranges : les uns étaient grands et superbes dans leur plumage diapré, les autres si brillants qu'on les aurait pris nour des fleurs vivantes. Le ba- sin gelé brillait comme une pla- rentrés ; jusqu’au printemps, ils ne nageraient plus en faisant on- duler leur cou flexible. Yvonne prit le sentier dont lui avait parlé sa mère, et elle fut bientôt derrière les arbres. Dieu! que de roses de Noe!! que de roses !....C'était à croires que des anges les avaient jetées à pleine main en passant par là. L'enfant se mit résalument à l'oeuvre. Tandis qu'elle était à genoux, la figure inclinée, toute rose d’ardeur, un bruit de pas lui fit relever la tête. Elle écar- {a les cheveux qui voilaient son visage et jeta autour d'elle un regard effrayé. C'était un homme, un vieux domestique en livrée. 11 s'était arrêté stupéfait et levait les bras en criant : —$Seigneur, mon Dieu ! Made- noiselle......C'est mademoiselle Andrée ! Yvonne ne s’expliqua pas ces exclamations, elle rassembla sa moisson fleurie, et, comme le vieiliard avait l’air bon, ele s'approcha de lui. —Je vous en prie, dit-elle, laissez-moi passer, il faut que je trouve une vieille dame et que je lui donne la moitié de ces hui Noel! — Parce que c'est aujourd’hui : Noel ! répéta machina'ement le | vieux. Et avant qu'il eut dominé son saisissement, l'enfant avait dis-| paru. Elle suivit les allées qui s’en- tre-croisaient et faisaient mille circuits. Vingt fois elle se per- dit, vingi fois elle retrouva la bonne voie. Les domestiques qui Ja rencontraient dans les corri- dors fuyaient effarés comme d: yant une apparition. Elle conti- inua ses recherches sans ‘ue ae Age dr à fants. Tu trouveras une vieille 4e ce côté. Noel, pas des roses du petit jar-! que d’argent, les cygnes étaient | Îtu verras des roses de Noel à/|rien ébranlât sa confiance enfan- | plus étroitement contre elle, et, foisen. Cueilles en, cueilles en|tine et elle atteignit enfin son d’une voix étouffé : | bu:. Oui, il y avait bien dans le somptueux château une cham- bre ioute tenue de vert sombre les hautes fenêtres donnaient sur le parc, et, durant les beaux jours, on pouvait entendre de là, | en effet, le bruissement des feuillles bercées par ia brise, le chant des oiseaux, le murmure des cascades... Mais, depuis bien longtemps, hélas ! aucun joyeux d'enfant n'avait retenti Surua fauteuil était assise une vieille femme qui pleurait. Elle aussi trouvait le fardeau trop lourd. Et le silence de ia maison pesait sur son cœur La porte s'ouvrit, de petits pieds efflcurèrent timidement le tapis et une enfant s’avança dans la chambre. Ses grands yeux innocents et ‘endres re- gardaient avec douceur devant eux, ses mains étreignaient à grand’peine des fleurs qui s'en échappaient à chaque pas. La vieille dame poussa un cri et se rejeta en ‘arrière. Ce n’était pas une vision, l'enfant s’avan- çait toujours. Elle posa une par- tie de ses roses sur les genoux de la vieiile dame, celle-ci se mit à trembler et attira l'enfant contre elle en disant Andrée ! —Andrée est le nom de ma mère, moi je suis Y vonne, dit la petite fille. —Qui t'a conduite ici, mon eufant .… demanda Ja vieille dame d’une voix aitérée. — Personne. C'est le bon Dieu qui m'a montré le chemin Qui t'en voi ? —Maman. —Ta mère ? —Oai. Elle a dit : C’est Noel, va cueillir des roses, donunes-enu àsla vieille dame et apporte m'en aussi. Je lui ai gardé cei- les-là. Elles sont bi n belies et vont la guérir. —Eile est...elle est done ma- lade ? Les yeux de l'enfant se voilè rent. —Oui, soupira-t-elle. Elle appela la nuit sa mêre, mais sa mère ne vient pas. Sije sarais où elle demeure, j'irais la cher. cher. Je suis bien venue tonte seule ici, je n'ai presque plus peur. —Elle appelie...répéta vieille dame. 1 a Et elle cacha son visage dans ses deux mains amaigries san- glotta. — Pourquei pleurez vous ma-! dame ? Yvonne en Jui caressant la joue Vous êtes malheureuse? — Oui, bien malheureuse. J'a- vais une fille, je n’aimais qu’elle au monde. Chaque matin de Noel, elle m'apportait un bou- quet de ces roses. J’ai cru que c'était elle quand tu est entrée., —Elie ne vient donc plus ? —Non, je le lui ai défendu. —AÀh ! Pourquoi ? —Elle m'a quittée, moi qui l’'aimais uniquement, pour sui- vre quelqu'un que je n’aimais| pas. —1l était méchant ce quel- qu'un là ? | —Non...non. Je ne sais, en vérité. Mais que vais-je te racon- ter là, pauvre enfant ? —$i vous voulez, je deman- derai au bon Dieu qu'il vous! renvoie votre petite fille. Main ! ! fleurs, parce que &’est aujourl’-| te D ED “HR r tenant je m'en vais. —-Ne t'en va p?s. Je ne veux | pas te laisser partir. | —C'est que, voyez vous, ma- dame, l'ange pourrait descendre chez nous pendant que je n'y| suis pas. | —L'ange ? | | —Ma bonne dit qu'un ange ‘descendra bientôt chercher ma-! man, 1] fant que je sois la porr. ‘empêcher maman de partir. 1l| n'y a que moi qui le puisse à la malson. Mon père était fort, si fort. E à bien ! à présent, il si porterait pas même ce bouquet. | Adieu. La vieille dame pressa Y voue Hi qi { fl | —Veux-tu que j'aille avec toi ? dit elle — Oui, je veux bien, répondit ! l'enfant sans hésiter ; mais, s’il. vous plait, nous marcherons' vite. En Elles partirent ensemble, la vieille dame serrent la main de. l'enfant comme si elle eût craint | qu’Y vunne ne ini échappât. | Yvonue guida sa compagne. jusqu’à la maisoa et l'introdui- sit danis la chambre de sa mère. Tout était demeuré moment eù Yvonne était sortie. Mais le père se redressa en a- percévant-la visiteuse. La vieille dame chancelait ; sans pouvoir faire un pas de plus, elle lui tendit la main en disant : —Mon fils. Les yeux du père se rempli rent de larmes en entendant celle qui l'avait toujours impi- soyablement repousse l'appeler! pes de ce nom. — Venez vite, dit-il en Ja con- duisant vers le lit avec un ten- dre respect. Le bonheur guérit, Et aussi les roses de Noel, chuchota Yvonne. 11s restèrent un instent muets, ! hale‘ants d'espérance et d'en- goisse, épiant le réveil d’Ancrée Elle ou‘rit les yeux, et, avec un cri de joie, elle jeta en pleurant ses deux bras autour da cou de la vieille dame qui pieurait aussi. — Maman, ch! maman, mur- mura-telle. Yvonne, embrasse ta grand mère. On ne vit jamais plus beau jour de Noel, jamais convales- cence plus merveïlleuse ; jamais grand'mère ne fut plus fêtée: ja. mais familie plus heureuse. Et, chaque fo's que, pendant ce jour de bénédiction, les clo- ches firent retentir l’air de leurs vibrations joyeuses, elles trou- rèrent ici un écho fidèle ces coeurs reconnaïssants envers Celui qui les avait s:courns chantaiont en même temps que les cloches —[Loué soit Noel ! Dieu ! Noei ! B De Buxy, C ampbell Hote! Cm n À. | VV ATER SUMMERSID First class Tab'e, Careful J. KR. NOOP Guests and Ba and from trains charge. Our À Cures mpure CC: is Rheu Liver Ce H: adac} ver ai plaints, tions, seases, | WE C AND WIL OT SOTD NNLY BY XEIT McRINNO : : - Summerside, P. KE I General Agent OXIEN- AN À E4 The wonderfulil food for the Nerves. | [t gives vita ity a :d vigor tothee -| tire sy tem. | Gives Strength, Health to young and old. For SALE BY NEIL MUuKINNOx Surmmerside P, E. I RIP.ANS Le TEN FOR FIVE CENTS. 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