RAGE 1:2: ä— J755 I763 —_—— Georges Arsenault 1.5.65 I3 ETÎWE.“ SŒWËMAMGË? idem et lia: Déportation de 1.7/55 La déportation des Acadiens, entre- prise par les Britanniques au cours de l’été de 1755, a eu un impact considé— rable sur la colonie de l’île Saint—Jean. Elle a dû accueillir en catastrophe quelque deux mille Acadiens qui ont réussi à échapper aux militaires bri- tanniques‘. Rappelons-nous que l’île Saint—Jean, comme l’île Royale, était toujours une colonie française en 1755, alors que l’Acadie continentale (la Nouvelle-Écosse péninsulaire) vivait sous le drapeau britannique depuis 1710. Quant au territoire qui constitue aujourd’hui le Nouveau-Brunswick, la France et l'Angleterre s’en dispu— taient l’appartenance depuis le traité d’Utrecht de 1713. Les réfugiés qui arrivent à l'île Saint- Jean en raison de la Déportation de 1755 retrouvent des centaines de leurs compatriotes qui avaient abandonné leurs terres en Acadie anglaise à la suite de la guerre de 1744-48. D’ail- leurs, en raison de cette première migration importante, la population de l’île avait quadruplé en six ans, passant de 735 à 2 969 habitants entre 1748 et 1755. Un grand nombre de ces nouveaux arrivants se présentaient avec leurs biens et leurs animaux, alors que d’autres étaient grandement démunis manquant de quoi se vêtir et se nourrir et nécessitaient l’aide du gou- vernement pour recommencer à neuf. Malgré de mauvaises récoltes pen- dant plusieurs années et des temps de misère, les colons réussissent tran— quillement à améliorer leur sort à tel point qu’au printemps de 1755, les administrateurs de l’île Saint-Jean pré— voient même que la colonie pourra désormais se passer des rations four— nies par Louisbourg et Québecz. Ils pensent donc avoir surmonté la pério- de critique dans laquelle la colonie se trouvait depuis six ans. Cependant, l'arrivée d’un très grand nombre de réfugiés acadiens, à comp— ter de l’automne 1755, jette à nou- veau la petite colonie insulaire dans un état de crise. Celle—ci s’avère bien pire que l’exode précédent (1748- 1754), car beaucoup de ces nouveaux réfugiés arrivent presque complète— ment démunis. Ils fuient à la hâte leurs villages pour éviter d’être pris par les militaires britanniques qui s'amènent et incendient leurs maisons, leurs granges et leurs récoltes. On estime qu’environ deux mille de ces réfugiés acadiens auraient traversé à l’île en 1755—56. Mais les ressources pour les ravitailler manquent de sorte qu’un grand nombre retourne à la terre ferme et se rend à Miramichi. De plus, le commandant de l’île Saint-Jean, Gabriel Rousseau de Villejouin, envoie à Québec beaucoup de personnes malades et inaptes. Dans une lettre au ministre de la Marine, le 26 novembre 1756, le commissaire ordonnateur à Louisbourg, Jacques Prévost, écrit : La situation générale de la colonie [...] ne m’a pas permis de faire pas— ser a I’isle St jean tous les secours que m’a demandé M. de Villejouin, et dont il a reeIIement besoin pour faire vivre et pour couvrir cette multitude de refiigie’s qu’il a recu depuis un an. II luy en reste encore quatorze cents independament de tous ceux qui ont retournes a mirami- chi, et de ceux que ce commandant a fait exporter en Canada 3. Ces réfugiés viennent d’abord des régions de Beaubassin et de Cobequit. Parmi les malheureux qui arrivent à l’île à la fin octobre, il y a un groupe d’une centaine de femmes de Beaubas- sin dont les maris avaient été pris par les soldats et déportés en Géorgie. w De leur cachette, l’abbé François Le Gueme conduit les femmes et leurs enfants à l’île avec plusieurs autres réfugiés Par bonheur pour l’ac— complissement de ce projet écrit—il, il se trouvait parmi elles plusieurs jeunes gens, des vieillards et Cinq ou six hommes échappés de Beaubas- sin.4 L’été suivant, i1 y a même seize personnes revenus de la Caroline du Sud, où ils avaient été déportés l’automne précédent, qui traversent à l’île en passant par Cocagne? Parmi ces gens se trouve la famille de Félix LeBlanc et de Marie-Jose— phe Thériot (voir article de Earle Lockerby dans la présente édition 2005). D’autres réfugiés arrivent de Halifax où ils avaient été fait pri- sonniers. Tous ces réfugiés réussissent à s’es« quiver à l'île grâce à plus de trente bateaux que le commandant Ville- jouin nolise et envoie à Cocagne et à Tatamagouche. Ils appartiennent principalement à des Acadiens de l'île Saint—Jean. Parmi les capitaines qui font plusieurs voyages, mentionnons Abraham Dugas, Joseph Dugas, Amant Bujeau, Pierre Gautier, Pierre Gravois, Charles Gallant, Joseph Richard et Jean—Baptiste Le Marquis. Dans ces voyages sur « la Mer Rouge », ils transportent non seulement des passagers mais aussi une grande quantité de bétail et des provisions alimentaires qu’ils réussissent à sau- ver avant que l’ennemi n’en prenne possession“. Le commandant emploie aussi de nombreux Mi'kmaq pour obtenir et transporter des provisions pour la colonie en crise’. Les traver- sées ne se font pas sans danger dans le détroit qui est patrouillé par des navires anglais. Schmeisscr, op. cir.. p. 6l. I45-l48. Schmeisser, op. cit, p. 64. le‘JIJàleJ— Je désire remercier Sally Ross et Earle Lockerby qui ont aimablement lu ct commenté cet article. Leurs suggestions m‘ont été très utiles. Barbara M. Schmeisser. Building a Colonial Outpost on Ile SI. Jean Port La Joye. 1720-1758. Halifax. Parcs Canada. 2000. p. 58. Lettre du 26 novembre 1756 de Jacques Prévost au ministre de la Marine. Archives des colonies (France). C"B. vol. 36. p. l58-I64. Letttre citée par H.—R. Casgrain dans Une Seconde Acadie. Québec. l894. p. 3l7‘318. Lettre du 7 août 1756 de Vaudreuil au ministre de la Marine, Archives des colonies. C"A. vol. 10|. p. 84-87v.