Lettre Ouverte DE MGR{BRUCHESI Aux Journaux de Montréal. Nous empruntons à la “Presse” la iettre ouverte sui- vante de Mgr. Bruchési, adres- sée, à quelques journaux de Montréal, qui, à l'exemple des grands journaux des Etats U- nis. prenaient la liberté de don- ner à leurs lectewrs, comme pà tare d'imagination, la reproduc- tion souvent trop exacte, de crimes révoltants, comme ceux commis dans ces derniers temps dans notre beau Canada. Bien que nous n’ayons pas à déplorer l’ap- parition de ces gravures malsaines et dangereuses dans nos parages, nous croyons bon, toutefois, de publier cette lettre du savant Archevêque de Mont. réal pour mettre nos lecteurs, et surtont les parents, en garde contre la lecture de romans ou de revues scandaleuses qui cherchent à faire invasion dans nos familles. Ces lectures sca breuses peuvent être encore plus fuuestes à la morale chré- tienne que les représentations de meurtres ou de suicides. Tout en se présentant sous des formes plus riantes, ces mauvaises lec- tures ne travaillent pas moins à mettre en jeu des instincts en. cere plus dégoutants. Ainsi, pa- rents chrétiens, /lisez cette lettre, et arrachez des mains de vos enfants tout feuiileton, roman ou revue tendant à blesser le moins du monde la pudeur et le sens moral de vos enfants. L'eflet en serait désastreux et pour eux et pour vous, si vous n'y preniez garde. Archevèché de Montréal, le 19 décembre 1898. M. ie directeur du journal la _ “Presse”, Monireal. Monsieur le directeur, Quelque temps après ma Con sésration épiscopale, presque tous les joarnalistes de Mont- réal, obéissant à un sentiment qui m'honorait certes autant qu'il leur faisait honneur à eux- mêmes, sont venus ensemble à l’archevêché. pour féliciter, dans mon humble personne, l'élu du Saint-Siège ; mais surtout pour m'apporter l'assurance de jeur soumission entière à toute di rection épiscopale, que Je croi- rais utile de donner en matières de foi, de mœurs et de disci pline ecclésiastique. Cette démarche, je l'ai dit dans le temps, et j'aime à vous le répéter aujourd'hui, m'a pro- jondément touché. Laissez-moi le redire aussi, j'y ai trouvé, dès la première heure, une source d'encouragement et de force, au milieu des appréhensions de toute sorte que faisaient naitre, dans mon âme, les lourdes res- ponsabilités de l'épiscopat. Le Sonverain Pontife n'a pas été moins impressionné par cette u- nanime et très rare manifesta- tion de respect et d’obéissance envers l'autorité religieuse. Quand j'ai vouiu leissor entre ses mains augustes une copie de votre éloquente adresse, Léon X111 en a demadé l'original, di- sant qu’il tenait à le garder en sa possession. Ces sentiments du Saint-Père vous sont du reste déjà connus. Avec une bienveil- Jance vraiment paternelle, il a daigné vous les exprimer lui- même, dans un document qui a été publié dans plusieurs jour- naux de la France et du Cana- da. Une année et plus s’est écou- lée depuis cet échange d'estime et de confiance réciproque entre les jovrnalistes de Montréal et leur nouvel archevêque. Je puis me tromper : mais il me semble qu'interrogé au su- jet des promesses de hon vou: loir et de sympathie que je vous vous n'hésiteriez, faisais alors, pas à reconnaitre que dans l'ex- écution de ces promesse, j'ai fait preuve de la plus complète et de la plus constante fidélité. Dans tous les cas, ce m'est un a- gréable devoir Je ie dire ici pu-! bliquement, lorsque l'occasion ee ss mu à un désir, ou de vous faire quel- que observation, j'aitoujours re- trouvé en vous le même jour- naliste dévoué, le chrétien sou- mis, qui m'avait assuré de son respect et de sa déference à l’é- gard des personnes préposées par l'Esprit-Saint au gouverne- ment de l'Eglise. À ce témoignage, Monsieur le directeur, doit s'ajouter nou seu- lement l'expression de mes re- merciements ; mais aussi ceile de mes espérances. Rien n'est plus puissant. en effet, pour le bien en tout ordre de choses, que le journalisme. Et si les pu- blicistes, s’éclatrant es lumières de la foi et s'inspirant de ses en- seignements, se laissent ainsi volontiers diriger par l'autorité religieuse, chaque fois que les intérèts supérieurs des âmes et des mœurs sont en jeu, quels nous pas en droit d'attendre ? Convaincu de i'absolue Jus- tesse de cette ebservation, c,est- à-dire de l'h'ureuse influeuce infailliblement exercee par le journal respectueux des saintes lois de l'Eglise et de la moraie chrétienne, et par contre ae l'in- fluence néfaste -mon moins in- faillibiement exercée par le jour aal oublieux de ces mêmes lois; convaincu aussi de la perma- nence de vos bonnes disposi- tions, je viens aujourd'hui fa're un pressant appel à votre esprit chrétien. Ne soyez pas étonné, Mon- sieur le directeur, si cet appel vous arrive par voie ext'aordi- paire, sous forme non plus de communication privée, mais de lettre ouverte. (Ce n'est point l'avertissement public qui suit la mouition secrète restée inefli- cace. Non! mais j'ai cru qu'il vous serait plus facile de vous conformer à la direc- tirn que le devoir me fait une obligation de vous denner, si mes observations étaient, en même temps, mises sous les . et des journalistes et de eurs lecteurs. Ces observations seront brè- ves, Car ni leur gravité ni leur opportunité ne sauraient être mises en discussion. Très souvent, Monsieur le di- recteur, des pages entières de votre Journal sont couvertes de gravures représentant quelque scène criminelle: Tout est là : l'assassin, ses complices, la vic- time, le théâtre et les iustru- ments du crime. Vos reporters ont aussi tout visité, ils ont jin- terrogé tour à tour le meur- trier, les témoins, les agents de la paix ; et puis le minutieux compte rendu de leurs enquêtes vient avec complaisance s'étaler au frontispice de votre publica- tion. inconsciemment, sans doute, ou 1ra même jusqu'à en- cadrer quelquesfois ces dess ns et ces récits de commentaires qui ressemblent à des apolo- gies. - Quelle pâture quotidienne pour des miiliers de lecteurs de tout âge et de tonte condition ! Je tremble à la pensée des ima- ges que ces peintures et ces descriptions maisaines déposent et gravent peu à peu, si profon- dément, dans l'esprit da peuple. En effet, il n’est rien de plus dégradant que le spectacle ha- bituel du vice et la fréquenta- tion des walfaiteurs. L'expé- rience le prouve, de nombreux jugements rendus par les tribu- naux le démontrent: que de faits se presseraienut de ce chef sous ma plume si j'entreprenais de les relater ‘ci! Et sur ce point, les moralistes de tous les temps et de tons les pays sont absolument d'accord avec les juges. L’honnewurx chrétien d'ail- leurs ne repousse-t il pas ces tristes oxhibitions de la perver- sité humaine ? La loi de l'Evan- gile enfin condamne énergique- ment cette sorte de publicité re- tentissante, démoralisante, sou- verainement outrageaute, pour le Dieu très saint qui a crée l'homme à son image et à sa ressemblance. Sans donte, Monsieur le di- recteur, il ne vous est pas dé fendu &e donner une certaine publicité aux cerimes qui se commettent, cela peut être in- différent, utile quelquelois. Mais en pareille matière, il est une réserve qui s'impose, des Jimi- tes qu'il ne convient pas d'ou- trepasser. Annoncer le meurtre ou le suicide, accorder quelques lignes aux circonstances de temps, de lieux et de personnes, rechercher les motifs et les eau- ses d’un acte si odieux pour en mentrer la honte et i'ignominie, c'est l'exercice honnête d'une Tee ce PRE eee mm rm rss s’est présentée de vous exprimer {liberté que personne ne songe à heureux résultats ne sommes | vous contester. Mais, aller au delà, revenir sans cesse sur les détails de la pire corruption, renchérir tous les jours, sur les malsaines illus- trations de la veille, n'est-ce pas là faire dégénérer la liberté en licence coupable ? N'est ce) pas ravaler une des plus havtes et des plus nobles professions, celle du journaliste catholique. Vous banuireZ donc, à l’ave- uir, Monsieur le directeur, des colonnes de votre journal, toutes ces gravures et tous ces récits malfaisants. Vous craindrez d’a- moindrir les caractères, d’éner- ver les âmes, de réveilier les |mauvais instincts qui sommeil- lent au fond des cœurs. Vous craiadrez de corrompre l'esprit d'un si grand nombre d’ou- vriers,, de jeunes filles, &'éco- hers et d'enfants. Je vous le demande au nom de vos plus chers intéréts : À qui vous serviait-il d'accumu- ier des bénéfices en perdant les âmes ? Je vous le demande au nom de ;’honneur du pays, au nom surtont de la {morale et de la religion. Je me hâte de l'a- |jouter, je vous en prie aussi au nom de ces péres et de ces mères de famille. qui sont venus me supplier d'élever la voix en fa: vear de l'innocence si grave- ment compromise de leurs en- fants : je vensen prie au nom de tant de citoyens qu’aue telle publicité offense dans leur di- gnité d'hommeet de chrétien. Ah ! je connais bien l’objec- ticn, l'unique objection, sans doute, que l'on puisse opposer à mon appel et à ma prière : le lecteur, aujourd’hui, aime ces récits et ces gravures ; il les de- mande, il les veut. Raison de plus, Monsieur le uirecteur, de les Ini refuser ab- solument. Le mal est déjà assez grand ; il ne faudrait pas l'aug- menter, il faut l'arrêter. Autre- ment cette curiosité perverse deviendra de plus en plus insa- tiable ; elle exigera bientôt des scandales éhontés. Si un fils demandait du poison à son père, celui-ci le Ini donne:- rait-il ? Ne donnez pas quoti- diennemeat à vos lecteurs le poison doit ils ont faim ! parce qu® déjà les mauvaises publica tions achèvent de pervertir chez eux tout sens morai. Et puis, vous ne pouvez pas l'ignorer, ces récits journaliers des crimes, et ces gravures, qui en sont l'iliustration, finissent par taire sur l’esprit une impres sion effroyablement déiétère. C’est une sorte de hantise, de suggestion, d'obsession qui en résulte. Viennent ensuite les grandes infortunes, les décep- tions amères, la Jalousie, la soif l'intempéaance sortaut, soudai-: nement la conseience se trouble, elle s’aveugle. Des scènes crimi- nelles trop souvent contempléés sa matérialisent en queique sorte devant les yeux du pau- vre malheureux. ‘'ela devient comrae une provocation vivante, inéluctable. Le crime, enfin, se répète, avec les mêmes cir- constances, avec les mêmes dé- taile, dans les conditions mêmes où il avait été vu. C'est de !’his- toire que je fais en ce moment. Et ie premier coupable. alors, n'est-ce pas l'écrivain, n'est-ce pas le journaliste ? Vous ne voudrez pas, Men- sieur le directeur, encourir une semblable responsabilité. J'en sais sûr, vous avez déja pris la résolution d’opposer une digue officace à cet envahisse- ment de l’image fdangereuse et de Ja chronique criminelle. Cette résolution, je la bénis de tout mon cœur, et tous les pères d? famille, toutes les mères de famille, tous ceux qui ont souci de l’honneur du nom canadien et de la morale chré- tienne, la bénieront avec moi. Dieu ini-même vous en récom- pensera. Bien que je n’adresse cette lettre qu'à “La Presse” et à la “Jatrie’, la direction qu'elle donne regarde aussi tous les journaux quotidiens eu hebde- madaires de notre ville,et j'es- père que tous se feront un de- voir de Ja suivre. Veuillez agréer, Monsieur le directeur, l’assurance de mes sentiments respectueux et dé- roués. f PAUL, Kipans ‘labules enre janudice Ripans Tabules: pleasant laxative, ATTENTION de ,’or, les passions mauvaises, | Archevêque de Montréal, BERNARD BROS QO10— Somethineæ of inte- rest to the Farmers We buy all kinds of Grains Buckweat, Barley, Oats, Wheat, etc. .We buy o'd Rope, Bones, old; Rubbers, Sheep Pelts, Hides etc. We take everything that far! mers have to sel]. Our motto 1s Live and let live. We want to givethe farmers| a chance. | | We do not forget the fisher-| 2 | men either, Fish-Dry Fish-| 3 : | «rood Price. Our stock is com- plete, | | | | | L'IMPARTIAL, J EUDI LE 5 J AN VIER, 1899. 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