15 choses ou il parlait ainsi———on ne voulait pas qu'il quitte la maison, mais il devait le faire; c'était son destin. Ce qui doit arriver arrivera toujours. Son heure était venue... C'est la saint volonté de Dieu..." Ainsi, on parlait de la vie comme d'un enchaîne- ment d'événements inévitables, ces réflexions révélant chez les Acadiens un certain fatalisme dont leurs descen— dants ne sont pas exempts. Pendant la nuit, on servait un réveillon et on tenait à ce que tous, sans exception, se missent à table pour prendre quelque chose. Ce repas était donné dans un esprit de charité fraternelle comme un acte méritoire fait pour le soulagement de l'âme du défunt, et l'on croyait que chaque repas ainsi servi diminait la dette de cette âme envers la justice divine. S'il pleuvait le jour de l'enterrement, on regardait l'eau qui venait du ciel comme un signe sensible que l'âme avait trouvé grâce devant Dieu. C'était l'"Aspergès" du Bon Dieu qui voulait lui«même bénir le cercueil et la tombe du défunt. Ainsi les choses matérielles revêtaient souvent un caractère sacramentel aux yeux des Acadiens. On aurait tort de regarder toutes ces croyances particu— lières comme des superstitions, car elles avaient quelque— fois leur source dansles vertus chrétiennes qui floris— saient dans l'ancienne Acadie. Si les Acadiens sont un peu superstitieux, ils sont avant tout religieux, et on ‘.peut ajouter que, superstitions mises à part, la reli- gion telle qu'ils la pratiquent est très belle et très conforme aux traditions de l'Eglise. Pour se convaincre de ce fait, il faut passer quel- que temps dans un milieu nettement acadien, comme, par exemple, le petit village de Caraquet. Sur la côte du Nouveau—Brunswick, tout près des eaux bleues de la baie des Chaleurs, ce village intéressant semble être un petit coin de l'ancienne Acadie oublié par les vainqueurs. On y trouve un groupe de familles qu'on reconnaît comme des descendants des gens honnêtes et heureux du pays d'Evangé— line. Leurs petites maisons sont groupées autour de l'église paroissiale ou échelonnées le long du chemin; elles sont flanquêes de vastes champs où l'on se sert parfois encore, de boeufs pour les travaux agricoles. p Comme en tout village acadien, les habitants aiment à s‘unir pour prendre part aux démonstrations et cérémo- nies civiques ou religieuses. Quoique les Acadiens ne soient pas organisateurs, ils s'y prêtent volontiers sous l'influence d'un chef qui leur est sympathique. C'est surtout en présence de la mort que se manifeste l'influence de la religion sur l'âme acadienne. Citons,