18 Chez nous à Mont-Carmel Clam Gallant Je suis née dans une famille de quatorze enfants. De plus ma mère a eu quelques pertes. Elle était toujours en— ceinte. Elle nourrissait tous ses bébés, c'était un moyen de ne pas tomber enceinte avant quelques mois. Il y avait effectivement de 15 mois ä 2 ans entre chaque bébé. Ma mère sortait rarement. Une de ses sorties était ä la fête des Rois. A cette occasion tout le monde amenait les enfants âg l'église pour les faire bénir par le bon Père Pierre—Paul Arsenault. Il donnait une image sainte ä chaque enfant. Ma mère ne manquait pas non plus la grande procession ä la Fête—Dieu. C'était une si belle procession avec des beaux reposoirs bien préparés la veille. Quatre hommes, souvent les marguillers, portaient le dais sous lequel le Père Arsenault portait le saint sacrement. Père Arsenault demandait aux enfants de cueillir des fleurs qu‘on mettait dans deux paniers. Deux jeunes filles coiffées de voiles blancs parsemaient ces fleurs devant le dais avant que le Bon Dieu passe. Le choeur de Chant était toujours bien préparé. A l'automne, le Père Arsenault passait les maisons pour ramasser de chaque famille une paire de bas de laine et une poule qu'il vendait pour faire de l'argent pour payer son église. Les hommes lui donnaient un boisseau de grain. Afin de faire vivre sa grande famille, mon père faisait la pêche au hareng et au homard, et il essayait de cultiver sa terre basse et vaseuse. On avait sur notre petite ferme deux chevaux, deux vaches, un ou deux cochons et des poules. On était assez pauvre. A Noël, saint Nicolas n'était pas riche lui non plus. Il nous amenait quelques bonbons et une pomme. On fabriquait nos propres poupées avec du coton usagé. Deux boutons représentaient les yeux. J'ai reçu ma première poupée achetée au magasin de ma tante Marie—Rose Poirier lorsque j'avais ll ans. Elle me l'a donnée lorsque j'étais ä l'hôpital souffrant des fièvres typhoides. Pour s'amuser, on se faisait aussi des petites roues munies d'un bâton. La rOue était une taille de bouleau sur laquelle le bâton était attaché avec un clou. L'hiver on avait bien du plaisir ä se faire glisser sur la glace dans les champs. A l'arrière d'une petite traîne on attachait deux poteaux entre lesquels on fixait un sac â patate qui servait de voile. On s'assoyait dans la traîne et le vent nous poussait. Parfois, quand on était assez nombreux pour la pousser, on prenait même une grosse traîne â bois pour se faire glisser.