LA CHASSE-GALERIE _ By SARAH MURPHY Ce r cit, conte de no I, me fut transmit par mon grand- Pp re, et fait parti des | gendes de mon enfance, de mon pays. Cette | gende fait parti int grante de la culture Qu becoise; Honor Beaugrand fut le premier mettre ces mots sur papi- er. Elle est racont e la veille du jour de | an par les vieux du village, gneration aprs gneration, chacun ajoutant sa touche de magie, sa touche de fantasie. C’était l’époque des coureurs des bois, des loups- garou, et des diablotins. Le petit baril de rhum, gracieuseté du «bourgeois» fesait sa ronde, chacun avait bourré sa pipe de bon tabac canadien, et un feu pétillant de pin résineux jetait des lueurs rougeatres tremblotantes, éclairant les males figures de ces hommes des grands bois. Joe et ces camarades prennaient un petit coup a la cam- buse, mais si les petits ruisseux font les grandes riviéres, les petits verres finissent par vider les grosses cruches, et dans ces temps-la, on buvait plus sec et plus souvent qu’aujourd’hui. Il n’était pas rare de voir finir les fétes par des coups de poings et des tirages de tignasse. Joe en avait bien lampé une demi-douzaine de petits gobelets et sur les onze heures la téte lui tournait, et il se lassa tomber sur sa robe de carriole pour faire un petit roupillon en attendant minuit, avant d’aller chanter la guignolée et souhaiter la bonne année aux hommes du chantier voisin. Il dormait depuis un petit bout, lorsqu’il se sentit sec- ouer rudement par Baptiste Durand, qui lui dit: — Joe, minuit vient de sonner. Les camarades sont partis pour faire leur tourné, et moi je vais a Lavaltrie voir ma blonde. Veux-tu venir avec moi? — A Lavaltrie, lui répondit Joe, es-tu fou? Nous en sommes a plus de cent lieues. Et d’ailleurs, aurais-tu deux mois pour faire le voyage, qu’il n’y a pas de chemin de sortie, dans la neige? Et puis, le travail du lendemain du jour de |’an? — Animal! répondit Baptiste, il ne s’agit pas de cela. Nous fer- ons le voyage en canot d’écorce, a l’aviron, et demain matin, a six heures, nous serons de retour au chantier. Joe avait tous compris, Baptiste lui proposait de courir la chasse-galerie, et de risquer leur salut éternel pour le plaisir d’aller embrasser leur blonde au village. II était bien vrai qu’il était un peu ivrogne et débauché, et que la religion ne le fatiguait pas, mais vendre son ame au diable, cela le surpassait. — Cré poule mouillée! continua Baptiste, tu sais bien qu’il n’y a pas de danger. II s’agit d’aller 4 Lavaltrie et de revenir dans six heures. Tu sais bien qu’avec la chasse-galerie on fait au moins cinquante lieues a |’heure quand on sait manier |’aviron comme nous. II s’agit tout simplement de ne pas prononcer le nom du bon Dieu pendant le trajet, et de ne pas s’accrocher au croix des clochers en voyageant. C’est facile a faire, et pour éviter tout danger, il faut penser a ce qu’on dit, avoir l’oeil ou l’on va, et ne pas prendre de boisson en route. J’ai fait le voy- age cinq fois, et tu vois bien qu’il ne m’est jamais arrivé mal- heur. Allons, mon vieux, prends ton courage 4 deux mains, et, si le coeur t’en dit, dans deux heures de temps nous serons a Lavaltrie. Nous sommes déja sept pour faire le voyage mais il faut étre deux, quatre, six ou huit, et tu seras le huitiéme. — Oui! tout cela est trés bien, mais il faut faire un serment au diable, et c’est un animal qui n’entend pas a rire lorsqu’on s’engage a lui. — Une simple formalité, mon Joe. II s’agit simplement de ne pas se griser et de faire attention 4 sa langue et a son aviron. Un homme n’est pas un enfant, que diable! Viens, viens! nos camarades nous attendent dehors, et le grand canot de la drave est tout prét pour le voyage. Il se laissa entrainer hors de la cabane, ou il vit en effet six de ses hommes qui les attendaient, |’aviron 4 la main. Le eo _ Rs =