PAGE 4.0: 2—— 1755 "ÿ I763 ——: «un; Les Anglais n’ont pas déporté que des vivants de l’Acadie. Il ont aussi expulsé des morts. Inutile de chercher les stèles funéraires et les tombeaux des ancêtres acadiens du premier Malpèque (Low Point) ou du deuxième Malpèque (Rivière—Platte) à l’Île- du-Prince-Édouard. Le cimetière de Malpèque, qui était situé à l’endroit qui porte aujourd’hui le nom de Low Point, sur la côte ouest de la baie de Malpèque, a complètement disparu. Des niveleuses ont aplani le sol, faisant disparaître pour toujours toutes les traces des anciennes sépultures des Ar— senault, des Gallant, des Bernard, des Boudrot, des Poirier... Lorsque les descendants des colons loyalistes, venus de la Nou— velle-Angleterre, ont supplanté en nombre les habitants de souche acadienne, venus à Malpèque (Ri- vière—Platte) après le traité de Paris de 1763, ils ont eu besoin d’espace. Il fut alors décidé de faire dispa- raître les vieux cimetières acadiens au profit de l’expansion urbaine. Vers 1860, les restes des ancêtres acadiens de Malpèque (Rivière- Platte) furent exhumés et transfé— rés dans une fosse commune géante, dans le nouveau cimetière de Miscouche. Quelques années plus tard, désireuse de rendre hommage à ces patriarches de l’Acadie française, la Société his- torique acadienne de l’Ile-du- Prince-Édouard a fait ériger un monument au—dessus de la fosse commune qui était demeurée, du- awiîr départé lites vivants, (9.31.51.; Égérie «4% les; trier L’ fiés et qu'ils étaient dans un bon état de conservation. Une vieille dame fondit en larmes lorsqu’elle recon- nut son grand’père qui avait été inhumé par l’abbé de Calonne. Elle reconnut facilement son ancêtre non seulement à ses traits, mais aussi grâce à la « calotte » rouge qu’il avait portée durant toute sa vie. Il tenait tellement à cette calotte qu’on avait tenu à l’en coiffer, lors de son enterrement. Une autre tombe contenait le corps d’un jeune homme vêtu d'un habit bleu, avec de gros boutons brillants. Au fond de son tom— beau, il semblait tout simplement endormi... Toute l’assistance le fixait, avec beaucoup d’émotion. C’est alors que des anciens rap- pelèrent à l’assistance qu'un jeune homme correspondant à ce cada- vre avait péri, dans une terrible tempête de neige, alors qu’il se rendait Chez sa fiancée, à quel— ques lieues de Malpèque. On avait retrouvé le malheureux jeune homme sans vie, complètement gelé, quelques jours plus tard, à l’embouchure de la Rivière—Platte, et on l'avait pieusement inhumé. La plupart des descendants des Acadiens de Malpèque (Rivière- Platte) ont quitté cette région, vers 1799, à cause surtout des problè— mes qu'ils éprouvaient a vivre avec les colons anglais de l’endroit, à qui l’on avait accordé les meil— leures terres. Ils ont progressive- ment essaime’ dans d’autres lo— calités du comté de Prince, où ils ont formé des communautés vi— rant des années, dans l’oubli. Des anciens de Malpèque gardent des souvenirs émus de cette exhumation des restes de leurs ancêtres. Ils racontent que les corps étaient placés dans deux immenses boîtes de bois, tenant lieu de cercueils géants. Ces deux boîtes ont été transportées jusqu’à Miscouche, au cours d’une procession à laquelle les prêtres avaient convié tous les paroissiens. Ceux—ci ont suivi le triste cortège en priant, en chantant des cantiques, mais aussi en pleurant... Une messe de Requiem fut chantée en l’église Saint-Iean—Baptiste, puis les deux énormes caisses furent descendues dans la fosse commune, au moyen de câbles à poulies. On raconte que certains cadavres s'étaient momi- vantes. On les retrouve, de nos jours, principalement à Tignish, Cascumpèque, BaiesEgmont, Mont-Carmel et Miscouche. Ces ré- fugiés acadiens ignoraient, à l’époque, que leurs an- cêtres, inhumés à Malpèque, allaient être, eux aussi, expulsés de cet endroit. Après la Déportation des vivants, il y eut celle des morts... Sources : Norma Arsenault—Doucette, “The Malpeque Cemetery“, Le Réveil Acadicn, Fitchburg, Massachu- setts, vol. 6, n“ 1, 1990. / Jean—Louis Gallant, “My Ancestors from P.E.I.“, St. Iohn’s Gazette, 1964. (Retitré et tiré de Héritage Aazdicn, revue d'histoire et de généalogie dirigée par Florian Bernard, n“ 21, août 1996) ‘