#e F4 mg T'ALT DENT TI PP ENTRE \ ul Sentinelle Perdue ! On: lui avait dit : ‘Reste l? au -petit Breton, et il restait. II restait à son poste de sentinelle perdue où on l’avait placé, au com- mencement de la bataille, bien qu’il eût les yeux brûlés par la cruelle réverbération du soleil sur le sable, bien que soti pauvre corps déjà ex- een eg pement ee us ge ne "L'IMPARTIAL “JEUDI Jqu'il sortit enfin de ce réseau mati- dit du désert où, dans le clair-obscur des ruines et des rochers, parmi les plantes mortelles à respirer et les bêtes rampantes, s’élaborent les infernales surprises des trahisons nocturnes. Pour lui, surtout, fils de la fan- tastique et superstitieuse Armori- que, cette veillée solitaire devenait encore plus terrifiante que pour d’autres. Ne savait-il pas que les ténué par les mille privations de }jandes, les bruyères, les dunes na- cette effroyable expédition d'E- gypte, fût complètement brisé par ces huit heures de meurtrière fac- tion. Cependant, malgré son stoïcisme, une effroyable inquiétude le pre- nait. La canonnade se faisait de plus en plus rare, la fusillade ne crépi- tait plus que par intervalles loin- tains. et, dans l'immense solitude qui se déroulait devant lui, pas une troupe, pas une section, pas un soldat de la demi-brigade. Alors, sous la brusque tombée du crépuscule rapide des nuits d’O- rient, il se vit seul, abandonné, perdu. Tout à coup, il tressaillit, ses yeux se dilatèrent, ses narines bat- tirent comme celles d’un condamné à mort aspirant l'air pour la der- nière fois, tout son être se pencha dans un effort suprême vers un point de l'horizon d’où un roule- ment sonore et familier, le roule- ment martial des tambours de la demi-brigade, arrivait jusqu'à lui. —Rrran ! plan, plan, plan, plan. Oh ! c'était bien le rythme, la cadence bien connue : les tambours semblaient se rapprocher, leurs vi- brations emplissaient maintenant ses oreilles, tout près, tout près. Bien sûr, il allait voir apparaître les uniformes français avant quelques secondes, et alors, oh ! alors, mal- gré sa fatigue, malgré la fièvre, malgré la soif, comme il marcherait gaiement avec les camarades, si longue et si pénible que dût être l'étape. Il s’apprêtait, redevenu alerte, à jeter le traditionnel : Qui vive ! après lequel on le relèverait de sa faction ; mais, Ô stupeur, voici que le tambour s’éloignait, s’affaiblis- sait, se perdait par degrés dans les profondeurs immenses de l'horizon. Le petit soldat eut un cri de dé- sespoir, un appel lugubre qui dé- chira sa gorge desséchée : —AÀ moi, frères ! à moi ! Puis il tomba lourdement sur le sable, CURE Il resta longtemps inanimé. Du- rant cette syncope, la nuit était venue, la nuit étrange et lumineuse du grand désert. D'abord, de lon- gues bandes rouges avaient tra- versé le ciel, pareilles à de lointains reflets d'incendie, puis tout le dô- me céleste était devenu mauve pâle, et dans ce mauve les étoilea s'étaient allumées, extraordinaire- ment brillantes. En même temps, comme si de la terre lasse de la chaleur du jour une sorte de sueur mystérieuse montait, la solitude s'était emplie d'une odeur lourde, l'odeur des atmosphères pesantes qui précèdent les orages formidables et les boule- versements de la nature. D'en haut, lalune resplendis- sante baignait de sa lueur les ro- chers abrupts et les ruines informes surgissant çà et là de l'océan de sable, y dessinait de fantastiques jeux d’ombres et caressait de ses effluves lumineux le front pâle du jeune soldat inanimé. Une brise délicieuse et fraîche passa dans l'air, emportant sur ses ailes une légion de lucioles qui s’éparpillèrent dans la nuit, comme un rejaillissement d’étincelles dans ne forge sous le halètement des soufflets gigantesque. Le jeune homme revint à lui sous cette rafraîchissante et douce haleine du soir. Alors, la nature reprenant le des- sus, lui remémorant les incidents de la journée, le départ de la demi- brigade, l’onbli certain dans lequel il était retombé, les épouvantables embfches de la nuit, ilse leva brusquement pour fuir. Qu’importait. Fuir, fuir d'abord, au hasard, n'importe où, pourvu mosphère | pleine d'éinanations sali-ison aspect de désolation pere tales au pied desquelles chantent les vagues éperdues s’emplissent dès le crépuscule d’âmes en peine et de mauvais esprits? Et pourtant la Bretagne est terre chrétienne, terre bénie. Quels hôtes mystérieux devaieat donc peupler les nuits de cette terre maudite d'Egypte où tant de camarades étaient déjà restées ? Il se demanda cela avec effroi, le petit soldat breton, jeté comme les autres à la conquête de l'Orient, le petit soldat de la République, resté naïf et croyant sous l'uniforme des soldats de Bonaparte et de Kléber. Et machinalement, comme il al- lait s'enfuir au hasard, éperdu, af- folé, une pensée, le souvenir de la consigde donnée, le cloua brutale- ment au sol. * *#, * On lui avait dit : ‘‘Reste !”? Il fallait donc qu’il restât, sous peine de trahir. Trahir ! Cette idée seule le souf- fleta et il se rappela avec dégoût la fin d’un misérable passé à l’enne- mi, repris et fusillé séance tenante devant le régiment assemblé, im- pressionné surtout par l’évecatio: du défilé solennel devant ce cada- vre plus souillé de honte que de sang, et devant lequel il avait passé comme les autres, la pitié tuée en sou âme par le mépris du traître, Et, reprenant sa faction solitaire, il essaya de lutter de son mieux contre l’envahissement de la peur et la torpeur graduelle du sommeil. Il examina soigneusement son fusil, visita son cartouchier, s’assu- ra que sa baïonnette était solide- ment adaptée au canon, et tranquil- lisé par cet examen, ilreprit la lente et monotone promenade de sentinelle perdue. Quelque chose d’insolite l’arrêta dès les premiers pas. + Au loin des cloches tintaient. Le petit soldat tendit l'oreille, surpris, effaré. D'où venait ce carillon argentin, semblable à celui du village natal, ce carillon distinct, clair, joyeux, s’envolant en notes profondes ou perlées dans la nuit rutilante d’étoi- les. : D'abord, il s’étonna, réfléchit, chercha. Puis, dans la suprême lassitude qui le courbaturait, il ces- sa de penser pour se laisser bercer au charme de ces mystérieux tinte- ments. Appuyé sur son arme, les yeux clos, l’Âme comte engourdie, il écoutait cette musique, ailée qui lui rappelait le hameau, la mère en- dormie pour toujours dans le petit cimitière plein de fleurs, la promise fidèle pour laquelle les cloches ne sonneraient peut-être jamais leur carillon nuptial s’il ne revenait pas de cette terre de mort et de déses- poir. Absorbé par sa rêverie, ayant perdu la notion de toutes choses dans l’enveloppante mélodie des cloches, le petit Breton rouvrit pé- niblement ses yeux baignés de lar- mes et poussa une exclamation de stupeur et de joie. Autour de lui, une plaine im- mense et fleurie s'étendait à perte de vue, des flots d'herbe épaisse ondoyaient sous la lueur argentée d'en haut et parmi les bruyères dentelées et les genêts d’or, des dolmens et des menhirs dressaient leurs pierres druidiques régulière- ment alignées. Et de là-bas, loin, très loin, par- dessus la musique aérienne des clo- ches, une puissante rumeur arri- vait par intervalles réguliers dans laquelle le petit soldat reconnut ta grande voix de la mer. —Des fleurs ! des fleurs ! Oh! Fuir où ?|respirer des fleurs, murmürait-il, | puis tout cela disparut, fou de joie, tandis que dans l'at- nes montait des champs avoisinants la pénétrante senteur des foins cou- | pés. | Une main se posa sur son épaule. I] saisit son arme, brusquement rendu à la défiance, mais une voix de tendre reproche le remplit à la fois de confusion et de bonheur : —Oh ! Alain ! C'était elle, la chère promise, la fidèle fiancée. Ii s’écria : — Yvonne, toi !...C’est toi? .. Oh! Seigneur, c’est bien elle ; mais comment tout cela s'est-il fait ? Elle répondit : — Nous voilà réunis, que t’im- porte ! —C'est vrai ! Pourquoi raison- ner le bonheur qui vous tombe du ciel ? —O pauvre çher ami, oublions le passé. ..ajouta l’aimée ; et dans un geste gracieux, embrassant tout le paysage, elle demanda à voix bas- se : —Te rappelles-tu ? C’est 1à qu’- un soir, avant ton départ, toute tremblante, j'ai reçu le premier bai- ser des fiançailles. —QOui, répondit-il, c’est là É par une nuit très douce, dans Jé si- lence, mon cœur battant à se’ rom- pre, je t’ai fait le premier aveu. Ils se turent et se regardèrent longtemps silencieux, tout à la joie ineffable de se revoir. Brusquement il s’arracha à son extase pour se passer les mains sur le front comme pour chasser de sa pensée une préoccupation pénible. —Yvonne, dit-il encore, VYvon- ne, comment sommes-nous ici ? Ex- plique-moi... — Pourquoi cette question ? ? —C'est que j'ai comme un vide dans ma mémoire !...Le temps ne marche ainsi qu’en rêve, et j'ai beau chercher, chercher, je ne peux pas comprendre. Ai-je dormi des mois dans le mauvais sommeil de la fièvre ? Ai-je passé la mer sans le savoir ? toujours est-il que je me souviens d’un soir qui me semble ce soir, où j'étais dans le grand dé- sert...en sentinelle. Yvonne l’étreignit dans ses bras : —Rentrons au village, dit-elle, nous causerons mieux au coin du foyer, ami.... Il la repoussa doucement. —Le voile noir se déchire à derni, murmura-t-il. Le jour se fait peu à peu dans ma mémoire. Oui... c'est cela. Désert ou lande, on m'a donné la consigne de rester à cette place. sont encore présentes À ma mémoi- re. Yvonne, je ne puis te suivre, Yvonne, il faut t’éloigner, on ne parle pas sous les armes. Et comme elle insistait pour l’en- traîner, il s’exalte : —Laisse-moi, laisse-moi, il me vient une affreuse pensée. Sa voix devint plus basse, comme s’il se parlait à lui-même : —Oui, depuis longtemps les der- niers travailleurs des champs ont regagné le bourg. Les colpor‘eurs et les rouliers préfèrent allonger leur route plutôt que de passer par la lande déserte, car dès le coucher du soleil, elle devient sinistre et mauvaise au passant ! Larves, lu- tins, korrigans, elle se peuple d’on ne sait quel effroyable monde, et l'esprit du mal y tient sa cour jus- qu’au chant du coq. Oui, je me rappelle maintenant. Dans mon enfance, ma mère me disait que pour nous perdre les mauvais es- prits prennent parfois les traits de ceux que nous aimons. Vos perf- des paroles vous ont trahi ! Arrière, spectre menteur, vous n'êtes pas Yvonne ! Yvonne que j'aime et qui ne me conseillerait jamais la trahison. Arrière, démon, te dis- je ! Et, reculant d’un pas, il arma son fusil d’un mouvement farouche en s’écriant pour la troisième fois : —Arrière ! Et comme cette injonction su- prême n’était pas obéie, il tira. Le coup de feu déchira l’air et, tandis que les échos répétaient la, détonation, tout oscilli devant les | yeux du petit soldat : le spectre de la promise, le décor fantastique avec ses dolmens et :es menhirs, le gênets d'or et les flots d’herbe, et dans l’aube livide le grand désert reprit is, - — .Les paroles du chef LE 8 JANVIER, avec ses sables à beris dé ÿvue se- més Ça et ‘à de ruines moussues Ct et de roches abruptes. * * % Rieti au Midi, rien au Nord, rien à l'horizon, sinon de longues ban- des orangées présageant le proche! lever du soleil meurtrier. | Dans l'air déjà alourdi, l'odur | sauvage des fauves qui ont ne) À toute la nuit x la recherche d’une! buée. rien, plus rien que la mort, qu’il supplie mental im nt d’être promp- te. N , Mais voici un roulement loin- tain se faitf e:.endre, un roulement sonore ef familier, le roulement martial les tambours de la demi- brigade Cetté fois 1e petit soldat ne croit plus, ñ’espère 2 à ne veut plus entendre. Les’ ‘fusions de la nuit sont venus à bogit de ses forces. ‘Pourtant il fut prêter l'oreille malgré soi, ca cela se rapproche hâtivement. } Et lorsque Le) petit soldat, qui a fermé les feux pour mourir, les rouvre machinaMement, il aperçoit tout proches les iyniformes franç:is et les baïonnettes éKincelantes dans l’aurore. — Qui vive ? dit-il, prêt à dissi- per d’un coup de feu Ce nouveau mirage. / Mais, cette fois, au-dessus dr roulement des tarnbours, une voix bien connue de l'’xrmée répond al- lègrement : — France ! Et, avant qu’ik ait eu le temps de s’en défendre,; Kléber lui-même enlève de terr: te petit soldat et l’embrasse su! : deux joues. —Tu es un b, ive, petit ! dit-il. Et, se tourn:nt\vers les tambours qui se sont tus, Ho —Un ban, ta: pros un pour le petit bretoi PAUt d'énnidé ban ‘ .+ \Zutoo Fe ds /Fable. I5\7te, ee sAPAI NEe NE \) PRDICHE Éd B.N. ROBINSON & EE à Vegetable Tablets FROM A FAMOUS Japanese Specialist They cure all forms of Headache in twenty minutes. Stop pain of Rheumatism and Neuralgia. Re- lieve Car Sickness and Sour Sto- mach, and break up a Cold in one day. KO PA{N can exist in the body under the influence of these W9H- DERFUL TABLETS, On sale at your drug store and all places where medicines are kept, or from the proprietor at 25 cents a box. MONEY REFUNDED where no cure is effected. SAM- PLES together with our 16 page booklet sent FREE on application to B. N. Robinson & Co., CoATI£00K, QUE. Prince Edward Isla:d Farmer compelled to stop clearing up his farm. 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