13 si, après ce temps, les âmes du purgatoire gardaient un silence absolu dans les églises acadiennes, elles semblaient se manifester d'une autre manière ä leurs amis. Une femme très estimable, Madame D., de Miscouche, I.—P.-E. dont la belle—mère était morte depuis quelques mois, s'était éveillée pendant la nuit à l'audition d'un bruit étrange, comme le son des pas lourds d'une personne qui traînait des chaînes après elle. La chose se renouvela trois soirs de suite; le troisième soir, Madame D. crut reconnaître la forme de sa belle—mère défunte qui se tenait près de la porte de sa chambre. Elle lui demanda; "Com- ment allez-vous?———Une voix qui lui était familière lui répondit: "Ah, si tu savais combien on doit être pur pour entrer en Paradis". Ce fut tout; la forme s'éloigna lentement pour ne plus reparaître. Le lendemain, Madame D. demanda à son beau-père s'il voulait bien vendre quel— que chose afin de faire dire des messes pour le repos de l'âme de la défunte. Monsieur D. s'empressa de vendre un beau châle qui avait appartenu à sa femme et, avec l'argent provenant de la vente, il fit dire des messes pour le repos de son âme. Une autre femme acadienne, Madame S.D., de St-Louis- de-Kent, N.-B., eut une semblable expérience. C'est au milieu d'un champ, en plein après—midi, qu'elle crut rencontrer son frère défunt. Il avait l'air tout triste et il sembla vouloir lui parler. Mais Madame D. avait tellement peur qu'elle ne lui dit mot. Le soir, elle rêve à ce frère; elle le voit venir vers elle tout comme il était apparu-danshle champ. "Vas—tu bien? lui dit—elle. Fait—il bien dans l'autre monde?———Il fait bien pour ceux qui vont bien", répondit—il. Le lendemain matin, elle s'en va trouver le prêtre; elle lui donne de l'argent pour des messes pour le repos de l'âme de son frère. Bien souvent, les Acadiens promettent des messes pour les âmes du purgatoire lorsqu'ils veulent obtenir des faveurs temporelles. Une bonne mère de famille, n'ayant pas les moyens de faire dire des messes, promet de réciter un chapelet pour les âmes chaque soir avant de se coucher. Occupée du soin d'un enfant malade, il lui arrive un soir d'omettre cette prière. Dans le coin de la chambre, elle entend remuer les grains de son chapelet. Elle croit que quelqu'un le secoue vigoureusement. Mais il n'y a personne dans cette partie de la chambre ou est accroché le chapelet. Après un tel avertissement, cette femme se décide de ne plus omettre le chapelet promis. Chez les Acadiens, il y a toujours des événements qu'on prend pour signes avant—coureurs de la mort: un oiseau entre dans la maison, une poule chante, ou le coq chante après le coucher du soleil; voilà des choses qui