Rs 0 Qi di" CLR ramrernmntreme 6% 5 HISTOIRE DUN TIGRE Par L'ÂBBE DE SAvVIGNY Après avoir épuisé la liste [de patience que nous, et sa na- des parents, nous cherchions à qui porter la santé, le capi- taine venait de découvrir, au fond de l’Ecosse, un arrière-pe- tit-cousin auquel il n'avait ja- mais pensé avant son voyag”, nous allions boire à. l’arrière-} ture irritable ne s'accommoda pas de cette stratégie sans ré- sultat. Le tigre demeura un moment immobile, comme s'il eut médi- té une grande résolution ;enfin se repdiant sur lui même, ras petit-cousin du capitaine Mac-|semblant toutes ses forces, il Cienchem, lorsque. Oh! ici, Messieurs, dit M: Robert, il faut que je fasse nne pause. 1l a trente ans que j'ai entendu le cri que je vais vous dire. et il est là... toujours là. présent, j'en ai dans l'oreille l'affreux rhythme, l’infernale gamme...il n'y a pas de mots pour rendre cela, pas de phra- ses pour traduire ce brait..….Ouf le frisson me court encore….dix mille diables. enrhuwmés, ron flant, grognant seurdement à trois pas.….Qui pourrait l'oubli- er après l'avoir entendu ?...qui pourrait, sans l'avoir entendu, le comprendre ?.. Lé, capitaine mac-Cleachem domina assez somémotion pour me crier : “Regardez, Robert : par Dieu ! prenez garde !” Le capitaine fit an bond,. qui eût défié en légèreté les chè- vres de nos montagnes et les revenants des romans anglais; et il se trouva sur ses pieds, derrière la futaille. Heureusc- ment, j'eas le temps de rejoiu- dre mon ami et de prendre po- sition à ses côtés, avant que la cause effréyable de notre. ra- pide et sayante manœuvre. se{ présentât à nous à une dis- tance de deux pas...sous la f- gure d’un tigre royal ou plütôt tigresse. Nons eûmes plus tard, comme, vous ie verrez le loisir de recnnnaître le sexe de notre adversaire. Voilà done la lutte terrible commencée :; lé duel à trcis due] d'eéxtermination, engagé. Aucun . dé nous, du capitaine : Mac-Clemchem, . du tigre et.de moi, ne s'était en- core tronvé à pareille affaire. Pour champ de bataille le dé- sert, pour rampart un tonneau. pour armes notre adresse: Voi là-quelle était. la position. Comment le tigre avait-il pu parvenir jusqu’à nous sans que nous eussions:même soupçonné son. voisinage ? Une souris n'aurait pas trouvé dans ce de sert un arbre, un sillon pour se blottir...Ce n'était pas là, non plus-81 ce moment, l'occasion de-discourir sur la rapidité de la course de la bête féroce. Je n'ai pas encore pensé à lire ce que les naturalistes, qui n'ont jamais vu de tigre aussi près que j'en-ai vu uu, ont écrit à ce sujet ; plus tard, je les consul- torai, Reveuons . à notre 1ton- neau. Nous étions done; le capitaine et moi, manœuvre auteur du tonneau dans un étant d’émo- tion qu'il est impossible de rendre. Une lueur d'espérance nous vint. La tigresse s'emparera peut-étre des débris de notre repas ? elle satisfera son appé. tit sur les comestibles, et mé- prisera, en Cette circonstance, la vapture de l'homme. Deux mi nutes de halte devant nos pro- visions nous donneraient Je temps de recueillir nos esprits et de combiner un système de défense. Vain espoir ! L'œil de la ti- gresse dardait d’splomb sur nous : C'était la seule proie qu'elle ambitionnät. Plus d'une heure s’écoula, pendant laquelle nous continu- âmes à faire tous les trois le manège autour de latonne. C'é- tait an-delà des limites de la force humaine ; un moment de plus, le capitaine et moi suc combions de ‘lassitude. Heu- reusement l'animal eut moins prend subitement son élan et va franchir d'un seul bond l’ob- stacle qui nous sépare. Je n'eus qu'une pensée élec- trique, la certitude de Ja mort, et je tombai à genoux. Un ins- tant après, tout étonné de respi- rer encore, j'ohéis à la voix de mon ami, qui me dit : “Robert, montez. Je compris alors : notre bonne étoile avait fait que le tonnsau, placé debout sur son fond, pré- seniât à la surface l'ouverture; il pencha quand le tigre fit un effort vers lui, et mon. brave compsgnon avec ce sang-froid qui le distinguait, donna au tonneau avec son-pied, une di- rection teHequ'il le renversa entièrement sur la bête féroce. Le tigre se trouva alors dans une Cage où-la iumière ne pé- nétrait que par ia bonde. Mon ami avait fraichi d’un saut la plate-forme du rempart, et il avait le pied sur ce nou- veau genre de ‘basse-fosse ou d’oubliettes que son génie et son sang-fro'd venaient de créer pour.maintenir l'ennemi com- mun. Revenu à moi, j'escaladai la tonne et je me tins près de mon ami. Le premier transport de jeie fit bientôt place à nue juste crainte. La réflexion nous fit voir que nous n'avions pas a- mélioré beaucoup notre posi- tion ; nous n'avions aucun mo- yen de communiquer avec nos nous ne pouvions longtemps vivre sur cette espèce d’espla. uade en boïs, sous laquellé ru- gissait un esclave, qui serait notre maître au moment où nous quitterions le poste. Le soleil baïissait sensible. ment vers le couchant, avec lui s'épanouissaient nos espérances d’être secourus. Quoique le peu d'espace dans lequel il pût s’agiter neutrali- sat la force musculaire de notre eunemi, nous jl’entendions gronder sourdement. comme le vol:an qui menace d’une érup- tion prochaine, Nous étions la comme sur une mine qui, d’un moment à l’autre, allait lancer avec elle la destruction. La physionomie jusque-là impas- siblé du capitaine prenait nne expression d'incertitude qu'il {s'efflorçait en vain de cacher. Tout à coup.ses traits se modi- fièrent, un sourire illumina sa sur ces lèvres, en signe du si- lence qu’il me commandait ; je le vis s’abaisser sur lui-même, plier les genoux avec précau- me s’il se fut agi de prendre une truite dans un des beaux lacs de ;’ À mérique et ayant que je pusse deviner ce qu’il allait faire, il se redressa sur ces pieds, et je le vis tenant ct hissant à lai comme un cable, ls queue du monstre qu'il avait tirée jus- qu'à la racine. J'aidai autant que je pus à cette nouvelle ma- nœurre. Il était démontré mathéma- tiquement que tant que nous Pourrions conserver le tonneau entre nous et la tigresse, notre salut était assuré. “ous pouvions espérer aussi que nous traiînerions l'animal jusqu'au rivage, ou à l’aide de nos compagnons, nous pour- rions nous en rendre maîtres et l’amener vivant au Jardin-des- Plantes à Paris, où au Jardin zoologique de Londres, et l’ex- matelots postés sur la rive. pâle figure, il plaça son index tion, étendre le bras droit com- L'IMPARTIAL poser avec ces mots, formule habituelle d'hommage : Tigre royal (femelle) donné par le capitaine Mac-Clenchem et M. Robert. Peut-être avions-novs tous Jeux, mon camarade et moi, la muniquer. Nous decendimes avec pru- dence. Mais qui compte sans son ti- gre compte deux fois. Nous a- vions mal calculé nos forces|, respectives, car, bien que privé de l’usage de ses jambes de der- rière la tigresse nous entraina à sa guise èt traça elle-même l'itinéraire qu’elle voulait par- courir. Tous nos efforts pour l'arrêter furent vains ; elle se dirigea et nous avec elie, vers l'intérieur des terres continuant ses grondement sourds, et-nous regardant de son œil fauve, comme si elle nous considérait comme sa propriété. Nous parcourûmes ainsi un mille : le capitaine tenait ferme la queue de l'animal, moi, je me cramponnais -de toute Ja force de mes phalanges à la basque de habit du capitaine. Et ici Messieurs, je dois une confidence à la vérité du récit, je veux vous montrer ce que vaut l'espèce hu:naine quand la question du salut et de l'in- térêt privé est en jeu Oui j'a- vouerai qu'il me passa une ji dée infernale par le cerveau et j'eus la tentation de lâcher prise et d'abandonner mon com- pagnon. ma justification, c’est que si j’a- et que mon compagnon eût te- nu celle de ma veste, il aurait peut-être eu la même - pensée que moi. Peut-être aussi, Messieurs, tous tant que vous êtes ici, au- riez vous subi la même tenta- tion en pareille circonstance ; j'aime à le croire pour avoir la conscience plus légère. Je n'ai pas cédé à la tenta- tion. Pourquoi ? je l’ignsre. E- tait-ce par crainte d'être rat: trapé par mon ami ou par la ti- gresse, ou peut-être par les deux ?...je ne sais... À ce mo- m°nt,je n'avais l'intelligence de l'analyse, et depuis je n'ai pas cherché à me rendre comp: te de la position. Quelques aspérités de ter- rain, des racines d'arbres à ja surface du sol, rendirent en ce moment notre course moins ra- pide, et ce fut sans doute ce moment de répit qui permit à mon courageux et intelligent ami de concevoir une de ces pensés hardies un de ces mo- yens imprévus de salut, qui ne pouvaient être enfantés que par une imagination active comme la sienne. Le moyen qu'il trouva, je veux, je dois même le recom- mander à quiconque, dans ses voyages, se trouverait dans la position critique où mon ami le capitaine et moi nous nous sommes trouvés. L'expérience a été faite, le doute maintenant ne peut’ étre que l'œuvre le la mauvaise foi. Je vais donner la formule de sauvetage et de salut. Etes vous poursuivi par une tigresse dans un désert quel- conque, et êtes-vous parvenu, par adersse ou par force, à em- prisonner la bête féroce sous un tonneau dont la partie su- périeure n'est pas défoncée ? A- vez-vous trouvé le moyen de tirer comme un câble la queue de la susdite bête féroce, et vous cramponnant à elle, avez- tre adversaire et vous. Nous admettons, Messieurs, que vous en soyez à ce dégré de succès comme nous y étions le capitaine et moi. Coutinuons la formule. {à continuer) ns 2 HRTRRT HUE on ts ni Frs DR SE RS 4e même pensée sans nous la com- Tout ce que je puis dire pour vais tenu la queue de la bête} vous mis le tonneau entre vo-|. 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