Le cercle d’or tranquille que des- sine la lampe matinale sur la blan- cheur de mon papier était venu à pilir, il me sembhla que, dans mon cerveau aussi, les images moins net- tes tremblaient dans une vague clar- té d’aube ; je me renversai douce- ment dans mon fauteuil et une ciga- rette s’alluma entre mes doigts que la plume avait subitement lassés ; à travers la flamme amortie par les x brouillards bleus de l’abat-jo1r je regardai machinalement la fumée L'IMPARTIAL, REVE DE NOEL doigts, tout ce que je puis y entrer. Le soulier était vide et il me sem- bla qu'il me souriait tristement dans l'entre-bâillement miroitant de la soie. Mon rêve devenait voisin de la folie. Car quand je portai, avec une piété d’amant, l’exquise chaussure à mes lèvres, il me parut qu'elle me rendait un baiser, un baiser très doux et très mélancolique, un baiser dont le bruit imperceptible murmurait en- core : Noël! Noël ! SP 0 on ing que j'exhalais monter en spirales, s’élargir en nappes frangées d'azur, | grand tort de m'assoupir aiusi dans : se perdre dans l’ombre massive des rideaux. J'avais passé la soirée précédente dans une famille amie, chez un confrère dont Dieu a large- ment béni la postérité, et mes oreil- les étaient pleines de voix d’enfants, claires et bavardes comme un réveil d'oiseau dans une haie. Les petits s contaient, avec des ires, ce qu'ils espéraient trouver dans le soulier de Noël ; chacun avait déjà choisi son coin dans la cheminée, et les parents s’amusaient aussi de ces projets qui, mieux que les nô- tres, sont réalisés par la seule ten- dresse vraie, dont les bras nous sont tendus au seuil menteur de la vie. Et cette musique de souvenir berçant déjà ma pensée déjà som- nolente, je m'endormis à fort peu près, de ce sommeil à demi éveillé où l’on ne perd pas le sentiment des choses, mais qui les transforme sui- vant de mystérieux caprices. Je franchis, d’un bond en arrière un abîme d’années et je me retrou- vai enfant moi-même, à cette date, palpitant des mêmes espérances, dans la vieille maison de là-bas, au bord de la petite rivière dont les eaux mêlent maintenant les cimes reflétées des peupliers grandis. Par une illusion singulière, je sen- tis À mes pieds la fraîcheur du car- reau, tant je crus bien courir enco- re, à peine sauté de mon lit, vers l'atre où m'attendait la surprise tant attendue. Un flot de tendres- se posthume me monta au cœur pour les absents que je n’embras- serai plus, et ,ce pendant que la lu- Allons ! Allons ! J'avais eu la lumière défaillarte de ma lampe. | Voilà maintenant que le soulier ;causait avec moi ! © délicieux et \plaintif froufrou d'où sortaient de \vraies paroles ! C'était subtil et distinct, sonore et délicat comme la chanson d’un ruisseau frais de pay- sage, parle silence d’une après- midi d'été. Et savez-vous ce qu’il me disait de sa bouch= moirée ? Oh ! je m’en souviens maintenant comme si je l’entendais encore ! Il me di- sait :—Je ne suis pas un bienfai- teur, mais un mendiant. Je ne t'apporte rien et je venais te de- mander quelque chose. Je suis le petit soulier de celle qui t’était fiancée de loin par ces fatalités d'âme qui rompt souvent l'impla-| cable destinée. Y as-tu seulement pensé, dans ta vie, déjà longue, d’amours cruelles, déchiré que tu es par le fouet des tendresses sans merci où Je meilleur de toi s’est épuisé sur les chemins saignauts où l’inexorable désir t'a conduit, y as-tu seulement pensé une fois que tu avais longtemps attendu, dans sa robe blanche? L'image pure des saintes épousailles où meurent les virginités n’a-t elle jamais pas- sé devant toi? Vêtue de toutes les candeurs sous son voile tissé de neige, ne l’as-tu pas reconnue ? Durant de longues années, c’est pour toi seul qu'elle a tordu cha- que matin et noué au-dessus de sa tête sa chevelure lourde et parfu- mée, qu’elle 4 fermé autour de son bras superbe l’or d’un unique bra- celet où vos noms devaient s’enla- cer, qu’elle a essayé sans relâche mière tremblait étrangément, et comme striée dans mes yenx de- meurés ouverts, les petites voix de la veille chantaient toujours: Noël! Noël ! Décidément, je rêvais. Tout en sentant fort bien que mes jambes croisées demeuraient immobiles, il me semble que je m'étais levé pour me diriger vers ma chuminée, comme autrefois. Le tapis, sans doute. empêchait seu! mes pas de sonner à ma propre oreille, et c’é- tait tant mieux. Carle moindre bruit eût secoué la torpeur déli- cieuse où plongeait mon esprit. Sans que mes reins en sentissent la moindre fatigue je me baissai, les bras en avant, comme pour saisir. Un rayon de jour abattait dans l'âtre sa lumière argentée et uu cri de surprise, sortit, silencieusement, d'ailieurs, de mon gosier. Le sou- lier était à sa place, le soulier que je n'avais certainement pas mis là, un soulier qui n’était pas le mien, un tout petit soulier de satin blanc comme en ont les mariées. Il était tout neuf, immaculé comme un lis. Le pied adorable pour qui il avait été fait avait du s’y glisser à peine un instant, le temps de l'essayer, ‘les plus harmonieux de sa toilette liliale. Lasse enfin, elle l’a a ja- mais dépouillée et j’en suis le dé- bris le plus cher. L/autre, pareil à moi, elle l’a serré au plus secret des choses qu’elle aime et redoute à la fois de revoir. Je suis l’écho des espérances brisées qui vient murmurer à son oreille : Noël ! Noël ! Je petit soulier n’avait pas fini son discours que je cherchais autour de moi quelque présent pour l’y en- fouir, en pensant à celle qui atten- dait sans doute son retour comme elle m'avait moi-même attendu. Pas une fleur dans mon jardin ! L'hiver les avait toutes flétries. Pas un bijou à ma portée qu'une autre main de femme n’eût profané ! Plongeant alors ma main dans ma poitrine j'en voulus arracher mon |coeur et donner, au moins, à son délicieux ceroueil de soie, l’embau- | mer cette tombe exquise. Il n2 me | resta aux doigts qu’un peu de cen- |dres chaudes, si chaudes que je | poussai un cri de douleur. Ce cri |me réveilla. En même temps, je |jetai vivement ma cigarette. Car assez pourtant pour y laisser ce que | c'était ma cigarette qui arrivée au les femmes mêlent de troublant au parfum des fleurs qu’elles ont por- tées. À 2 J'hésitai longtemps, craintif que je sis du merveilleux, comme ut paien sincère, à y insinuer deux! | | bout en se consumant lentement, me | brûlait au ras des ongles. ‘* Et Îles voix lointaines d'enfants ne l ,!chantaient plus : Noël ! Noël ! ARMAND SILVESTRE. 200 COMPOSITIONS MUSICALES | pce "72 4 Ci r r A tea 4 hf À CA Fi A ' se . . Î à Re 17321 < ! C'est ce que publié le is OBTENL S Poor [EMENT. musical Le Passe Temps durant e| Den rente r four donner à 5 ! , de d nventeurs,” pour Savoir COr cours d’une année, sans compter | : Guide des Inventenrss? pou Per } t iques poésies | gratuitement. MARION MARION, Dev 2 on D» , rdifice Now Ÿ ie Mocisée les romans, Chr TT. €, | Pnreaux: {Edifice Now York Life, Montréal, monologues, piéces de théâtre, ain- | si qu'une foule d'articles "_ | s nant la musique. u | b V sants CONCET onnez- ous a an, $#1.50. Un numéro, sc. Unel prime valant une piastre à DE | 3 est | dans un catalogue de 48 eee | donnée aux abonnés d’un an. Passe-Temps, Montréal 1essez : Le L'Impartial » dernier baïteuient, ce poétique et JEUDI. LE Le Vatican et le Quirinal journal du 21 octobre courant : la ‘‘Tribune’’ de New-Vork dit ; ‘‘Angelo Sarto, frère du pape et son beau-frère, Signor Angelo Pa- rolin, ont eu ie longues conversa tions avec le souverain pontife et ils ont reçu la confidence de ses inten- tions comme Italien et comme chef de l'Eglise. D'après leurs affirmations, Pie X est anxieux de laisser son nom à l’histoire en faisant disparaître le long conflit qui existe entre l'Egli- se et l'Etat. Il voudrait établir un modus- vivendi par lequel, sans renoncer aux réclamations de la papauté cont- re le pouvoir temporel, on rendrait possible une certaine entente entre l'Italie et le Vatican pour que le pape ue soit plus considéré comme prisonnier. Mais avant de faire aucune démarche le pape veut sa- voir quelles compensations l'Italie serait prête à accorder à l’Eglise’”’. Le journal socialiste et se disant l’organe de l’archevêché qui n’a que de pareilles infamies à donner en pâture à ees lecteurs, ferait mieux d’aller se faire pendre.— L'Union Ouv. Nat. Dr. Wood’s } l No rway Pine Syrup Gures Coughs, Colds, Bronchitis, Hoarseness, Croup, Asthma, Pain or Tightness in the Chest, Etc. It stops that tickling in the throat, {8 leasant to take and soothing and heal- g to the lungs. Mr. E. Bishop Brand, the well-known Galt gardener, writes:— I had a very severe attack of sors throat and tightness in the chest. Some times when I wanted to cough and could not 1 would almost choke to death. My wife got me a bottle of DR. WOOD’S NORWAY PINE SYRUP, and to my sur- prise I found speedy relief. 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Têtu (suite) ; Le duc de Kent parrain, Mgr. H. Têtu ; L'acadien Beaulieu ; Les cô- tes ; Les descendants de Joilliet ; Questions, etc. Gravure : Le duc de Kent. ges Roy, rue Wolfe, Lévis. Abonnement : $2 par année. S ous cet assemblage infâme de titres menteurs, nous lisons dans un Une dépêche de Rome adressée à On peut se procurer gratuitement une livraison spécimen des Xecher- ches Historiques en s'adressant au directeur de la revue, Pierre-Geor- | 3 DEC. 1908, Vin des Carmes Vin par excellence pour réparet ‘es forces perdues et FORTIFIR TOUS LES FAIBLES. Bon pour tous les âges et les | DEUX SEXES, [LES MEILLEURS MEDECINS Recommandent fortement le Vin des Carmes —_—…—…c th À. Toussaint & Cie. | QUEBEC. Saye Trouble and EXpeuses Not necessary to go out of Tignish for your Spectacles and Eye Glasses. I have just imported one of the finest assortment of Spectacles and Eye Glasses ever brought to the Island. 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