17 sérieux et accaparé pas ses occupations. Ce jour—là, c’était l'heure de la détente pour lui, après 183 lourds travaux â'automne, en attendant ceux de l'hiver tout proche; si proche, que sauvant il y avait de la neige pour déposer la tire. Autre hobby dont je me rappolle, c'était 1o don de raconter une higtoire. Nous, les "bouts d'choux", nous ne songiong guère à l’épuisement que devait ressentir mon oëro à la rentrée de journées aussi remplies. C‘était surtout en hiver au leu dimanches que Ÿapa acquiosçair de bonne grâce â notre dêoir et nous nous installions autour de sa chaise. Il fallait être bien instal» lêsî Les histoires étaient toujours longuesî.‘. mais longuesî... si longues, que les pauvres petits que nous étions, nous avions beau, 1è soir, êcarquiller les yeux avec effort, le sommeil s’emparait de nous avant la fin, immanquable— ment! Mais elle étaient intéressantes, ses histoires!.,.. Il les composait ä mesure! D'un ton grave, parfois mystérieux, parfois :rës'ènthousiaste, il racontait de façon si captivante que les auditeurs entraient dans le jeu et devînaient les réactions des personnages. Nous lui posions parfois des questions: ce qu'il aimait: question ä'allonger l'histoire indéfiniment. Quand finalement, il fallait se rendre ë i’êvideuce: les enfants s'endor— maient; il fallait nous assurer avant de partir: "Papa, vous finirez demain?..q" ’ "Quanâ j'aura rêvé le reste, je vous le raconterai!" Et le plus beau, c'est qu’il s‘en trouvait d‘assez naïfs pour croiro cela!.... Qui sait loquel dormait 1e mieux après une telle détente: le conteur ou les boutsnd'chouxî.... En hiver, quelques fois, Papa jouait aux cartes. Au jeu, c'était l'homme 1e plus charmant du monde. Simple.comme un enfant, il aimait gagner; mais de 8€ faire battre par un de ses enfants, l‘amusait bien. A moins qu'il le fit exprès pour peräre...? * Entêtê en "Acadien", il le fut un jour oü il voulait retracer dans sa mémoire un'jeu mystëriéux, oublié, Il recommencera je ne sais combien de fois son jeu solitaire, jusqu‘à ce-que, enfinï... il l’eut retrouvé. Puis avec une naïve satisfaction, il nous prenait à la magie. Car magie, il 'y avait: "Mieai, Talto, Remor, Vusul". Jeu dont j'ai encore bonne souvenance a En travaillant, Papa était habitueîîement silencieux. Il aimait la musique, mais en son temps. La radio, comme les jaurnaux, lui serviront pour les nouvelles, ou les informations divereeè, pas plus. De rares fois, je l’ai entendu fredonner de vieux refrains français que je n'ai pu identi« fier. Le plus souvent, il murmurait la mêloèie seulement ou il sifflait doucement. Quand il lui arrivait de prendre sa "mouth organ" (harmonica)ä lâ, l’ardeur bouillonnante de_son âme débordait et c’était fête dans la maison!